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Séminaires du G.R.I.H.L.
Séminaire de Christian Jouhaud

 

 

1er et 3e mardis du mois de 11h à 13h (salle 5, 105 Bd Raspail)

 

2010-2011 : Écriture et événement

1er, 3e et 5e mardis du mois de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 16 novembre 2010 au 31 mai 2011

Les séances du séminaire seront réparties entre 1) la poursuite d'une tentative de "retour au baroque" qui saisit dans un même regard les expériences historiques et historiographiques du baroque entre XVIIe et XXe siècle et 2) l'amorce d'une recherche partant de l'expression "tenir pour événement" : il s'agira d'abord d'identifier des situations historiographiques, anciennes (XVIe -XVIIIe siècle) ou plus récentes, dans lesquelles ce qui advient est construit comme événement dans une écriture. On travaillera aussi bien sur des productions historiographiques non professionnelles et non académiques que sur des textes d'érudition, en particulier celle qu'on qualifie de locale. Par ailleurs quelques séances seront consacrées à la discussion de travaux d'étudiants de master ou de doctorat.

 

2009-2010 : Écriture et événement

Au cours de l'année 2009-2010, le séminaire de Christian Jouhaud dont le thème est « écriture et événement » a été pour l'essentiel consacré à la question du baroque, en lien direct avec le projet ENBaCH. En partant de l'expression "tenir pour événement", il s'est d'abord agi d'identifier des situations historiographiques, anciennes (XVIe -XVIIIe siècle) ou plus récentes, dans lesquelles ce qui advient est construit comme événement dans une écriture. Le cas de la « journée des dupes » (10 et 11 novembre 1630) a été travaillé dans cette perspective. Une place importante a été accordée à Michel de Marillac, le grand vaincu de la « journée des dupes ». L'histoire de sa vie (manuscrit de Lefebvre de Lezeau) est en cours d'édition électronique critique dans le cadre de la réalisation du projet ENBaCH.

La question des historiographies du baroque a constitué l'autre dossier principal abordé dans les séances du séminaire. On a travaillé aussi bien sur des productions historiographiques non professionnelles et non académiques que sur des textes d'érudition, ou des ouvrages de synthèse. Il s'agissait d'abord de saisir dans un même regard les expériences historiques et constructions historiographiques du baroque entre XVIIe et XXe siècle. Les travaux de Pierre Charpentrat ont, de ce point de vue, fourni un socle solide et brillant. On se fixe d'ailleurs pour but de rééditer une partie de l'œuvre de ce grand critique, ce qui nécessite non seulement une sérieuse préparation éditoriale, mais aussi le développement d'une réflexion historique et théorique pour en contextualiser les enjeux. Un travail a été mené enfin sur un autre dossier : celui de l'expérience du Centre international de synthèse baroque (1963-1987), des journées internationales d'étude du baroque qu'il organisait et de la revue Baroque qu'il publiait. La réédition électronique de cette revue est d'ailleurs un des chantiers parisiens en cours dans le cadre du projet ENBaCH.

 
2008-2009 : Écriture et événement

Comme les années précédentes, le séminaire a fait alterner des séances vouées à la poursuite de l'exploration des périphéries historiques et historiographiques de l'événement « journée des dupes » (10 et 11 novembre 1630) et des séances traitant de plus larges questions historiographiques. Un premier groupe de séances est revenu sur le texte des « Mémoires » de Marie Du Bois à partir de deux entrées. La première a été ouverte par la notion de « rebut » : qu'est-ce qu'il reste d'un texte après un long travail d'analyse ? Ces restes, qui existent, sont ce qui a résisté au commentaire et, précisément, l'a rebuté. A partir de là , une seconde entrée a été mise en place autour du thème des « émotions publiques » : dans les « restes » de Marie Du Bois apparaît l'impossibilité d'établir une continuité, et même un lien, entre l'expression publique et démonstrative d'une émotion subjective et la construction d'un théâtre social par un bouleversement émotionnel collectif, théâtre érigé en lieu de représentation et de certification d'un banal ethos nobiliaire. Le séminaire s'est aussi intéressé au poète Boisrobert (après la soutenance de la thèse qu'a consacrée Anastasia Iline à ce favori de Richelieu) et aux traces de la Journée des dupes saisissables dans la comparaison minutieuse de deux éditions du « recueil Faret » (1627 et 1634). Les lettres de Jean de Silhon ont ainsi été analysées en détail. Cette série à été close par la réouverture du vieux dossier « Bérulle et Richelieu » et une séance à deux voix, avec Thierry Issartel, consacrée à Pierre de Marca. D'autres invités sont intervenus dans des séances spécifiques : Thomas Maissen professeur à l'Université de Heidelberg et directeur d'études invité, ainsi que des doctorants : Lionel Trigueros (François Davant), Eléonore Serdcezny (Gabriel Naudé et les Mazarinades ), Mathilde Barbedette (le marquis d'Argenson regardé comme homme de lettres).

