Livres publiés dans la Collection
Voix et Regards

dirigée par Michel Wieviorka aux Editions Balland. Paris

2004-2000

( en 2005 : quelques rééditions en poche)

 

La différence
Michel Wieviorka
décembre 2000 ( en 2005 : Edition poche, Paris, Editions de l'Aube)

(en italien: La differenza culturale. Una prospettiva sociologica, Roma, Ed. Laterza, 2002 / en portugais : A Diferença, Lisboa, Fenda, 2002 / en allemand: Kulturelle differenzen und kollektive identitäten, Hamburg, Hamburger Edition, 2003)

"Dans ses manifestations comme dans ses significations contemporaines le défi lancé par la poussée des identités culturelles possède désormais une épaisseur historique de près d'un demi-siècle. Depuis les années 60, il interpelle de 1'intérieur les démocraties dites occidentales auxquelles sont pour l'essentiel consacrées les analyses de cet ouvrage. Ce défi met aussi à l'épreuve les dictatures, les régimes autoritaires et les totalitarismes, en particulier lorsqu'il renvoie à une affirmation religieuse interdite ou persécutée, ou encore à une lutte de libération nationale. Et il taraude bien des pays du « quatrième monde », sous la forme de mouvements religieux, nationalistes; ou bien encore de combats qui relèvent de ce qu'on appelle parfois 1' « indigénisrne ».
Face à ce défi, nous ne pouvons plus nous contenter de balbutier des hypothèses sommaires, d'esquisser des raisonnements hâtifs et mal étayés. Nous ne sommes plus au seuil d'une phase faite d'inconnues: nous sommes engagés de plain-pied dans des conflits, des tensions et des transformations que nous savons d'ores et déjà ni éphémères ni mineurs - ce qui ne veut évidemment pas dire que leurs expressions soient stabilisées, ni leur sens fixé sur le long terme.
Trois types de débats méritent donc examen. Les uns s'intéressent directement aux acteurs se réclamant d'une identité culturelle. D'autres discussions relèvent de la philosophie politique. Enfin, la pratique politique et institutionnelle a été marquée dans certains pays par la mise en oeuvre du multiculturalisme, innovation majeure qui a suscité d'importantes controverses." Michel Wieviorka

Dominations ordinaires
Danilo Martucelli
décembre 2000

L'analyse de la domination est souvent plus théorique que proche des difficultés de la vie quotidienne, au point que la distance semble immense entre les problèmes soulevés par la littérature sociologique, et les situations des individus. Face à la rapidité des changements, au triomphe du marché, aux modifications du rôle économique de l'Etat, face, aussi, à l'exclusion et à la précarité, face, encore, aux bouleversements qui, en affectant les rapports de genre ou entre générations, touchent aux dimensions les plus intimes de la subjectivité, les conceptions totalisantes de la domination sont désormais insuffisantes. Nous devons la penser autrement, considérer à la fois son émiettement, et la permanence de ses formes structurelles; l'accentuation des contraintes, et l'érosion des frontières entre domaines de la vie sociale. Nous devons aussi dégager des échelles distinctes de rapports de domination, définissant, à travers leurs imbrications et juxtapositions, les positions multiples et contradictoires de l'individu dominé. En ces temps d'interconnexions généralisées, les divisions apparaissent paradoxales, et peut-être insurmontables: entre le Nord et le Sud, les femmes et les hommes, les vieux et les jeunes, les ouvriers et les cadres. Le monde est simultanément intégré pratiquement, et analytiquement insaisissable par les individus. Ce livre propose une grammaire qui, face à l'extension croissante de la domination et à la diversité de ses formes, permet de la saisir à l'aide d'un dispositif unifié.

