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Axes de recherche |
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Expertise, action politique et économiqueMembres : Pierre
Gervais, Romain Huret,
Pap Ndiaye (coordination),
Paul Schor.
Consommation et catégories sociales Trois projets s'inscrivent dans une démarche voisine, qui associe
l'étude de processus de consommation et des catégories sociales
associées. Le premier, mené par Paul Schor, propose une
histoire sociale des consommateurs aux Etats-Unis dans la première
moitié du vingtième siècle. Il s'agit à travers
les enquêtes de consommation, les statistiques des agences gouvernementales,
les enquêtes sociologiques et économiques, la publicité
et les enquêtes des marketing ciblées, de voir comment les
minorités ethniques et raciales ont été constituées
en communautés de consommateurs, un critère qui se superpose
à celui du pouvoir d'achat. De ce point de vue les enquêtes
portant sur les consommateurs seront lues comme une science sociale empirique,
qui entend substituer des catégories plus immédiatement
efficaces à celles de la sociologie traditionnelle des classes
et des groupes ethniques. D'autre part il s'agit de voir comment l'accès
à la consommation a été un vecteur d'américanisation
voire d'accès à la citoyenneté, en particulier dans
le cas de la mobilisation des Noirs pour la déségrégation
des biens et des services mais aussi des efforts des travailleurs sociaux
pour apprendre aux enfants et aux adultes immigrés comment tenir
une maison américaine, les normes de propreté, les manières,
et les principes faisant parfois explicitement le lien entre propreté,
modernité et démocratie. Le second, mis en œuvre par Pap Ndiaye, porte sur une histoire de
la mort comme objet de science et de commerce aux Etats-Unis, de la fin
du 19e siècle à aujourd'hui. Une étude de cas est
privilégiée, celle de l'industrie de l'assurance-vie. Le
cas de la firme Metropolitan Life est particulièrement intéressant,
puisque cette compagnie s'engagea précocément dans l'assurance-vie
dite "industrielle", destinée à la population
ouvrière, qui nécessitait, en raison du grand nombre d'assurés,
un traitement statistique élaboré – par contraste
avec les firmes d'assurance-vie anciennes, qui procédaient à
une évaluation médicale de chaque assuré. De telle
sorte que l’assurance vie a été l’un des plus
puissants outils de gestion des populations, qui a mobilisé des
moyens de calculs lourds, de vastes administrations, des armées
d’agents et un ensemble de techniques de gestion et de vente. A
partir de la fin du 19e siècle, elle a exigé la construction
de représentations de la société organisées
selon de multiples variables (âge, profession, sexe, et surtout
race) pour évaluer les espérances de vie. Le langage objectivant
de la statistique actuarielle a masqué la persistance de discriminations
raciales jusqu’aux années 1980. Mais ce projet n’a
pas pour objet principal de dénoncer une injustice faite à
une partie de la population. Il s’agit plutôt de réfléchir
aux relations entre les représentations objectivantes de la mort
et la définition des catégories sociales au 20e siècle.
Les compagnies d’assurance vie n’ont pas seulement constaté
des disparités de mortalité, elle les ont aussi construites.
Des catégories de représentation sociale ont été
élaborées, reflétant les conceptions sociologiques
des assureurs, qui avaient pour ambition de faire de leur métier
une activité financièrement rentable et socialement valorisante.
Aux Etats-Unis, cette activité s’est voulue à l’avant-garde
du « capitalisme social », prétendant concilier efficacité
économique et justice sociale. Enfin, le développement de
l’assurance-vie doit aussi se comprendre en liaison avec celui des
ordinateurs (mécaniques, électro-mécaniques puis
électroniques) qui ont autorisé le traitement statistique
du risque assurantiel. Le troisième, mené par Pierre Gervais, consiste en un effort
international et pluridisciplinaire de réévaluation du contenu
de certaines catégories économiques et de leur rôle
aux époques moderne et contemporaine. Des chercheurs français
et américains travaillent en ce moment même à problématiser
ces catégories, entre autres le profit, la monnaie, la propriété
privée, l'actionnariat, etc., en les historicisant, c'est-à-dire
en démontrant empiriquement que leur contenu, et pas seulement
leurs modalités d'expression, est modifié en profondeur
avec le temps, au point que des sens plus anciens, pré-industriels
en première analyse, sont aujourd'hui ignorés ou mal interprétés.
Histoire des institutions : rationalités pratiques et secrets Ce pôle regroupe deux projets qui relèvent d'une histoire
des institutions abordée sous l'angle des savoirs experts et des
rationalités pratiques qui les sous-tendent. Le second, mené par Eli Commins dans le cadre de sa thèse de doctorat, porte sur l'histoire du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center (MSKCC) à New York, entre les années 1930 et le début des années 1960. A travers l'étude de cette institution, une des plus importantes au plan mondial dans la recherche sur le cancer, cette recherche tente de comprendre comment fut mis en place un des plus grands projets biomédicaux de l'après-guerre, souvent présenté comme un effort comparable à celui qui conduisit à la fabrication de la bombe atomique. Le MSKCC, une institution privée, fut fondé grâce à un don d'Alfred Sloan, le patron de General Motors, à partir d'un centre hospitalier traditionnel contrôlé par la profession médicale. L'idée de Sloan et des autres philanthropes qui s'associèrent à lui était de tirer profit des succès de la recherche industrielle pour l'adapter à la recherche biomédicale : il s'agissait de mettre en place une « organisation scientifique du travail scientifique », qui permettrait de résoudre les problèmes les plus complexes. Cela passait par de nouveaux rapports d'autorité au sein de l'institution. Cette recherche examine la portée de cette initiative qui suscita nombre de réactions négatives. Elle s'attache surtout à comprendre comment, dans les années qui suivirent la refondation du Memorial, les pratiques des chercheurs et des personnels soignants se modifièrent, au moment où le cancer était pour la première fois présenté comme la maladie la plus menaçante pour la société américaine. Ce travail montrera qu'à travers le Memorial Center apparut, dans le cadre de la science lourde, une nouvelle forme d'alliance entre les philanthropes, les chercheurs et médecins, la société civile et l'Etat. Les deux pôles de cet axe de recherche nous semblent combiner au
mieux les travaux individuels de ses membres dans un espace de travail
collectif. Nous avons pris l'habitude de nous réunir fréquemment
de manière informelle (dans le cadre des séminaires du CENA)
ou plus formelle (dans le cadre de journées d'études associant
des invités extérieurs, notamment nos collègues américains).
Nous entendons procéder de manière similaire lors des prochaines
années, en ajoutant la tenue de deux colloques, l'un à mi-parcours,
l'autre en fin de contrat, afin de conclure les projets par un ouvrage
collectif franco-américain. |
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reserved for all countries. Mise à jour / Update: 18.02.2012 |
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