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La Nouvelle allégorique raconte
la guerre que se livrent deux royaumes : la princesse Rhétorique,
souveraine du royaume d'éloquence, combat Galimatias, prince du pays de Pédanterie.
Une bonne moitié de la Nouvelle est consacrée au récit de l'enrôlement
des troupes dans chaque camp, ce qui permet au lecteur de découvrir les
forces en présence. Du côté de Galimatias, on va trouver par exemple
« les équivoques », « les allusions », les « hyperboles »,
commandées par différents auteurs du temps, Montmort, Nervèze et bien
d'autres encore. La reine Rhétorique, conseillée par son principal
ministre « Bon sens », fait appel à ses propres troupes :
elle enrôle elle aussi des auteurs, tel Corneille, le chef des « cantons
dramatiques », Madeleine de Scudéry, qui règne sur la « Pays de
Tendre », Voiture et Sarazin, de la « région des vers galands ».
La cavalerie vient du « Royaume Poëtique », et parmi les
officiers de la reine, on trouve les rondeaux, les énigmes et les triolets.
Après une bataille haute en couleur qui voit la victoire des forces de la
reine, Galimatias parvient à reconstituer ses forces et à menacer de nouveau
le camp de Rhétorique, miné par des dissensions. L'affaire se termine par
un traité de paix, qui délimite précisément le territoire revenant à
chacun des souverains, et qui définit leurs prérogatives. Ce récit met
donc en scène des écrivains, des figures de style, des livres, des genres
littéraires, élevés au rang de personnages, confrontés les uns aux autres
dans un canevas qui est celui d'un conflit armé. Cette hétérogénéité
des éléments allégorisés - réalités textuelles (tropes,
genres), objets (livres), institutions (l'Académie française, les collèges),
personnages bien réels (auteurs, libraires, acteurs politiques…) - constitue
l'une des spécificités de la Nouvelle allégorique. En outre
la Nouvelle allégorique a la particularité de ne pas représenter, à
la différence de la plupart des allégories, une image fixe, mais une
narration, si bien que le procédé fonctionne en continu dans l'ensemble
d'un récit complexe, et jusque dans les moindres détails de celui-ci. Véritable
dynamique narrative, cette allégorie a un aspect indéniablement virtuose,
mais résiste aussi du même coup à toute compréhension univoque. Et ce ne
sont pas les notes marginales, omniprésentes, placées par Furetière lui-même
pour élucider allusions ou mots techniques, qui en facilitent l'interprétation,
car elles introduisent une strate supplémentaire de discours, et demandent au
lecteur de circuler entre plusieurs niveaux de sens. L'entremêlement
des objets représentés ouvre la question de ce qui au juste est mis en représentation
dans ce texte : un univers de savoir, un ensemble de règles à observer
pour bien écrire, un corpus en voie de constitution (les belles-lettres) ou
encore un milieu, celui des écrivains parisiens contemporains de Furetière
(si abondamment loués dans l'ouvrage) ? Voire, dans la mesure où elle
est l'histoire d'un affrontement entre deux royaumes dotés
d'institutions qui renvoient à la société du temps, la Nouvelle allégorique
ne se retourne-t-elle pas en un regard sur les réalités sociales et
politiques du XVIIe siècle ?
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