Présence de La Fontaine. Actes de la Journée LA FONTAINE (21 octobre 1995), textes rassemblés par Monsieur le Professeur JeanPierre Landry. Ouvrage publié avec le concours de l'Université Jean Moulin (Lyon 3), C.E.D.I.C., n° 10 ; distribution Paris, Champion, 1996, 126 p.

 

Comme l'indique J.P. Landry en introduction, ce petit ouvrage, qui regroupe les contributions d'une journée consacrée à La Fontaine, ne vaut pas « révélation », mais emprunte, avec « ferveur » (p. 7), quelques chemins à la découverte de La Fontaine. Chemins au reste déjà explorés, mais ici clairement et simplement, le plus souvent, revisités : la femme, le voyage, la retraite et le songe, les relations de pouvoir au cœur du discours, telles qu'on aboutit à cet adunaton : « la parole est le propre de la bête » (O. Leplatre, p. 68), la morale et la moralité, enfin la modernité des choix stylistiques de La Fontaine...

Se dessine, au travers de ces analyses, l'image d'un poète à la voix plurielle, confrontant opinions et discours dans une machine (la fable) qui est quelque chose comme une machination : énonciation problématique d'un poète « maître ès engins » (P. Michel, p. 85) dont la pensée « s'élabore progressivement dans un ensemble d'énoncés dont la cohérence ou la discordance peuvent nuancer ou changer une manière de voir le monde. » (T. Lassalle, p. 12).

Un regret, justement : que les seuls énoncés pris en compte soient les Fables et qu'un ouvrage qui s'intitule Présence de La Fontaine s'y attache de manière quasiment exclusive : serait-ce à dire qu'il n'est plus présent parmi nous que par elles ? On apprécie d'autant mieux l'article d'I. Morlin qui tire des aperçus intéressants de la confrontation des Lettres du Limousin et des Fables, pour mieux cerner les « points aveugles » de la Fontaine voyageur (« la découverte du “monde” au sens géographique du terme, n'a de sens que par rapport au “monde” au sens social », p. 32), les recherches d'ordre esthétique qu'implique la littérature de voyage (question de la discontinuité, réflexion sur le romanesque), et la méfiance de La Fontaine pour les vertus éducatives du voyage, contre le grand mouvement de découverte (dont témoigne la vogue des récits de voyage) de son temps, contre aussi un développement économique qui passe par la haute mer. Méfiance qui naît d'une position philosophique et moraliste, pour laquelle le voyage, séduisant par son illusoire diversité, objet de notre « vaine curiosité » (Fables, X, 2) est une figure du divertissement qui nous aliène à nous-mêmes.

A rebours, se pencher sur les Amours de Psyché aurait permis d'enrichir l'article d'A. Sancier sur la modernité de La Fontaine. Relevant parmi les indices de cette modernité l'usage du style indirect libre dans les fables, bien avant avant celui qui en fut longtemps réputé l'inventeur, elle ajoute en effet : « A notre connaissance, on ne trouve aucun exemple ample et décisif de ce type de discours dans la fiction narrative au xviIe siècle. » (note 11, p. 124). Si : dans les Amours de Psyché !

 

 

Claudine NEDELEC