Le Débat Stratégique Nº39 -- Juillet 1998

Editorial : Techniques mondiales, politiques régionales


A la fin du monde antique la technique des moyens de communication et des échanges n'était plus à la hauteur des formules d'organisation politique; c'est sans doute un des motifs de la crise de la civilisation gréco-romaine. Depuis le XIXe siècle la situation est exactement inverse : les formules d'organisation politique sont en retard sur les progrès de la technique.

Les contributions sur les infrastructures informationnelles ou l'imagerie satellitaire montrent les vulnérabilités de ces techniques "mondiales". Pour les pirates et corsaires certes, mais aussi face aux appropriations "située", qui repoussent leur contrôle global et surtout économique. Comme si, au sein du discours volontiers inquiétant de la mondialisation, du "Mondial" les peuples ne faisaient qu'une fête !

Simultanément, surgissent sans cesse de nouveaux lieux de conflits, du Kosovo à la Colombie en passant par la corne de l'Afrique. Peut-on y faire face par un mécanisme politique mondialisé de pacification ? Au XIXe siècle, le "concert des grandes puissances européennes" avait échoué à organiser la paix mondiale, certes sur des bases réactionnaires, dès que Monroe affirma en 1823, à propos des colonies espagnoles insurgées, sa volonté de n'admettre aucune entremise des puissances européennes pour opprimer les nouveaux Etats du continent américain. La démonstration s'acheva il y a un siècle exactement quand les Etats-Unis chassèrent l'Espagne de Cuba. En s'affirmant puissance régionale, les Etats-Unis ruinaient le système mondial du Congrès de Vienne. En proclamant l'isolement du continent américain Monroe bornait du même coup une forme d'organisation universelle de la paix.

Aujourd'hui, les Etats-Unis entravant l'ONU en ne versant pas leur contribution, contraints à la reconnaissance de la puissance chinoise, réticents face aux avancées du droit international (création d'une cour criminelle internationale), bornent à nouveau les mécanismes d'une universalisation de la paix, sans pour autant parvenir à l'imposer, de Jérusalem à Pristina et de Medellin à Addis-Abéba. On ne peut à la fois re fu ser la visée universelle du droit et vouloir imposer régionalement un ordre par la seule force d'une puissance sans partage.

La gestion universalisée des techniques mondiales (imagerie satellitaire, réseaux informationnels) contribuerait elle diminuer leurs effets de puissance ?


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©CIRPES -- Dernière mise a jour : Vendredi 05 mars 1999