Publications :

- Mazarinades. La Fronde des mots , Aubier-Flammarion, 2009 (1 ère éd. 1985).

- Histoire, littérature, témoignage. Ecrire les malheurs du temps , Gallimard, Folio Histoire, 2009 (avec Dinah Ribard et Nicolas Schapira).

- « "Camisards ! We were Camisards !" Remembrance and the Ruining of Remenbrance through ler Production of Historical Ansences”, History and Memory , vol 21 (1), Spring/Summer 2009, p. 5-24.

- “Continuer à dire la toute-puissance”, Penser/rêver , 15, printemps 2009, p. 125-138.

- « Ecriture historique, action et immédiateté », dans La Révolution 1789-1871. Ecriture d'une histoire immédiate , Philippe Bourdin éd., Presses Universitaires Blaise Pascal-Musée de la Révolution Vizille , 2008, p. 37-56

- Direction de Lire Michel de Certeau - La formalité des pratiques / Michel de Certeau lesen - Dir Förmlichkeit der praktiken , Zeitsprünge, Forschungen zur Frühen Neuzeit, Vittorio Kolstermann, Frankfurt am Main, 2008 (en coll. avec Philippe Büttgen ).

- « De la ‘raison d' é tat' dans ‘La formalité des pratiques' à la 'raison d' é tat' en action à Loudun. Un découpage du temps historique », in Lire Michel de Certeau - La formalité des pratiques / Michel de Certeau lesen - Dir Förmlichkeit der praktiken , in Philippe Büttgen et Christian Jouhaud (dir.), Zeitsprünge, Forschungen zur Frühen Neuzeit, Vittorio Kolstermann, Frankfurt am Main, 2008, p. 205-216.

« Politique et religion au xvii e  siècle : note sur le passage par l'exemplaire », in Laurence Giavarini, Construire l'exemplarité. Pratiques littéraires et discours historiens ( xvi e - xviii e  siècles) , é ditions de l'Université de Dijon, Dijon, 2008, p. 52-61.

- « Benjamin, le ‘Grand-Siècle' et l'historien. Retour sur un travail », in Philippe Simay (dir.), Walter Benjamin, La tradition des vaincus , Cahiers d'anthropologie sociale 4, Paris, L'Herne, 2008, p. 33-42.

- « Inquiéter Florence », Critique , 730, mars 2008, p. 207-218.

 

 

2007-2008 : Écriture et événement

Cette année encore, le séminaire a fait alterner des séances vouées à la poursuite de l'exploration des périphéries historiques et historiographiques de l'événement « journée des dupes » (10 et 11 novembre 1630) et des séances traitant de plus larges questions historiographiques. Deux séminaires ont d'abord été consacrés au rapport entre la résonance événementielle (l'événementialité) d'événements passés dans l'écriture historique qui les saisit et la notion d' « emprise vague » du passé telle qu'elle a été récemment développée par Pierre Bergounioux. Les questions soulevées à ce propos ont été rapprochées des cas présentés par Caroline Callard dans son livre Le Prince et la République. Histoire , pouvoir et société dans la Florence des Médicis au XVIIème siècle.

Une deuxième série de séances a été centrée sur les écrits de la famine de 1662 : Mémoires pour l'instruction du dauphin, sermons de Bossuet, lettres d'intendants, feuilles volantes, correspondances, « mémoire sur les finances » de Colbert. Il s'agissait ainsi de réfléchir aux liens entre témoignages écrits (et leur lecture à l'époque comme maintenant) et historiographie.

On s'est ensuite intéressé à la controverse comme objet historiographique, en partant du numéro de la revue 1900 intitulé Comment on se dispute. Les formes de la controverse. On a discuté l'opposition acceptée d'emblée entre controverse et polémique Car s'il ne s'agit pas seulement d'évaluer des contenus mais de saisir historiquement des formes de conflictualité que des écrits portent et médiatisent, alors toute frontière entre les deux notions relève de la pétition de principe ou du jugement de valeur sur les objets en cause et les lieux de leur production. Le séminaire a ensuite accueilli Christophe Blanquie pour une présentation et une discussion de ses ouvrages récents sur Scipion Dupleix, magistrat et historien, en faisant en particulier retour sur les pratiques polémiques de celui-ci.

