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Compte rendu de Claudine Nédélec Gérard LETEXIER, Madame
de Villedieu (1640-1683). Une chroniqueuse aux origines de La Princesse de
Clèves, Paris-Caen, lettres modernes minard, “Situation”, n° 57, 2002, 1
vol. de 13,5 x 19 cm, 238 p. Les romancières qui ont entouré
Mme de Lafayette sortent enfin de l'oubli où les avait reléguées
l'impitoyable sélection à laquelle se sont livrés les fabricateurs du
classicisme au xixe siècle.
En témoigne, après la thèse de M. Cuénin (Roman
et société sous Louis XIV : Madame de Villedieu, Paris,
Champion, 1979), et avant le colloque qui va lui être consacré, ce petit
ouvrage qui se donne pour objectif de cerner les qualités de cette « romancière
sinon géniale du moins très estimable » (p. 9), au travers d'un
parallèle et d'une comparaison avec Mme de Lafayette (géniale,
quant à elle). Certes, cette exploration permet des pages justes (chap. IV,
« Madame de Villedieu et l'apparition de la nouvelle historique »),
d'autres fines et intéressantes (V, « Nouveaux climats », et VI,
« L'analyse chez Mme de Villedieu : potentialités et
limites »). Certes, cela conduit à souligner tout ce que Mme
de Lafayette doit à sa contemporaine, mais aussi les traits originaux de Mme
de Villedieu : sa parenté avec Molière, une alternance entre enjouement
railleur et mélancolie désabusée, une analyse de l'amour comme construction
imaginaire... Mais ce constant face à face, outre qu'il n'apporte pas grand
chose de nouveau à la connaissance de Mme de Lafayette, induit
quelques effets pervers. Malgré tout, Mme de Lafayette est toujours
présentée comme supérieure, soit parce qu'elle aboutit à une synthèse que
Mme de Villedieu n'aurait pas su faire (« Une synthèse :
La Princesse de Clèves », p. 116
sqs), soit qu'elle aille au-delà de
ses « limites » en en réalisant les « potentialités » :
la critique littéraire doit-elle vraiment fonctionner comme une remise des prix ?
Ne faut-il pas renoncer à cette vision téléologique de l'histoire littéraire ?
D'autre part, cela conduit également à passer sous silence, voire à mépriser
des auteurs comme Boursault et Saint-Réal, pourtant très impliqués eux aussi
dans l'« invention » de la nouvelle historique et galante - désignation
de loin préférable à « nouvelle classique » ici employée,
puisqu'il s'agit justement (ou qu'il devrait s'agir) de problématiser,
à la lumière d'une relecture sans a
priori, cette notion exogène (Mme de Villedieu est-elle une
« vraie classique », p. 16), au profit peut-être de celle de
« galanterie », qu'il faudrait davantage interroger. L'ensemble
n'est pas exempt d'autres défauts. La bibliographie contient très peu de références
récentes. Les développements ne sont pas toujours cohérents entre eux, ce qui
est dû sans doute à la diversité de cette œuvre, liée à la nécessité de
se renouveler pour continuer à plaire, quand on est « écrivain de
profession » : est-il alors utile de « sauver » cette
diversité et cette variété en les prétendant « empreint[es]
d'harmonie classique » (p. 165), quitte à regretter dans la même
page que ce qui forme un « tout cohérent » chez Mme de
Lafayette reste parfois « composite » chez Mme de
Villedieu ? Les affirmations sur la dimension religieuse de certains textes
(p. 131, p. 143, p.219, p. 221) sont finalement peu étayées de preuves.
Enfin on regrette que la notion de « chronique » évoquée en titre,
et liée à celle de texte à clef, soit finalement la plus rapidement et la
plus superficiellement traitée (chap. I, II, III) : est-elle, au bout du
compte, si pertinente ? Bref, une utile invitation à la réflexion et à
l'approfondissement, plus qu'un bilan fiable. Claudine NEDELEC
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