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Giovanni Dotoli,
Vito Castiglione Minischetti, Paola Placella Sommella, Valeria Pompejano, Les Traductions de l'italien en français au xviie
siècle, Fasano/Paris, Schena editore/Presses de l'Université de
Paris-Sorbonne, « Bibliothèque des traductions de l'italien en français du
xvie au xxe
siècle », vol. I, 2001,
402 p. Compte rendu paru dans Papers on French Seventeenth Century Literature,
Vol. XXX, No. 58 (2003), p. 250-251. Il faut saluer l'entreprise bibliographique engagée par G. Dotoli : ce volume est le premier d'une série consacrée au répertoire des traductions de l'italien en français, du xvie au xxe siècle (le volume concernant le xvie siècle est en préparation). G. Dotoli y insiste dans son introduction, « Italianisme et traduction au xviie siècle » (p. 7-40), il s'agit là d'emprunter « le chemin de la réalité » pour tenter « de définir l'italianisme en France sur une base concrète » (p. 7), et non plus, en ce qui concerne le xviie siècle, sur des schémas interprétatifs (présence décroissante de l'Italie, bilan critique négatif) hérités souvent des théoriciens du xviie siècle eux-mêmes (tels Boileau ou Bouhours), et renforcés au xixe siècle, mais pas forcément corroborés par les faits. L'essentiel (p. 139-384) est constitué par le « Répertoire des traductions de l'italien en français au xviie siècle » (par ordre alphabétique des auteurs italiens), qui adopte le fort intelligent principe de ne pas séparer les « belles » lettres des « bonnes » lettres. Il est accompagné des annexes indispensables (une « Bibliographie de l'italianisme en France au xviie siècle », p. 105-137, un index des auteurs et des traducteurs, p. 385-396, une bibliographie des sources bibliographiques, p. 397-399). Il faut y ajouter, outre l'introduction d'ensemble de G. Dotoli, trois introductions, de chacun des responsables d'une « tranche » chronologique, analysant brièvement les principales données de son corpus : pour les années 1600-1630, V. Pompejano ; pour 1630-1660, P. P. Sommella ; pour 1660-1700, V. C. Minischetti. Heureusement que la périodisation « classique » du siècle permet de constituer des tranches commodes pour la répartition des tâches qui aient aussi quelque pertinence analytique (peut-être à questionner davantage…). Ce quadruple seuil brouille quelque peu l'interprétation des phénomènes, d'autant que ces contributions sont d'intérêt inégal, et contiennent parfois quelques bévues (le troisième vers de l'épigraphe de La Fontaine, p. 7, est faux ; État et Église prennent des majuscules, p. 72 ; les Comédiens-Italiens n'occupent la salle de l'Hôtel de Bourgogne qu'à partir de la création de la Comédie-française, en 1680, p. 83). Il est difficile de souscrire à l'affirmation selon laquelle, après 1660, « l'échec de la Fronde ayant mis à l'écart les écrivains indépendants [ ?], les auteurs sont désormais [ ?] à la recherche de protecteurs et de mécènes » (V. C. Minischetti, p. 77). De même, l'interprétation suivante n'est guère convaincante : « la modeste présence des traductions de pièces italiennes », entre 1630 et 1660, s'expliquerait par la « production nationale avec les œuvres prestigieuses de Corneille, de Molière et de Racine, qui vont éclipser toutes les autres » (P. P. Sommella, p. 75)… La pratique, particulièrement en œuvre au théâtre, de l'« adaptation » (voir le théâtre de Rotrou, ou les divers Dom Juan), adaptations ici exclues, n'est-elle pas bien davantage en cause ? (et le trio gagnant n'éclipse-t-il pas les autres à la suite d'un processus de classicisation en grande partie postérieur ?) Revenons aux questions d'ensemble. Il y a d'abord, comme y insiste G. Dotoli, une question de périodisation : la représentation doxique d'un italianisme néfaste (« clinquant », excès de meraviglia, baroquisme, asianisme…) envahissant les lettres françaises, au début du siècle, puis heureusement combattu, au nom de la raison et de la mesure, apparaît ainsi, à l'épreuve des faits, quelque peu déformante (ainsi 34,19% des traductions sont produites pendant les 40 dernières années du siècle, p. 11). C'est que l'on a pris pour argent comptant certaines affirmations théoriques « militantes » sur la suprématie de la langue et de la littérature françaises, destinées à appuyer « le “projet” de donner à la France la primauté culturelle et politique en Europe » (p. 15). D'autre part, les introductions montrent à plusieurs reprises comment les théories de la traduction (dont l'ouvrage confirme l'importance et contribue à l'histoire) virent le plus souvent en l'espèce à la glorification de la langue française. La réalité des faits permet pourtant d'observer plus précisément et plus objectivement comment la langue et la littérature françaises se forment à la fois dans l'imitation et la différenciation par rapport aux littératures modernes avec lesquelles elle est en concurrence ; « le recours à l'Italie se révèle tel qu'il est : un élément providentiel pour donner à la littérature de Louis XIV la marque solaire, contre les poètes fades et burlesques, ces Italiens maniéristes et symboles de décadence » (G. Dotoli, p. 18). Se font jour ici de nouvelles pistes d'étude, à suivre : sur l'appréciation de la part de la littérature, finalement bien inférieure à celle des domaines extralittéraires ; sur le rôle des « modes culturelles » et des « goûts » (V. Pompejano, p. 50-51, P. P. Sommella, au travers de ceux avoués par Mme de Sévigné, p. 58 sqs) dans le choix des textes traduits ; sur la différenciation entre œuvres italiennes connues en latin, en italien (ainsi de la Secchia rapita de Tassoni, publiée pour la première fois en France, en italien, par Chapelain, appréciée et imitée, mais traduite seulement en 1678), en traduction. Il faudrait revenir enfin sur la querelle des Anciens et des Modernes, et le rôle qu'y a joué l'Italie, pour les Modernes, comme source (d'argumentaires et de formes parodiques, voir ce qu'en dit M. Fumaroli dans son essai « Les abeilles et les araignées », en introduction à La Querelle des Anciens et des Modernes, Paris, Gallimard, « Folio classique », 2001) et comme modèle de substitution (à moins qu'elle n'ait fonctionné aussi comme relais dans la translatio), en attendant d'être à son tour déchue. Ainsi s'ouvrent, grâce à ce très utile instrument de travail, de stimulantes perspectives de recherche. Claudine Nédélec
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