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Karine
Lanini
Ancienne élève de l'E.N.S. de Fontenay/Saint-Cloud
Thèse
de littérature française : Dire la
vanité à l'âge classique. Paradoxes d'un discours. Soutenue le 15 décembre
2003 à l'Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle. Sous la direction d'Alain
Viala
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| Résumé de la thèse |
Au
xviie
siècle, l'idée de "vanité" semble s'imposer : elle donne
son nom à des peintures d'un genre nouveau, les Vanités,
et fonde l'entreprise apologétique des Pensées
de Pascal. Le thème de la vanité n'est pourtant pas nouveau, puisqu'il
constitue une matière privilégiée du discours religieux : de nombreux
sermons glosent les paroles de l'Ecclésiaste
et dénoncent la vanité des œuvres humaines, mesurées à l'éternité des
biens et des peines ; puissant levier des âmes, le spectacle de la vanité
doit faire prendre conscience de la vanité du monde, et engager à préparer
son Jugement en vivant conformément aux préceptes de la morale chrétienne.
Mais dans les Vanités et les Pensées, la vanité n'est pas envisagée dans la même
perspective : produites dans un contexte à l'écart du discours
religieux traditionnel, les Vanités
et les Pensées imposent un constat
désespéré et désespérant de la misère des hommes, considérée d'un
point de vue purement humain. Dans les Pensées,
l'exhibition du néant ne mène qu'au sentiment de solitude et
d'impuissance de celui qui la contemple, et les Vanités
renvoient au spectateur le même sombre miroir : il mourra comme il est né :
seul, et sans aucun sens. Et, alors que le discours institué intègre la
vanité — la vanité est rachetée par la perspective du salut — les Pensées
et les Vanités l'affrontent, en représentant des biens qui n'ont plus
aucune valeur. Vanité relative d'un côté, vanité « absolue »
de l'autre : peser les biens du monde ou les annuler d'emblée engage
deux postures différentes, qui ont à voir avec la conception de la mort.
Dans
le discours religieux, la mort est présentée comme une libération des biens
illusoires du monde ; elle ne condamne pas le temps intermédiaire de la
vie, mais le relativise, si bien que cette perception de la mort n'entraîne
pas de conscience angoissée de la perte. Dans ce discours, la vanité n'est
qu'un leurre qu'il s'agit de dénoncer. A l'inverse, dans les Vanités
et dans les Pensées, l'expression
de la vanité désigne un vide, une impuissance radicale : la mort
n'est plus considérée pour ce qu'elle inaugure — le temps du salut —
mais pour ce qu'elle invalide : toute la vie. La mort est un évènement
individuel, où l'on perd tout, et la vanité sera l'expression d'une
angoisse, non pas une simple angoisse de la mort, mais une angoisse née de la
pensée de la mort qui annule la valeur de nos biens. C'est bien la vanité
comprise en ce sens que mettent en scène les Pensées
et les Vanités : un attachement aux biens de ce monde indissociable
d'une angoisse née de la conscience d'une perte inévitable. Elles ne
disent pas seulement que l'homme est mortel, mais qu'il n'est rien en sa
vie. D'où le risque d'un discours impossible : jusqu'à quel point
peut-on se regarder misérable ? L'expression brutale de la vanité
n'annule-t-elle pas le discours au sens où elle confronte le spectateur ou
le lecteur à une conscience à laquelle il cherche précisément à se dérober ?
Hors du discours religieux, le discours sur la vanité est paradoxal, puisque
la vanité est à la fois un objet du discours et un principe qui remet en
cause les fondements du discours : si tout est vain, que reste-t-il à
dire, et comment le dire ? Comment un discours sur la vanité peut-il
continuer à
faire discours ? Comment
les Vanités et les Pensées
s'arrangent-elles de ce paradoxe ? selon quelle stratégie ?
Domaines de recherche
Axes de recherche :
Etude du lien entre les arts et la littérature : non pas selon une théorie du reflet, qui consisterait à chercher des équivalents artistiques à des objets textuels ou l'inverse, mais dans une perspective de dialogue entre les arts, révélateur de traits de sensibilité, ou de mentalités.
Etude du discours (stratégie énonciative, inscription socio-historique ; analyse esthétique).
Sociologie des milieux artistiques au XVIIe siècle (étude des collections, circulation des œuvres, constitution des institutions artistiques, élaboration d'un discours de légitimation de la pratique picturale).
Objets de recherche :
- Discours funèbres : étude des genres funèbres, de leur évolution et de leur réception, en particulier aux XVIe et XVIIe siècles.
Pascal, Bossuet, Madame de Sévigné
Natures mortes et peintres de la réalité du XVIIe siècle.
Représentations macabres XIII - XVIIe siècles.
Travaux en cours
Constitution d'un catalogue des peintures européennes de Vanités , à partir de l'inventaire dressé au fur et à mesure du travail de thèse, à compléter. Ce travail pourrait dans un premier temps aboutir à l'élaboration d'une base de données sur les Vanités mise en ligne, voire à une publication imprimée. A terme, en collaboration avec Marie Gautheron (ENS LSH Lyon), analyse de la réinterprétation de la figure de la vanité dans l'art contemporain.