Violence et démocratie. Le paradoxe brésilien
Angelina Peralva

mars 2001

"Nous voilà à l'intérieur de ce morro, séparé du Sud riche de Rio, et des zones analogues de Sao Paulo, confrontés à une violence extrême qui a crû dramatiquement après la démocratisation du Brésil. Le travail du sociologue sera ici de rapprocher la violence de la société de celle que les délinquants exercent à la fois pour y entrer et, dans leur propre gang, pour s'en démarquer, Angelina Peralva le mène à bien, nous faisant pénétrer de plus en plus dans les ambivalences d'une société qui se transforme mais laisse se développer ses faiblesses internes sous la forme de camps et de gangs extrêmement menaçants, dont il semble presque impossible de comprendre la violence. Cette notion de violence a-t-elle un contenu plus précis que celle de maladie ou celle d'échec ? En tout cas, elle nous entrîne à donner à des phénomènes très divers une unité artificielle: celle des conduites de déviance.
Après avoir lu un tel livre, il sera difficile de supporter les appels bien pensants à la réintégration et à la rééducation des délinquants et aux réformes nécessaires de la police, ainsi que leurs cohortes de conseils, de promesses toujours prises, jamais tenues." Alain Touraine

La différence culturelle. Une reformulation des débats
sous la direction de Michel Wieviorka et Jocelyne Ohana
mars 2001

Tout au long des années 1980 et 1990, et dans le monde entier, la poussée des identités culturelles a nourri des interrogations, suscité des craintes et alimenté des débats qui, à l'évidence, sont loin d'être épuisés.
Et souvent, le traitement intellectuel et politique a donné l'image de l'enfermement, sinon dans l'affrontement purement idéologique, du moins dans l'opposition superficielle entre des options élémentaires, comme si la discussion pouvait se suffire de dichotomies telles que: République ou démocratie, universalisme ou particularisme.
En juin 1999, une quarantaine de chercheurs en sciences sociales, venus du monde entier et relevant de plusieurs disciplines se sont réunis pendant une semaine à Cerisy, avec pour objectif de sortir des facilités improductives et des impasses dans lesquelles les débats semblaient ainsi s'enfermer. Parmi les thèmes abordés: la nature des différences en question, la mutation historique qui les constitue en enjeu central de la vie collective, les fantasmes et les peurs qui leur sont associés. On pourra aussi retenir de ce colloque des enseignements fort utiles à l'avenir sur les liens étroits, et généralement sous-estimés, entre les questions de différence culturelle et d'injustice sociale, ou sur les relations entre mémoire et différence, ou entre violence et culture.
Chacune des contributions de cet ouvrage a été élaborée et retravaillée pour s'intégrer dans un ensemble cohérent, et clair malgré sa densité. Cette somme de textes originaux dépasse les formulations de la fin du XXe siècle, et permet d'aborder le XXIe avec des idées renouvelées.


 

Qu'est-ce qu'être Juif ? 50 Sages répondent à Ben Gourion (1958) (document inédit)
Eliezer Ben- Rafaël
2001
Préface de Michel Wieviorka

En 1958, le chef de l'État israélien Ben Gourion eut l'idée peu banale de consulter une cinquantaine de sages juifs, en Israël et en diaspora, en des termes qui revenaient à soulever l'immense question: " Qui est juif ? " Parmi ces sages, on compte des figures marquantes de la pensée juive: rabbins, philosophes, hommes de sciences, médecins, juristes, juifs pratiquants telle prix Nobel de littérature Agnon, ou libéraux ou libres-penseurs, tel Isaiah Berlin. À l'origine de l'enquête, on trouve une question récurrente dans les débats qui agitent le tout jeune État hébreu: doit-on accepter au sein du peuple juif, ou non, ou sous quelles conditions, les enfants nés de mariages mixtes et dont la mère n'est pas juive ? Les réponses sont riches d'enseignement, et font apparaître la grande diversité des positions sur ce que peuvent être les frontières du judaïsme, et sur ce que signifie, très profondément, le fait d'être juif.
Ces documents exceptionnels sont publiés pour la première fois grâce aux recherches d'Eliezer Ben-Rafaël. Quarante ans plus tard, il replace ces réponses dans le contexte des transformations du judaïsme depuis l'entrée des Juifs dans l'ère moderne, jusqu'à l'aube du 21' siècle.
Eliezer Ben-Rafaël nous livre ainsi un essai argumenté, érudit et pertinent sur ce qu'il nomme " les identités juives ". Il montre le caractère aujourd'hui problématique de l'existence d'une identité juive unique, et il cherche à déterminer ce qui lui donnerait encore ce que Wittgenstein appelle un " air de famille".

