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Les émigrants français aux...

Amériques et la Première Guerre mondiale

 

Demi journée d'études organisée par Annick Foucrier
lundi 29 mai 2006 de 14h à 17h
salle 4, au 105 bd Raspail  




Illustration tirée de L'Album d'honneur des Français résidant au Mexique partis pour la France (1914-1919), de Javier Pérez Siller. Vous pouvez lire, également, un extrait du texte décrivant la cérémonie du 14 juillet 1918 à l'ambassade française à Mexico.

 

Les guerres sont des agents de déplacement des populations et jouent à ce titre un rôle important dans les migrations internationales, par exemple dans le cas des réfugiés. Il ne s’agira pas ici de s’interroger sur cet aspect des migrations, mais plutôt sur les réactions de migrants déjà partis à l’étranger face à l’entrée en guerre de leur pays. En ce sens l’après-midi d’étude abordera les caractères du nationalisme et les formes du patriotisme parmi les Français vivant en dehors de la France.

 

Programme

  • Hernán Otero (IEHS-UNCPBA, CONICET, Argentine ; CENA-EHESS): "Le jour de gloire est arrivé..." La participation des franco-argentins à la Grande guerre.

Le travail constitue une approche exploratoire sur les Français établis en Argentine et sur les Argentins, fils de Français, qui ont participé à la Première Guerre mondiale. Fondé sur des sources du Ministère de la Défense (en particulier la base « Morts pour la France ») et du Service Historique de l’Armée de Terre (notamment les rapports des attachés militaires en Amérique Latine), le travail analyse, en premier lieu, les actions du gouvernement français pour garantir la mobilisation des latino-américains d’origine française et les problèmes juridiques et politiques posés par la double nationalité. Dans un second temps, on étudie les actions de la communauté française pour collaborer à l’effort militaire et ses relations avec d’autres groupes migratoires et avec les gouvernements français et argentin. Finalement, l’analyse de la base « Morts pour la France » permet de mesurer de façon comparée les niveaux de participation des pays américains et, grâce à l’étude des origines régionales en Argentine, d’esquisser des hypothèses exploratoires sur les facteurs qui expliquent la participation au conflit. Vue comme un « cas limite », cette participation permet d’éclairer des aspects de l’histoire de la communauté française en Argentine concernant les questions classiques des « community studies » et de l’histoire de l’immigration.

 

  • Michel Cordillot (Univ. Paris 8): Les socialistes franco-américains et la Première Guerre mondiale (août- décembre 1914).

Lorsque éclate le conflit qui deviendra bientôt la Première Guerre mondiale, il n’y a rien dans l’attitude des socialistes franco-américains qui puisse paraître véritablement surprenant ou original à première vue : avec un décalage de quelques semaines, dû essentiellement à l’incertitude, voire à l’incrédulité face aux nouvelles déroutantes en provenance du Vieux Monde, les socialistes francophones des Etats-Unis vont à quelques rares exceptions près se rallier, certes avec des nuances, à « l’Union sacrée », tout comme l’ont déjà fait la plupart des socialistes européens.
Mais si pour les socialistes de France, et d’Europe en général, se rallier à l’Union sacrée et accepter la guerre au nom des intérêts supérieurs de la patrie a représenté un retournement (ou un renoncement) idéologique majeur, une telle démarche impliquait pour les socialistes franco-américains une rupture plus difficile encore, puisqu’elle était triple. Cela impliquait pour eux aussi une rupture idéologique, capitalistes et ouvriers étant désormais appelés à faire cause commune pour défendre des intérêts dont les militants socialistes avaient de tout temps proclamé qu’ils n’étaient pas les leurs, une rupture d’autant plus spectaculaire en l’espèce que la majorité des cadres socialistes francophones étaient aux Etats-Unis issus de la matrice anarchiste ou syndicaliste révolutionnaire, et donc a priori particulièrement intransigeants sur la question de l’antimilitarisme et du refus de toute posture chauvine ou patriotique.
Mais la différence majeure avec leurs homologues européens est que s’ajoutaient à cette rupture idéologique deux autres ruptures : une rupture politique, puisque les socialistes francophones se détournèrent assez vite du PS américain et de sa position de fausse neutralité (qui cachait en fait un philogermanisme bien réel au niveau de la direction du Parti) ; et enfin une rupture de la logique d’intégration nationale dans laquelle les militants franco-américains étaient nombreux à s’être engagés en demandant à être naturalisés américains — bien souvent d’ailleurs pour pouvoir apporter leur voix au Parti socialiste américain lors des élections locales et nationales.
En fait, cette décision de se rallier à la patrie fut la conclusion d’un débat qui dura presque dix ans autour de deux grands thèmes : l’antipatriotisme et l’antimilitarisme. En toile de fond de l’affrontement de tendances clairement identifiables, qui mit face à face les syndicalistes révolutionnaires d’une part et les socialistes jaurésistes et blanquistes de l’autre, on voit clairement se profiler deux conceptions de la patrie : une conception déterministe (la patrie identifiée au pays natal et à la langue), et dans une définition de la patrie en tant que construction historique et politique (la France des Lumières, patrie de l’Humanité, qui jouit de la liberté d’opinion etc). En outre, se trouvait posé en filigrane la question de l’identité des migrants (le phénomène de transplantation peut-il jamais prendre une dimension définitive ?) et de la hiérarchie de leurs loyautés.
>Lire le texte de la communication

 

  • Annick Foucrier (Univ Paris 13-CENA): Guerres et migrations: l'exemple des tribulations d'un Lorrain de Mendoza à San Francisco, via les tranchées et Vladivostok.

Originaire d’une famille bourgeoise de Gondreville, en Lorraine, Gérard Brullard a le goût de l’aventure. A tel point que, pour assagir leur turbulent garnement, ses parents décident de l’envoyer chez des amis en Argentine. Là il continue ses frasques, mais est bien près de s’installer, amoureux de la fille de ses hôtes. La Première Guerre mondiale change son destin. Militaire comme son père et trois de ses frères, il survit aux tranchées, parcourt la Russie en pleine révolution, revient en France, traverse les Etats-Unis pour rejoindre Vladivostok. Passant par San Francisco, il décide de s’y installer.
Ecrits pour ses enfants, ses mémoires inédits offrent un regard original sur l’Argentine, et sur la guerre qu’il accomplit dans les tranchées puis comme mécanicien d’aviation, à une époque de bouleversements politiques majeurs. Replacés dans le contexte de l’émigration française du tournant du siècle, ils posent la question de la composition, sociale et régionale, collective et individuelle, des vagues migratoires ainsi que celle des itinéraires transatlantiques.

 

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Mise à jour / Update: 01.10.2010