Le Débat Stratégique Nº39 -- Juillet 1998
Vers une nouvelle politique étrangère de l'Allemagne ?
Par Michaël Struve
Le 27 septembre prochain dira quelle nouvelle majorité gouvernera l'Allemagne. Si l'impressionnante victoire de G.Schroeder en Basse Saxe le 1er mars donne une assise électorale aux estimations flatteuses des sondages, avec quel partenaire un SPD vainqueur devrait-il gouverner ? Plus précisément, quelles conséquences en matière de politique étrangère peut-on attendre dans les deux hypothèses le plus souvent retenues?
Coalition SPD/CDU
Elle aurait l'avantage de permettre le passage de réformes structurelles et fiscales que l'actuel Chancelier n'a pu imposer. Mais en dehors de cette mesure urgente de politique intérieure, car l'enrichissement des catégories supérieures échappe de plus en plus à l'impôt, les différences d'orientations de politique étrangère des deux grands partis se sont estompées.
Ils s'accordent pour :
- Inscrire la politique extérieure dans un cadre multilatéral (lié aux valeurs et aux institutions occidentales), qui laisse peu de place à des actions autonomes, considérant que la décision unilatérale devient de moins en moins possible.
- Eviter tout "Sonderweg" allemand, toute "renationalisation" de la politique extérieure, par souci de détacher l'image de l'Allemagne de son passé.
- Considérer les Etats-Unis comme un partenaire indispensable dans l'organisation de la défense en Europe, l'Allemagne restant dépourvue d'armes nucléaires.
- Donner la priorité de toute politique extérieure à l'ensemble européen, c'est à dire à l'intégration de l'Union européenne et son élargissement vers l'est. Approfondir les mécanismes de décision commune et avancer vers une Union économique et politique, accompagnée d'une communauté de défense également élargie vers l'est, afin d'éviter toute zone grise poussant vers des conflits récurrents.
- Elargir et renforcer les institutions internationales dans le sens d'une complémentarité. Elargir l'OTAN d'abord, sa capacité d'intervention politique et militaire, en complémentarité avec l'OSCE. Promouvoir le Conseil de partenariat Euro-Atlantique (qui remplace le Partenariat pour la paix depuis 97) ainsi que l'Acte OTAN-Russie pour ne pas isoler Moscou.
- Utiliser la faculté d'intégration politique de l'OTAN pour les Etats qui n'ont pas encore atteint tous les standards politiques et militaires de l'Alliance, avant leur adhésion définitive au "club" des pays qui reconnaissant les valeurs occidentales, telles que l'Etat de droit, la société civile, le système démocratique et parlementaire qui vont de pair avec une économie de marché accompagnée de garanties sociales et juridiques.
- Développer une structure de défense et de sécurité européenne non concurrente mais complémentaire de l'OTAN, et renforcer le poids des Européens face aux Américains, notamment par un commandement purement européen de l'UEO, qui disposerait à la fois de l'infrastructure de l'Alliance et de sous-commandements européens, de son propre Etat Major et d'une cellule de planification.
- Transformer l'UEO en un organe militaire opérationnel capable d'appliquer une stratégie élaborée dans le cadre de la PESC. Elargir l'UEO à des Etats européens sans demander leur adhésion préalable à l'UE ou à l'Alliance et changer en ce sens le texte du Traité d'Amsterdam.
- Faire participer les futurs membres de l'UE aux institutions européennes, au travail du Parlement européen et considérer la transition de ces pays vers le système démocratique comme condition préalable à toute stabilisation de leurs régions.
- La Bundeswehr, armée de conscription, devrait pouvoir participer aux missions mandatées par l'ONU et placées sous l'autorité de l'OTAN en liaison si possible avec l'UEO, pour maintenir la paix dans des régions de crise et dans le hors zone OTAN.
Ces points d'autant plus consensuels qu'ils évitent soigneusement tout approfondissement théorique, ne se retrouveraient pas aussi facilement dans le cadre d'une coalition "SPD-Verts".
SPD-Verts
Certes, juste après son élection en Basse Saxe, Schršder proclama pendant dix jours une coalition avec les verts comme souhaitable et probable. Ces alliances existent déjà dans cinq Länder (Nord Rhénanie Wesphalie; Hesse; Saxe Anhalt; Hambourg et Schleswig-Holstein) et l'expérience n'est pas que négative.
Mais les Verts, très médiatisés, qui participaient alors au travail parlementaire apparurent très différents de ceux de la base qui se réunirent en Congrès à Magdebourg le 6 mars. Parmi les points les plus spectaculaires des votes des 750 délégués, il y eut les impositions écologiques et sociales (avec le fameux carburant à 5 marks, environ 15 frs le litre), mais aussi la politique extérieure.
Juste avant le Congrès, l'aile dure (les "fundis"), représentés par Jürgen Trittin (président fédéral) avait réalisé un compromis avec les "réalos", menés par Joska Fischer, chef du groupe parlementaire au Bundestag, plus européen et francophile. Ce compromis demandait au Congrès d'autoriser les députés verts à voter pour une prolongation du mandat de la SFOR, qui comprend des troupes allemandes, pour la mise en oeuvre des accords de Dayton en Bosnie. A une voix près, le Congrès refusa toute participation allemande à des actions militaires. Il est vrai que le président du parti, Trittin avait déclaré en janvier que la politique étrangère n'intéressait personne. La crédibilité des Verts pour participer à une coalition avec le SPD, qui a une longue tradition de politique extérieure spécifique, et appréciée sous l'Ospolitik de Willy Brandt s'est donc érodée, m me si G. Schroeder n'a pas fait preuve de beaucoup de connaissances dans ce domaine jusqu'à présent.
Les sondages en faveur des Verts diminuaient, notamment à l'est, sans doute du fait de leur déclaration sur l'essence. Ils perdirent tous leurs sièges en Saxe-Anhalt. La proposition de réduire de moitié la Bundeswehr en quatre ans et de parvenir à une dissolution de l'OTAN pour laisser place à une Organisation pour la paix et la sécurité paneuropéene occupe aujourd'hui les Verts dans l'hypothèse d'une éventuelle coalition avec Schroeder.
Michaël Struve
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Dernière mise a jour :
Vendredi 02 avril 1999