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Du mouvement aux mobilisations catégorielles : Y a-t-il eu un tournant dans la mobilisation politique après les années 1960 ?

Appel à communications

journée d'études organisée le 4 mai 2012

projet

Un récit consacré a longtemps dominé l’historiographie du mouvement des droits civiques aux États-Unis : après un apogée au milieu des années 1960, le mouvement, généralement présenté comme authentiquement démocratique, fédérateur et « color-blind », aurait connu une phase irréversible de déclin ; et les mouvements de seconde génération ainsi que les mobilisations catégorielles des années 1970, ayant pour but la satisfaction d’intérêts eux aussi catégoriels, sur fond de tournant conservateur, n’en auraient été que d’ultimes rebondissements ou détournements. Ce récit dominant, souvent le fait d’individus ayant eux-mêmes vécu les événements, a rencontré les conclusions des politistes. Ceux-ci voient une alternance entre politique contestataire et politique conventionnelle, et établissent une distinction claire entre mouvements sociaux d’une part, et groupes d’intérêt, lobbies et partis politiques de l’autre, sur la base, notamment, d’un saut qualitatif dans les niveaux d’institutionnalisation, de professionnalisation et de maîtrise du jeu politique. Dans le cadre de cette journée, nous aimerions discuter la frontière trop souvent tenue pour hermétique entre ces différentes formes de mobilisation, en insistant sur les continuités possibles, les liens et les éventuels chevauchements.

Cette journée d’études a pour ambition de repenser la période qui suit la fin du mouvement des droits civiques, principalement aux États-Unis, mais aussi éventuellement ailleurs. Pour cela, elle invite à davantage historiciser l’analyse des mobilisations politiques. Concevoir les mobilisations dans la durée, les saisir à travers différents états, comme nous y invite par exemple l’historiographie récente du « long mouvement pour les droits civiques », permet d’échapper aux effets de myopie induits par des photographies instantanées d’une mobilisation à un moment donné. La mise en évidence de continuités – au niveau des acteurs, des buts, des répertoires, ou des méthodes d’action – par-delà les ruptures consacrées, devrait permettre de discuter tant la lecture décliniste des mouvements sociaux des années 1960 que la littérature portant sur la prétendue rupture conservatrice des années 1970. Elle devrait aussi contribuer à revenir sur les distinctions sans doute trop tranchées entre formes de mobilisation politique.

Si le cadre chronologique retenu pour la journée est postérieur aux années 1960, on ne s’interdira pas de remonter plus avant dans le temps, afin de comprendre les origines et la diversité des formes de mobilisation politique. Historicisation et contextualisation permettront d’échapper à une lecture exclusivement internaliste des mobilisations et d’examiner comment celles-ci évoluent en fonction des obstacles – et des réussites – qu’elles rencontrent. On pourra également tenter de donner plus de profondeur historique au fameux retournement politique de la fin des années 1960 et des années 1970 (« backlash ») en considérant simultanément le temps long du mouvement pour les droits civiques avec celui de la mobilisation conservatrice. On sera aussi attentif au caractère multiforme des mobilisations en s’attachant à mettre en évidence la porosité des formes de mobilisation, la polyvalence des acteurs ou enfin la diversité des réseaux dans lesquels ils ont pu être engagés, de même que les liens entre niveaux national et local, ou registre médiatique et politique.

Pour tester l’hypothèse de continuité entre les différents types de mobilisation, les intervenants pourront par exemple reconstituer des itinéraires biographiques ou générationnels (d’activiste à lobbyiste ?), mettre en évidence l’éventuel multi-positionnement des acteurs, étudier la nature du travail local et quotidien des militants, les répertoires d’action ou les compétences mobilisées dans l’action politique qui peuvent être transférés d’une mobilisation à une autre, ou encore mettre en évidence la recomposition des alliances dans le cadre de coalitions. Tous les types de mobilisation pourront être étudiés : mobilisations politique et syndicale, mouvements ethniques, raciaux, féministes, gays, écologistes, politisation de la lutte contre la criminalité, consumérisme, mobilisation de groupes professionnels…

 

envoi des propositions

Les propositions de contribution en anglais ou en français (maximum une page) sont à envoyer conjointement aux organisateurs avant le 17 décembre 2011, aux adresses suivantes :
thomas.grillotgmail, pauline.peretz, yphilippe15yahoo

Organisateurs :
Thomas Grillot, Collège de France, Institut du monde contemporain
Pauline Peretz, Université de Nantes/Collège de France, CENA, MASCIPO
Yann Philippe, Université de Reims, CENA, MASCIPO

 

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Mise à jour / Update: 18.02.2012