Élaboration et animation d'un site internet sur l'iconographie de la vanité : http://karine.lanini.free.fr
Participation au Dictionnaire des lieux mythiques , sous la direction de Pierre Ronzeaud pour la période moderne (collection Bouquins, Édition R. Laffont)
Participation à l'établissement du texte de la Bibliothèque Françoise de Charles Sorel, en collaboration avec sept autres membres du G.R.I.H.L, en vue de l'édition à paraître aux éditions Champion.
Projets
Les figures de sainte Madeleine dans les textes et les tableaux à l'époque moderne (XVIe- XVIIIe siècles)
Watteau et la littérature : le lien entre l'art et la littérature paraît particulièrement vif dans les œuvres de Watteau, qui s'inspirent de textes littéraires autant qu'elles les inspirent. Peintes au moment où la réflexion esthétique s'organise et se diversifie (avec notamment l'apparition des salons), les œuvres de Watteau me semblent constituer un objet pertinent pour poursuivre mon analyse du dialogue entre les arts.
Publications
Dire la vanité à l'âge classique. Paradoxes d'un discours , coll. « Lumière Classique », Paris, Champion, à paraître (1er trimestre 2006).
« Une certaine idée de Bossuet : circonstances et enjeux de la publication du Journal de l'abbé Ledieu », Revue Bossuet , printemps 2005.
« La pensée de la mort : les certitudes chrétiennes face aux angoisses humaines », Présence de Bossuet, Actes du colloque international de Dijon , 21 octobre 2004, à paraître aux Presses Universitaires de Dijon (2005).
« Aventures et avatars du texte des États et Empires de la lune », Lectures de Cyrano de Bergerac , sous la direction de Bérengère Parmentier, Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 121-131.
« De l'ordre du monde à l'ordre de Dieu : le parcours du Sermon sur la Mort de Bossuet », Littératures Classiques , N° 46, Automne 2002, p. 199-214.
« Et mors ultra non erit : l'écriture de la mort dans les sermons du Carême du Louvre de Bossuet », Lectures de Bossuet, Le Carême du Louvre, sous la direction de Guillaume Peureux, Presses Universitaires de Rennes, 2002, p. 169-184.
« L'imaginaire gelé : codes, règles et modèles dans les traités de peinture du xvii e siècle », dans « L'imagination au XVIIe siècle », sous la direction de Pierre Ronzeaud, Littératures Classiques , numéro 45, Printemps 2002, p. 309-322.
Articles « Littérature et Peinture » ; « Fait Divers » ; « Anecdote » ; « Discours funèbres » dans Le Dictionnaire du littéraire , sous la direction de Paul Aron, Denis Saint-Jacques, Alain Viala, avec la collaboration de Marie-Andrée Beaudet, Jean-Pierre Bertrand, Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Perrine Galand, Lucie Robert et Isabelle Tournier, Paris, Presses universitaires de France, 2002, 672 p.
« Le dernier Acte est sanglant . A propos d'une vanité de Philippe de Champaigne », Labyrinthe , hiver 2002, p. 107-115.
Communications et interventions en troisieme cycle
Nov. 2004 Maison française d'Oxford (Early Modern French Seminar)
Communication : La vanité, une catégorie moderne ?
Oct. 2004 Université de Dijon
Colloque Présence de Bossuet
Communication : La pensée de la mort : les certitudes chrétiennes face aux angoisses humaines .
2002 ENS Lettres et Sciences humaines, Lyon.
Journées jeunes chercheurs
Communication : Articuler une recherche sur des images et des textes : question de méthode
2002 GRIHL. Séminaire de recherche. L'amplification dans la traduction de l' Imitation de Jésus Christ de Corneille.
2002 ENS Lettres & sciences humaines de Lyon
Séminaire d'esthétique de Marie Gautheron
Communication : Iconographie ou iconographies de la vanité au xvii e siècle ?
Divers
2004 Recensions pour le Bulletin de la société des Amis de Bossuet
2004 Membre du Comité de rédaction du Bulletin de la société des Amis de Bossuet , dirigé par M. Gérard Feyrrerolles.
2004 Trésorière adjointe de la Société d'étude du xvii e siècle
2003 ENS Lettres et Sciences humaines, Lyon : en collaboration avec le Musée d'Art contemporain de Saint-Étienne dans le cadre de l'exposition Filiations , encadrement et participation avec Marie Gautheron à la présentation de la section vanités de cette exposition (site web : filiation.ens-lsh.fr/vanite/default.htm, et cartels de l'exposition).
Depuis 2001 Secrétaire de rédaction de la revue Littératures Classiques .
1999-2001 Trésorière du Colloque Scudéry (Paris, juin 2001).
1998-1999 Comité d'organisation du Colloque International du Tricentenaire Racine : trésorerie (constitution et suivi des demandes de financement, gestion et répartition des subventions, comptabilité), secrétariat et logistique. (Juin 1999)
1995-1996 Chargée des Relations Publiques au Bureau des Elèves de l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay / Saint-Cloud
Dernière mise à jour : 15 mars 2005