Professeur de sociologie à l'Université de Tel-Aviv, Eliezer Ben-Rafaël est l'auteur d'une oeuvre importante en anglais et en hébreu qui porte notamment sur les thématiques dc l'identité et du conflit dans le monde contemporain ainsi que sur des questions de sociologie des langues. Il a publié deux ouvrages en français dans la collection" Que sais-je ? " (PUF) Le Kibboutz et Jérusalem.


Critique de la santé publique.
Une approche anthropologique.

sous la direction de Jean-Pierre Dozon et Didier Fassin
2001

La santé est désormais au creur de la définition du politique, Elle l'est à travers les transformations de l'action publique qu'entraîne la généralisation de la réduction des risques et du principe de précaution, Elle l'est plus encore par le développement de formes inédites de rapport à soi qu'induisent les nouveaux dispositifs de régulation des corps, Affichant pour finalité des améliorations profitables à tous et à chacun, reposant sur des méthodes épidémiologiques de mieux en mieux éprouvées, la santé publique impose des valeurs et des procédures qui semblent aller de soi et qui résistent à l'analyse,
C'est ce que ce livre démontre, D'une part, en s'intéressant aux cultures politiques de la santé publique, aux normes, aux savoirs, aux discours qui manifestent ses pouvoirs, Et d'autre part, en examinant ses politiques culturelles, la manière dont elle traite les individus et les collectivités auxquels elle attribue des croyances, qui s'opposent à ses propres vérités, et des résistances qui ralentissent son progrès,
Les études proposées ici ne se limitent pas au seul cas français, Elles portent sur des politiques européennes et africaines de lutte contre le sida, sur des actions conduites à Marseille et à Londres dans le domaine de la toxicomanie, sur des programmes de santé reproductive menés auprès de femmes amérindiennes des hauts-plateaux andins ou émigrées des banlieues françaises, sur la prise en charge des étrangers et des minorités par l'ethnopsychiatrie, sur la mise en reuvre des connaissances et des techniques de l'épidémiologie et de la génétique, Elles analysent les non-dits sur lesquels repose le travail de la santé publique et font ressortir les réalités qu'il méconnaît, à commencer par les inégalités qu'il néglige ou qu'il renforce.

Les biotechnologies en débat.
Pour une démocratie scientifique

Suzanne de Cheveigné
Daniel Boy et Jean-Christophe Gallou
2002

Il y a un demi siècle seulement, l'ADN livrait le secret de sa structure en double hélice. Depuis, il est devenu possible d'accéder aux mécanismes moléculaires de l'hérédité, de modifier les formes naturelles du vivant, et de créer des "OGM", des organismes génétiquement modifiés, bactéries, plantes ou animaux - sans que les processus biologiques mis en jeu soient toujours parfaitement compris, ni parfaitement maîtrisés.
Les utilisations de la génétique réveillent dès lors des craintes anciennes, et en activent de nouvelles, qui touchent les unes et les autres aux conséquences de la manipulation du vivant, en général et de la modification de l'humain, en particulier.
Ce livre analyse la manière dont notre société a accueilli ces techniques, et restitue les termes du débat qui en est résulté, pour aboutir à un constat implacable: jamais ce débat n'a été à la hauteur des enjeux. Fondé sur des recherches systématiques et précises, conjuguant clarté et rigueur scientifique, toujours très documenté, cet ouvrage mobilise sociologie, politologie et sciences juridiques de manière intégrée, refuse les facilités de la simple juxtaposition des perspectives offertes et dénonce la confiscation de thèmes scientifiques et techniques par les "experts".
Par les analyses qu'il développe, ce livre constitue un plaidoyer argumenté pour une démocratie scientifique.

Suzanne de Cheveigné est sociologue, chargée de recherche au CNRS ; Daniel Boy est politologue, directeur de recherche à la Fondation nationale des Sciences Politiques ; Jean Christophe Galloux est juriste, professeur agrégé à l'université Paris II-Panthéon Assas.

