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Poétiques du roman. Scudéry, Huet, Du Plaisir et
autres textes théoriques et critiques du XVIIe siècle sur le genre
romanesque,
éd. Camille Esmein, Paris, Champion, « Sources classiques »,
2004, 944 p. Compte rendu de Guillaume Peureux paru dans Cette
anthologie est assurément un outil de travail essentiel. Elle contient
notamment d'utiles indices des noms, des romans et des notions,
ainsi qu'une bibliographie analytique des sources utilisées. Chaque
extrait ou texte intégral contenu dans ces Poétiques du roman
est introduit, ses enjeux théoriques sont mis en évidence et la
bibliographie récente en est signalée. Minutieux
et informé, le travail effectué par C. Esmein se fonde sur une préface
synthétique qui rappelle le mépris dans lequel fut d'abord tenue
l'écriture romanesque au xviie siècle avant de faire l'objet de débats
théoriques qui, coïncidant avec la diminution du coût des livres et
des succès éditoriaux, ont permis de dépasser indétermination
terminologique et esthétiques, et de justifier cette écriture au sein
de la poétique des genres. L'anthologie elle-même suit pas à pas
les évolutions du roman, mais également les avancées théoriques
produites dans le péritexte, dans les traités dédiés à cette
question, ainsi que dans des passages romanesques jugés réflexifs. Au
« roman baroque » (1621-1639) succède le « roman héroïque »
(1641-1661), puis les hommes de lettres du XVIIe siècle s'orientent
« vers une définition du roman » via « le
roman comique et satirique », jusqu'à Pierre-Daniel Huet, et
ainsi de suite jusqu'aux Sentiments sur les lettres de Du
Plaisir, en passant par « les débuts de la critique littéraire »,
de Jean Chapelain à Pierre Bayle. Cette périodisation beaucoup plus détaillée
que le rapide compte-rendu qu'on en propose rappelle notamment
l'existence de trois étapes majeures
dans l'histoire du roman France au xviie
siècle : ce qu'on désigne comme le « roman baroque »,
le « roman héroïque » et enfin le « petit roman »,
selon une importance toujours grandissante accordée à l'histoire
contre la fiction, avec un tournant vers 1660 incarné en particulier
par La Princesse de Clèves. Au
total, cet imposant ouvrage de 944 pages offre au lecteur un ensemble de
textes utiles à qui s'intéresse à l'écriture romanesque ou à sa
théorie au xviie
siècle en France. Il permet notamment d'accéder facilement à des
discours qui n'avaient pas été publiés depuis le xviie
siècle et étaient devenus de ce fait difficilement lisibles. Des
réserves pourraient cependant être formulées. Tout
d'abord, la périodisation proposée par C. Esmein n'est-elle pas
trop coupée au cordeau ? Il est étonnant par exemple qu'aucune
ligne - ni dans la préface, ni dans l'anthologie - ne
soit accordée à une œuvre romanesque comme Le Page disgracié (1642).
Le roman de Tristan l'Hermite résistait-il à cette périodisation ?
Ensuite,
on peut regretter que ne soit pas posée la question de la pertinence
effective des discours théoriques et de leur articulation à
l'invention romanesque. En effet, la continuité entre théories et
pratiques mériterait peut-être d'être mise en question. Faut-il
croire les théoriciens ? Aspiraient-ils à ce que les principes
qu'ils énonçaient fussent effectivement suivis par les auteurs ?
Quel crédit accordaient-ils à ces questions ? Les auteurs écrivaient-ils
vraiment en fonction des principes théoriques auxquels ils auraient adhéré ?
Enfin,
surtout, corrélativement au regret exprimé ci-dessus, il est sans
doute dommageable que C. Esmein ne propose pas une véritable mise en
contexte de la publication des textes recueillis dans son anthologie. Il
aurait été intéressant de se demander qui écrit romans et textes théoriques,
et à quelles fins. Les discours théoriques sur le roman, enchâssés
dans des débats ou des querelles, dans une périodisation beaucoup plus
serrée que celle du siècle tout entier, s'inscrivent assurément
dans une réalité sociale des auteurs qui est un peu absente des Poétiques
du roman et qui pourtant en éclairerait la pertinence et la valeur.
Et même si l'auteure cite dans sa préface Alain Viala, selon qui le
roman n'entre pas dans le « cursus honorum du littérateur »,
elle n'offre pas de réponse aux questions suivantes : est-ce que
tenir un discours sur le roman, ou en écrire, est un geste totalement
coupé du monde social et qui doit être appréhendé comme
exclusivement esthétique ? Est-ce que ce ne serait pas, par
exemple, pour des auteurs qui ne se voulaient pas forcément ou pas
seulement hommes de lettres, une manière de rendre publiques des compétences,
la teneur de leurs discours relevant alors davantage de positions pour
une part convenues et imitées que d'une quelconque adhésion ? Guillaume
Peureux
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