Une dernière série de séances a traité de l'assemblée des notables de 1626-1627. On a d'abord croisé le livre de Jeanne Petit sur cette assemblée, paru en 1936, et le récit qu'en donne le Mercure François peu après l'événement, et cela en prêtant tout particulièrement attention aux glissements de sens dans les deux récits des faits, souvent proches pourtant. On a ensuite élargi cette problématique des rapports entre écriture et événement à d'autres textes pris dans l'action (le procès-verbal de Paul Ardier le secrétaire de l'assemblée) ou déjà dans une dynamique historiographique (les « Mémoires » du maréchal de Bassompierre ou La vie du cardinal-duc de Richelieu par Jean Le Clerc dont la première édition date de 1696). On a alors pu mesurer à quel point des interprétations semblables, ou presque, du sens d'un événement pouvaient, en réalité, produire des axiomatiques de l'action peu ou pas compatibles et donc susceptibles de déplacer radicalement le sens même de cet événement pour peu qu'on le regarde sous cet angle.

Publications :

- Préface à Christophe Blanquie, Libourne, ville présidiale, Les éditions de l'Entre-Deux-Mers, Camiac et St-Denis, 2007, p. 3-7.

- «  Benjamin, le "Grand-Siècle" et l'historien. Retour sur un travail  » , dans Walter Benjamin, La tradition des vaincus, Cahiers d'anthropologie sociale 4, (Philippe Simay, éd.), Paris, L'Herne, 2008, p. 33-42.

- «  Inquiéter Florence  » , Critique, 730, mars 2008, p. 207-218.

- « De la ‘raison d' é tat' dans ‘La formalité des pratiques' à la 'raison d' é tat' en action à Loudun. Un découpage du temps historique », in Lire Michel de Certeau - La formalité des pratiques / Michel de Certeau lesen - Dir Förmlichkeit der praktiken, in Philippe Büttgen et Christian Jouhaud (dir.), Zeitsprünge, Forschungen zur Frühen Neuzeit, Vittorio Kolstermann, Frankfurt am Main, 2008, p. 205-216.

- « Politique et religion au XVIIe  siècle : note sur le passage par l'exemplaire », in Laurence Giavarini, Construire l'exemplarité. Pratiques littéraires et discours historiens (XVIe - XVIIIe  siècles), éditions de l'Université de Dijon, Dijon, 2008, p. 52-61.

 

 

2006-2007 : Comme les années précédentes, le séminaire a fait alterner des séances vouées à la poursuite de l'exploration des périphéries historiques et historiographiques de l'événement « journée des dupes » (10 et 11 novembre 1630) et des séances traitant de plus larges questions historiographiques. Ces questions ont été posées à partir de quatre objets. On a d'abord fait retour à un débat ancien, mais sous un angle particulier : la célèbre controverse Mousnier / Porchnev sur les révoltes populaires a été revisitée à partir de la narration des événements construite par les deux historiens, c'est-à-dire en deçà du débat méthodologique et idéologique. Une séance a été consacrée à des publications récentes sur les rapports entre spiritualité et politique au XVIIème siècle, en centrant l'intérêt sur le moment même de l'articulation des deux notions. Une autre a pris pour objet le livre Why France ? American Historians Reflect on an Enduring Fascination (Cornell University Press, 2006) en tentant en particulier d'y observer la production narrative des stéréotypes, tant dans la part autobiographique du récit que dans l'énoncé de la spécificité des objets historiques travaillés par les différents auteurs. Une mise au point a enfin été proposée sur l'histoire de « l'histoire des idées », entre propositions initiales et développements récents examinés dans leurs formulations même à la fois comme nouveauté et comme poursuite d'un programme ancien.

Un autre ensemble de séances a été consacré au travail de textes du XVIIème siècle racontant la mort ou les souffrances d'un personnage dans une situation de persécution politique. On s'est ainsi intéressé aux « mémoires » du maréchal de Bassompierre comme récit de prison, à ceux de Jacques Filhot qui évoquent la fin de la Fronde à Bordeaux (travail mené en collaboration avec Cécile Soudan) et au récit de la mort du garde des sceaux Michel de Marillac dans l'histoire manuscrite de Nicolas Lefebvre de Lézeau.