Le malentendu
Franco La Cecla
2002

"Nous vivons une époque qui se drogue à l'évidence et à la transparence. On nous invite à "communiquer", comme si nous savions une fois pour toutes qui nous sommes et qui sont nos interlocuteurs, à respecter les différences ou à les condamner, comme si nous en connaissions le tracé exact - celui qui délimiterait du même coup notre propre territoire. Le plus important, à mon sens, dans l'essai magnifique de virtuosité et de culture que nous propose La Cecla, c'est son rejet de ce qu'à une autre époque on aurait appelé l'idéologie dominante. Sa subtile analyse de la notion de frontière (et les nuances éclairantes qu'il apporte à celle de ghetto, ne la confondant pas avec les phénomènes de "ghettoïsation" qui caractérisent certaines banlieues), sa relecture des théoriciens du syncrétisme, puis de le créolité, la distance qu'il prend vis-à-vis des illusions de la communication médiatique (qui sert à beaucoup de choses, mais pas à la rencontre) nous révèlent un auteur qui ose s'engager (je tiens à ce terme, dut-il créer quelque. . .malentendu) avec détermination, lucidité et humour dans les complexités buissonnantes et les simplismes pervers du monde contemporain." Marc Augé

Franco La Cecla a enseigné l'anthropologie à Palerme, Vérone et Venise, ainsi qu'à Berkeley et à Paris, à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Ses livres sur l'espace, sur les contacts interculturels ou sur la masculinité constituent une "oeuvre foisonnante, originale et profonde". Le malentendu est son premier livre traduit en français.

Les malades en mouvements.
La médecine et la science à l'épreuve du sida

Janine Barbot
2002

Les malades ont changé. Individuellement ou par l'intermédiaire de leurs associations, ils s'engagent, de plus en plus nombreux, exerçant une influence considérable sur le système de santé.
Ainsi, les malades du sida ont fait une entrée très remarquée sur le terrain de la recherche, affirmant leur légitimité et leur compétence sur des questions qui restaient jusqu'alors le monopole des spécialistes. Leur objectif était déroutant de simplicité: "Des médicaments pour les malades ici et maintenant." Et pour y parvenir, concrètement, ils se sont immergés dans l'univers biomédical, inventant une nouvelle forme de mobilisation collective : l'activisme thérapeutique, pression pour infléchir les règles scientifiques de l'expérimentation et les procédures d'encadrement du marché des médicaments.
L'intrusion des "profanes" dans la production des innovations médicales a suscité des débats virulents. Les uns ont dénoncé les perturbations que cette nouvelle donne inflige à la bonne marche de la science et aux mécanismes naturels de régulation du marché des médicaments. D'autres ont, au contraire, applaudi cette remise en cause de l'hégémonie du pouvoir médical où ils ont vu un pas décisif vers une" démocratisation " de la médecine et de la science.
Ce livre examine l'influence exercée par les associations de lutte contre le sida sur le développement des médicaments en France. Basé sur une enquête empirique, et sur un suivi du travail quotidien des militants associatifs pendant plusieurs années, il restitue dans un cadre d'analyse stimulant les paroles croisées des militants et des patients "ordinaires", celles des chercheurs et celles des représentants des agences publiques. Les aspects routiniers - et invisibles aux yeux du public - de l'activisme thérapeutique sont mis en évidence, tout comme les "coulisses" des grandes affaires médiatiques qui ont ponctué le développement des médicaments du sida.

Janine Barbot est sociologue à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).


La mondialisation par le bas.
Les nouveaux nomades de l'économie souterraine

Alain Tarrius
2002

Préface de Michel Wieviorka

D'ordinaire, évoquer la mondialisation, c'est parler finances, nouvelle économie ou nouvelles technologies, c'est évoquer Wall Street ou la City, la Banque mondiale, le FMI, les multinationales, le pouvoir économique au dessus des États. Ici, rien de tel. Car la mondialisation par le bas opère en dessous des États, dans leurs failles, leurs carences. Elle est culturelle, et pas seulement économique, et ses acteurs sont inattendus "fourmis" du négoce international, qui tissent la toile de réseaux innombrables, "notables informels" maghrébins ou sénégalais, mafieux... L'enquête, superbe, commence à Belsunce, quartier délabré du centre de Marseille, elle se poursuit dans le sud de la France, en Italie, en Espagne, tout autour du bassin méditerranéen, en Afrique, vers le nord de l'Europe, pour prendre l'allure d'un véritable thriller sociologique.
Le capitalisme nomade de la mondialisation par le bas repose en tout premier lieu sur l'activité incessante des "fourmis", souvent des immigrés qui mettent en place dans l'échange
marchand des façons de vivre et d'entrer en relation. En artiste de l'observation participante, Tarrius dévoile leur capacité à être "d'ici, de là bas, d'ici et de là bas à la fois", et à se construire en sujets de leur existence sans tout attendre des promesses de la République et des discours sur l'intégration.

Alain Tarrius est professeur de sociologie et d'anthropologie urbaine à l'université de Toulouse Le Mirail. Ce livre est le fruit de quinze ans d'enquête.

Un cancer et la vie. Les malades face à la maladie
Philippe Bataille

janvier 2003

" Durant plusieurs mois et pour la première fois en France, des centaines de personnes malades du cancer, se sont réunies et ont mené une démarche volontaire de témoignage public. Des malades, des proches, en présence de soignants, prenaient collectivement la parole pour dire le basculement de leur vie dans un autre monde, la sidération, la violence inouïe de passer en quelques minutes de l'état de bien portant à celui de "cancéreux".
Des centaines d'entretiens et de réunions ont été menées avec des malades dans différentes villes de France. Des comités départementaux de la Ligue nationale contre le cancer, des associations, des professionnels de la santé, des responsables politiques, des représentants du monde de l'entreprise, des médias ont été sollicités, mis à contribution.
(Ce livre) nous aide à comprendre la profondeur de la dimension sociale d'une maladie abordée le plus souvent sous ses aspects médico techniques. II possède les qualités pour traduire au delà de l'angoisse exprimée par les personnes atteintes, les besoins sociaux auxquels nous devons nous efforcer de répondre."
Pr Henri Pujol, président de la Ligue nationale contre le cancer

Philippe Bataille livre ici le fruit de trois ans d'enquête.II est maître de conférences en sociologie à l'université de Lille III et chercheur au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques.


Les citoyens arabes d'Israël
Laurence Louër
janvier 2003

"Ils vivent au coeur même du territoire israélien, dans les collines de Galilée et les plaines désertiques du Néguev. Ils représenteront, à l'horizon 2020, près d'un citoyen israélien sur trois. Mais qui sont donc les citoyens arabes d'Israël? (...).
En vérité, loin des controverses stériles sur la déloyauté des Arabes et le racisme des Juifs, l'enjeu du débat apparaît surtout comme un affrontement entre deux projets de société, et entre deux visions d'Israël. Dans cette perspective, et pour peu qu'on prenne la peine d'observer la réalité dans sa complexité et son ambivalence, on s'aperçoit que la situation est loin de se réduire à une contradiction entre deux positions irréconciliables, telles que la victoire de l'une devrait inéluctablement déboucher sur l'anéantissement de l'autre (...)"

Laurence Louër est chargée de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) et docteur en sciences politiques de l'Institut d'études politiques de Paris.

Israéliens et Palestiniens : la guerre en partage
sous la direction de Alain Dieckhoff et Remy Leveau
juin 2003