Le travail sur ce manuscrit a, par ailleurs continué, pour la préparation de son édition. On a fait le point sur ce chantier collectif lors de séances croisées avec le séminaire de Robert Descimon. Il s'agissait, d'un côté de faire progresser l'enquête sur l'histoire sociale des Marillac et des Lefebvre et, de l'autre, de s'arrêter sur certains aspects du récit de Lefebvre de Lézeau, en particulier sur l'apparent bannissement de toute réflexion sur l'opposition entre les choix politiques de Marillac et ceux de Richelieu. On a ainsi pu observer le retour ténu de ces politiques absentes dans l'évocation des « grâces » particulières accordées par Dieu au garde des sceaux… Le fil des rapports entre politique et spiritualité ainsi retrouvé a été tiré vers la figure du fameux Père Joseph (« l'éminence grise »). L'historiographie traitant du capucin, récente ou moins récente, a été scrutée dans cette perspective. Cette étude nous a conduits à un travail spécifique, durant deux séances, sur des récits de la diète de Ratisbonne en 1630.

Publications :

- Sauver le Grand-Siècle ? Présence et transmission du passé, Paris, Le Seuil, 2007.

- «   La preuve comme soupçon dans la narration historique de Voltaire », dans Voltaire et le Grand Siècle, Jean Dagen et Anne-Sophie Barrovecchio éd., Oxford, Voltaire Foundation, 2006, pp. 27-38.

- « Politique et religion au XVIIe siècle : note sur le passage par l'exemplaire  », publication électronique, http://www.fabula.org/colloques/sommaire150.php

« Les ‘Mémoires' du Maréchal de Bassompierre et la prison », in Ecriture et prison au début de l'âge moderne, Cahiers du Centre de Recherches Historiques , Jean-Pierre Cavaillé (éd.), n° 39, avril 2007, pp. 95-106.

 

2005-2006 : Le séminaire a fait alterner des séances consacrées à la continuation de l'exploration des périphéries historiques et historiographiques de l'événement « journée des dupes » (10 et 11 novembre 1630) et des séances traitant de plus larges questions historiographiques. Les premières ont été centrées sur deux dossiers : 1- le parcours, les écrits et l' Histoire de la vie du garde des sceaux Michel de Marillac, 2- la maladie de Louis XIII à Lyon à la fin de l'été 1630. Le récit de la vie de Marillac par Lefevre de Lezeau donne lieu à un travail d'édition conduit par Cécile Soudan qui a présenté ce projet en séminaire. La maladie de Louis XIII comme événement a été étudiée à partir du récit donné dans le Mercure François  ; ce qui a permis une réflexion plus générale sur la construction de l'événement par le Mercure et une comparaison du récit de la maladie du roi avec le récit de la peste de Lyon en 1629.

Dans la seconde série de séances deux questions présentant un enjeu historiographique esquissé l'année précédente ont été traitées et un travail de lecture critique du texte de Michel de Certeau « La formalité des pratiques » a été mené. Sur ce texte, le travail a été accompli en collaboration avec Philippe Buettgen, philosophe, chargé de recherche au CNRS. Cette lecture à deux voix a contribué à la préparation d'un colloque sur la « formalité des pratiques » que nous avons organisé en janvier 2006 à la Mission historique française de Göttingen. Par ailleurs, on a tenté d'approcher la question de l' exemplaire au XVIIe siècle (dans l'historiographie du et sur le XVIIe siècle) à partir d'un dossier sur les rapports entre politique et religion, alors que, d'autre part, le séminaire avait été ouvert en novembre avec une réflexion sur la notion d'histoire immédiate, par deux séances où ont été croisées des constructions scripturaires et des constructions picturales de l'immédiateté. Enfin, deux séances ont été consacrées aux recherches de deux doctorants, Yasushi Noro sur Amable Bourzeis et Eléonore Serdeczny sur les mazarinades burlesques de 1649.

Publications :

- « 1648. La journée des barricades », dans 1515 et les grandes dates de l'histoire de France , Alain Corbin éd., Paris, Le Seuil, 2005, pp. 218-223.

- « 1626 : les jésuites parisiens dans l'œil du cyclone », dans Pouvoirs, contestations et comportements dans l'Europe moderne, Mélanges en l'honneur du professeur Yves-Marie Bercé , B. Barbiche, J.-P. Poussou, A. Tallon éd., Paris, PUPS, 2005, pp. 185-199.