"Depuis septembre 2000, Israéliens et Palestiniens sont entrés dans une guerre d'usure au terme imprévisible, communément appelée Intifada al-Aqsa. Cette nouvelle phase d'affrontements frappe les sociétés de plein fouet et a fait complètement imploser le processus de paix. Le retour de la violence à grande échelle a paru déconcertant: n'intervenait-il pas après une décennie de négociations au terme desquelles les deux peuples semblaient enfin parvenir au règlement définitif du conflit qui les oppose depuis un siècle, Si les acteurs, les témoins et les analystes s'accordent pour voir dans cet evènement un tournant majeur, les tentatives pour le comprendre, dans toute sa complexite, ont été rares. C'est à combler ce manque que ce livre s'attache.
Il le fait en privilégiant trois perspectives. D'abord, il se concentre sur les acteurs (forces armées et paramilitaires, attentats-suicides...). Ensuite, il aborde l'lntifada al-Aqsa du point de vue des deux parties en présence, non pour placer deux " vérités " en face, israélienne et palestinienne, mais pour repérer les interactions réciproques et mieux saisir les dynamiques à l'oeuvre à l'intérieur de chaque camp. D'où une attention particulière portée aux évolutions internes des deux societés, qu'elles soient politiques, sociales ou économiques. Enfin, cet ouvrage envisage les prolongements de l'lntifada al-Aqsa vers l'extérieur, au sein des deux diasporas, juive et palestinienne, I'une et l'autre parties prenantes d'une véritable mobilisation transnationale.
Pour comprendre l'lntifada Al-Aqsa dans ces multiples dimensions, Alain Dieckhoff et Remy Leveau ont réuni autour d'eux des experts israéliens, palestiniens et français.

Alain Dieckhoff est Directeur de recherches au Centre d'études et de recherches internationales (CERI).
Remy Leveau est Professeur émérite à l'Institut d'études poitiques de Paris.

L'avenir de l'islam en France et en Europe (Les entretiens d'Auxerre)
sous la direction de Michel Wieviorka
septembre 2003

En Europe, I'islam n'est pas seulement la religion qu'apportent divers courants migratoires. C'est aussi celle que produisent des citoyens soumis à des difficultés souvent aiguës, racisme, discrimination, exclusion, pauvreté, etc.
Hier, I'islam était la religion de pays plus ou moins lointains, et bien peu capables ou soucieux de peser sur les grandes affaires du monde, de nations à peine décolonisées, se débattant dans les problèmes du vaste tiers monde. Ou bien encore, au sein de quelques pays d'Europe occidentale, c'était la foi de travailleurs immigrés, essentiellement des hommes venus seuis, sans femme ni enfants, et se tenant à l'écart de la vie politique et culturelle de leur société d'accueil.
Puis ce fut l'essor de l'islam en Europe, dans un climat général marqué par toutes sortes d'inquiétudes sociales, économiques, ou liées aux valeurs, aux identités, à la culture des pays concernés. La révolution en Iran, la montée en puissance de l'islamisme radical, la dramatique expérience du terrorisme et du contreterrorisme en Algérie, I'irruption du terrorisme "global" de Ben Laden ont conforté les images l'associant aux pires dangers.
C'est être aveugle et irresponsable que de faire l'impasse sur les dimensions inquiétantes de l'islam contemporain. Mais c'est l'être également que de le réduire à l'idée d'un péril meurtrier pour les hommes, et mortel pour la démocratie, pour la culture et pour les valeurs universelles du droit et de la raison.

 

 

Les mondes de l'ethnicité. La communauté d'expérience des héritiers de l'immigration maghrébine
Ahmed Boubeker
octobre 2003

L'immigration est une histoire. Une histoire vécue, à travers la longue trame de l'expérience d'un sujet humilié, poursuivant néanmoins sa lutte pour la reconnaissance. Une histoire que ce livre saisit du dedans, démystifiant la gloire sans éclipse de notre modèle national d'intégration.
D'une génération à l'autre, du "bled perdu" aux "cités d'exil", I'immigration maghrébine reste rencontres, au carrefour de morceaux de bravoure réinterprétés, entre ritournelle des origines, complainte du déraciné et ballade du pionnier labourant sa nouvelle terre. Là où le regard public ne voit que problèmes d'intégration, malaise des banlieues et autres stigmates de l'exclusion, Ahmed Boubeker découvre les figures de l'imaginaire des "mondes de l'ethnicité . Il restitue l'histoire de la première génération, avec le "zoufri", tour à tour pionnier, guerrier, travailleur immigré. Celle d'une seconde fondation avec le "beur", entre évasion des cités ghetto et invasion de l'espace public. Celle, enfin, de la génération suivante, en quête de refondation, avec la figure émergente de l'acteur ethnique.
Au delà même de l'immigration, dans un contexte de déclin de l'Etat nation, et au plus loin de la légende dorée du creuset français, ce récit des éternels oubliés de l'histoire de France éclaire sous un jour nouveau les significations qui fondent par le bas la cohésion non plus étatique mais culturelle de nos réalités sociales.

Ahmed Boubeker est maître de conférences en sociologie à l'université de Metz.

 

Un autre monde... Contestations, dérives et surprises de l'antimondialisation
sous la direction de
Michel Wieviorka
octobre 2003

En moins de dix ans, les luttes antimondialisation, puis "altermondialistes" ont su imposer leurs thèmes et leurs idées dans le débat public, mettre fin à l'arrogance des élites que symbolise le seul nom de Davos et liquider les idéologies du vide social, de l'individualisme généralisé et de la fin des "grands récits". Elles ont redonné sens à l'idée d'action collective. Mais elles ont aussi été tentées par la pensée du soupçon, qui se contente de dénoncer et de critiquer, sans le moindre esprit constructif, et parfois même par la violence.
On conçoit bien, dès lors, que ces nouveaux acteurs suscitent les passions, les jugements, positifs ou négatifs. Mais le moment n'est il pas venu d'aller au delà des réactions et des sentiments, et de fonder notre appréciation sur la raison, c'est à dire sur la connaissance et l'analyse ? C'est ce que propose, en trois temps, cet ouvrage, fruit d'un séminaire bihebdomadaire de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales inauguré en novembre 2001. Le lecteur y trouvera d'abord des modes d'approche, des raisonnements de portée générale, des outils analytiques pour aborder l'action "altermondialiste", les uns plutôt centrés sur l'acteur et ses orientations, les autres plutôt sur le système monde et ses transformations. Puis il abordera l'examen de moments ou d'inflexions particulièrement décisifs dans la courte, mais pourtant déjà dense, histoire du mouvement, qui est ainsi mise en perspective. Enfin, ce livre envisage les paradoxes de situations historiques où la mondialisation est dénoncée non plus par le mouvement "altermondialiste", mais par des acteurs particulièrement réactionnaires, tandis qu'elle est désirée et finalement mise en œuvre par ders forces soucieuses de démocratie, de liberté, de créativité et d'ouverture au monde.
Textes de Hans Georg Betz, Paolo Ceri, Elaine Coburn, Antimo L. Farro, Jonathan Friedman, Nilüfer Göle, Farhad Khosrokhavar, Yvon Le Bot, Kevin McDonald, Geoffrey Pleyers, Immanuel Wallerstein, Michel Wieviorka.


La violence
Michel Wieviorka
Paris, Editions Balland (février 2004)

( en 2005 : Edition poche, Paris, Hachette Littératures)

"Comment comprendre la violence? Nous sommes entrés dans une ère qui exige et autorise que l'on mobilise des modes d'approche classiques mais aussi de nouvelles façons de penser. Car il y a dans la violence, nous le percevons de mieux en mieux aujourd'hui, une part de mystère qui ne se réduit jamais aux explications disponibles dans le répertoire des sciences sociales ou de la philosophie politique.
Cette étrangeté, qui fait la force de la littérature et du grand journalisme lorsqu'ils en traitent, est ce qui rend le phénomène encore plus insupportable. En effet, c'est dans ce qu'elle représente de plus extrême, de plus surprenant, de plus apparemment marginal ou périphérique que la violence trouve ses modalités les plus centrales.
Tel est le paradoxe affronté dans ce livre: comment s'impose, aujourd'hui, l'élaboration d'un nouveau paradigme de la violence; en quoi les raisonnements de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire, de la psychologie ou des sciences politiques se révèlent-ils insuffisants; comment accorder, enfin, toute leur place à la subjectivité des acteurs et aux processus de perte, de perversion ou de surcharge de sens, dans lesquels se constitue la violence."