- « L'écriture polémique », dans Histoire de la France littéraire , tome II Les classicismes , volume dirigé par Jean-Charles Darmon et Michel Delon, Paris, PUF, 2006, pp. 732-761.

- « Religion and Politics in France during the Period of the Edict of Nantes (1598-1685) », in Religious Differences in France. Past and Present , Kathleen Perry Long ed., Truman State University Press, 2006, pp. 73-90.

 

2004-2005 : Le séminaire a continué cette année à explorer les périphéries historiques et historiographiques de l'événement « journée des dupes » (10 et 11 novembre 1630). Les rapports entre événementialité, action des serviteurs de l'Etat et « absolutisme » ont été travaillés au cours de plusieurs séances à partir d'entrées théoriques offertes par l'opportunité de deux parutions importantes pour notre sujet : celle du cours au Collège de France de Michel Foucault de 1977-1978 (Sécurité, Territoire, population), consacré principalement à la question de la gouvernementalité et celle du recueil de Louis Marin Politiques de la représentation . Parallèlement, le livre de Michel de Certeau, La possession de Loudun a servi de fil conducteur. On a procédé à la relecture attentive de certains chapitres en travaillant les sources qu'ils présentent (selon les principes de la collection « Archives ») et qu'ils commentent. Et cela en particulier pour ce qui concerne les rapports entre pouvoir politique et dimension locale de la crise de possession diabolique. Grâce à Michel de Certeau (« Ce que Freud fait de l'histoire : ‘Une névrose démoniaque au XVIIe siècle' »), la question du « tact » - le geste de « toucher » le passé - a également pu être abordée en croisant le texte de Freud et le livre récent de Jean-Luc Nancy, Noli me tangere .

Sur la question des rapports entre pouvoir et question du local, deux séances ont été consacrées au face-à-face des deux villes de Loudun et de Richelieu (ville nouvelle construite à partir de 1631 au cœur du duché-pairie du cardinal) distantes de quelques kilomètres. Dans la même perspective, une troisième séance a été donnée par Bernard Gaborit qui prépare l'édition d'un texte-manifeste de l'intendant de l'Académie pour la noblesse installée à Richelieu. Sophie Houdard, maître de conférences à l'Université de Paris III, est intervenue, quant à elle, sur le récit du voyage de Jeanne des Anges, la plus célèbre des possédées de Loudun, dont le pèlerinage au tombeau de François de Sales a manifesté la force du patronage de Richelieu et l'intensité politique de la sortie de la crise diabolique tant au plan local que national.

2003-2004 : Le séminaire de cette année a abordé deux thèmes autour de la question des rapports entre écriture et événement. La  « journée des dupes » ( novembre 1630) a servi de point de départ pour traiter de l'écriture de l'événement : qu'est-ce qui constitue l'événement dans les écrits qui nous le font connaître ? quels rapports entre le récit des actions et le récit des effets de l'événement ? quels rapports entre les récits des diplomates dans leurs dépêches généralement secrètes et les polémiques que l'on trouve dans les libelles ?  quels rapports entre la production contemporaine d'écrits qui se réfèrent à cet événement par ailleurs mystérieux dans son déroulement et les narrations de l'historiographie. Ces dernières portent et construisent l'événement depuis trois siècles et demi. Elles sont travaillées par des résurgences et des surgeons dont l'étude pose la question de la circulation souterraine des figures du passé (à travers des couches textuelles qui ne sont pas intentionnellement historiographiques) et celle des recompositions d'un même objet dans des configurations épistémologiques changées, où ni le fait ni la preuve ne s'établissent de la même manière. Par ailleurs un second chantier a été ouvert à propos des « malheurs du temps » (XVIIe siècle).On a emprunté le titre de l'étude dirigée par Pierre Bourdieu  pour traiter de « la misère du monde » à l'époque moderne. On a essayé de tenir ensemble deux directions : 1 - présence et évidence du malheur dit par ceux qui le vivent ou le voient (c'est la question du témoignage, souvent porté par des textes, littéraires ou non, dont le but n'est pas de témoigner), 2 - effets de la stylisation ou de la mise en forme qui porte ce malheur jusqu'à ceux qui sont amenés à en rendre compte dans leur travail de compréhension du passé : où, quand, comment le malheur se trouve-t-il construit comme événement ?

 

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