L'islam dans les prisons
Farhad Khosrokhavar
Paris, Editions Balland
(février 2004)

"On connaissait les terribles conditions d'existence des détenus, mais on passait en fait, à côté d'un fait majeur, que ce livre éclaire dans toute son ampleur : deuxième religion de France, l'islam est probablement aujourd'hui la première religion carcérale.
Une réalité sociale jusque là occultée se trouve au cœur de l'analyse, la présence massive des musulmans en prison. Quelle est leur vie quotidienne? Que signifie pour eux la religion, comment construisent-ils leur sentiment religieux? Comment, aussi, respectent-ils prescriptions et interdits? Que font-ils des obligations comme la prière, le ramadan, la consommation de viande halai?
Cette plongée sociologique et anthropologique donne à voir le prosélytisme, qui ne se limite pas à l'islam radical, et l'invention de nouvelles formes et de nouvelles significations de l'islam dans les conditions de la détention ; elle tente de cerner cette expérience en examinant la subjectivité des détenus musulmans, la singularité de leur confrontation aux grands problèmes de la vie et de la mort, leur vécu sexuel, leurs attitudes et leurs représentations de la délinquance ; elle explore les processus de construction et de destruction de soi de détenus pour lesquels l'islam devient une source essentielle d'espoir ou de survie.
A l'heure où notre société s'interroge sur ses valeurs, sur la laïcité, la République, l'intégration, la justice ou la religion, cette première recherche consacrée à l'islam en prison est une contribution aux débats en cours.
"

Etre jeune en Palestine
Pénélope Larzillière
Paris, Editions Balland
(septembre 2004)

Qu'est-ce qu'être jeune, aujourd'hui, lorsqu'on vit dans les territoires qui relèvent de l'Autorité palestinienne ?
En 1987, la première Intifada mobilisait massivement les jeunes Palestiniens, convaincus que leur lutte conduirait à l'instauration d'un État palestinien. En 1993, les accords d'Oslo semblaient s'approcher de cet objectif. Depuis, I'espoir a cédé la place au désespoir, et celui-ci est au cœur de la seconde Intifada, lancée en 2000. Si la plupart d'entre eux maintiennent cet objectif politique national, tous développent un pessimisme absolu quant aux chances de sa réalisation.
La vie quotidienne de ces jeunes est extrêmement dégradée, et comporte bien d'autres préoccupations que celles directement politiques et géopolitiques: études, travail, religion, relations familiales, amoureuses, etc. Lors de la première Intifada, vie privée et vie publique centrée sur l'objectif national se combinaient aisément, et le militantisme apparaissait comme un moyen d'améliorer la situation dans tous les domaines de l'existence. Désormais cette articulation n'est plus possible. L'engagement est devenu, tout à la fois, nécessaire et sans espoir.
Est brossé ici le portrait d'une jeunesse dont l'expérience quotidienne est surdéterminée par l'évolution de la scène politique, mais ne s'y réduit pas
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Pieds-noirs de père en fils
Clarisse Buono
Paris, Editions Balland
(octobre 2004)

Contrairement à une idée reçue, les pieds-noirs n'existaient pas comme tels durant la période de l'Algérie française. Ils n'apparaissent sous cette identité qu'en France, une fois rapatriée la population des Européens d'Algérie. À l'échelle de l'histoire, cette identité n'a donc eu qu'une brève existence: moins d'un demi-siècle. Elle est aujourd'hui forte et assumée, mais ne risque-t-elle pas de disparaître avec le dernier des rapatriés ?
Nés en France, les descendants de pieds-noirs, qui n'ont pas connu l'exil, ne peuvent se réapproprier une mémoire réduite à une expérience qui n'est pas la leur. Les éléments ayant fait la force de la communauté demeurent intimement liés au récit historique reconstitué pour répondre à une histoire nationale jugée partiale.
Ce qui a fait l'identité des parents ne peut ici constituer celle des enfants. D'où le paradoxe incontournable, que révèle cette plongée dans l'univers des pieds-noirs de Marseille, de Lyon ou de Paris: plutôt que de reproduire la culture familiale, les descendants doivent s'en émanciper et effectuer un véritable travail de deuil identitaire. C'est ainsi qu'ils pourront avoir une chance de se construire... comme pieds-noirs, et qu'ils pourront éviter à l'identité de la communauté de disparaître.