Le Débat Stratégique Nº40 -- Septembre 1998
Notes de lecture
Jean-Yves Potel, Les 100 portes de l'Europe centrale et orientale. Les dates, les chiffres, les noms, les faits, les cartes, Paris, Editions de l'Atelier/Editions ouvrières, 1998, 338 pages, 130 frs.
Alors que trois des principaux pays d'Europe centrale s'apprêtent à entrer dans l'Union européenne et dans l'Otan, ce livre constitue un des bilans les plus faciles d'accès et un des plus documentés sur cette zone. Une longue introduction historique replace dans la durée les évolutions actuelles et s'achève sur une discussion de la notion de "révolution" dite de velours qui souligne l'importance des ruptures des années 90. Les 100 articles ou "portes", pour la plupart renvoyant aux entités nationales ou étatiques, ouvrent sur les dimensions politiques, économiques, sociales et leur croisement avec les grands thèmes, Union européenne, Otan mais aussi la question des langues ou de l'évolution religieuse. A l'entrée "France" on peut lire qu'elle "dispose en Europe centrale d'une image contradictoire [...] elle apparaît comme un pays puissant, bavard, doté d'un solide savoir-faire, mais peu fiable, car trop ami des Russes ou des Serbes […]. Contrairement aux responsables français qui conaissent mal l'histoire de cette région, leurs interlocuteurs locaux savent très bien ce qu'y a fait la France."
Ce livre contribuera à améliorer certte situation vis à vis des nos prochains 60 millions de nouveaux concitoyens de l'Union, en attendant les autres.
A.B.
Elman Miriam FRENDINS, Paths to Peace. Is Democracy the Answer ?, Cambridge, MIT Press, 1997.
L'auteur étudie d'abord la notion de "paix démocratique" dans laquelle il distingue la "monadie", thèse selon laquelle les Etats démocratiques sont par nature pacifiques, et la "dyadie", thèse selon laquelle les Etats démocratiques ne se font pas la guerre entre eux, mais pourraient la déclarer à des Etats non-démocratiques. Mais les études qu'il examine ensuite, portant sur le XIXe et le XXe siècle (notamment les guerres américano-mexicaine, libano-israélienne, indo-pakistanaise) conduisent l' auteur à un rejet des deux versions.
EK
Geoffrey KEMP, Jeremy PRESSMAN, Point of no Return. The Deadly Struggle for Middle East Peace, Washington D.C., Carnegie Endowment for International Peace: Brookings Institution Press, 1997.
A travers l'analyse de tous les aspects du processus de paix israëlo-arabe depuis la guerre d'octobre 1973, les auteurs jugent que le processus a atteint un point de non retour tout en soulignent les dangers d'un gel. Ils proposent un Etat palestinien démilitarisé à Gaza et dans une partie de la Cisjordanie. L'extension des limites "municipales" de Jérusalem (décidée le 21 juin 1998 par le gouvernement Nétanyaou) et le développement accéléré de la colonisation posent moins la question d'un Etat palestinien, inévitable à terme, que celle de sa nature qui ne doit pas être un "palestinostan".
E.K.
Ghada KARMI (ed.), Jerusalem Today. What future for the Peace Process ?, London, Ithaca Press, 1996.
L'accuité de la question de Jérusalem devrait conduire à la traiter au cours des négociations sur le statut définitif des territoires occupés. Les auteurs, qui adoptent une position pro-palestinienne, fondent la discussion sur le statut légal de la ville sur la résolution 181 de l'ONU en 1947 qui prévoyait pour Jérusalem un "corpus separatum" sous administration onusienne. En face, la position israélienne, depuis l'annexion de 1967, proclame Jérusalem comme capitale éternelle de l'Etat juif et pratique l'ethnicisation juive de la ville et l'extension des limites municipales. Le livre rappelle les intérêts des parties tierces ayant des intérêts à Jérusalem (emprises chrétiennes : Grecs orthodoxes, coptes, catholiques, Arméniens de toutes confessions) mais aussi des Etats, France, Russie et Vatican, ce dernier ayant réagi vivement au dernier plan israélien du 21 juin 1998.
E.K.
Vicken CHETERIAN, Dilaectics of Ethnics Conflicts and Oill Projects in the Caucasus, Genève, IIS (132, rue de Lausanne, 1211 Genève).
Analyse de l'interaction entre conflits ethno-territoriaux et projets pétroliers dans le Caucase.
Causes des conflits, fondements et durée probable des cessez-le-feu actuels en Ossétie, Nagorno-Karabach etc. ; le Caucase peut-il être partagé entre la domination économique des pétroliers américains et la puissance militaire russe ? Toutes ces questions sont analysées par l'auteur, chercheur de l'Institut d'études des relations internationales de Genève qui conclut ainsi : "Nous risquons d'assister à la déception des compagnies dont les projets seront de plus en plus contrariés par les instabilités locales."
E.K.
Hasan BASRI ELMAS, Turquie-Europe, une relation ambiguë, Paris, Editions Syllepse, 1998.
Depuis le XVe siècle, "la participation de l'Empire ottoman au jeu des alliances politiques et militaires en Europe […] en fait une partie intégrante de l'histoire européenne, tant par sa situation géographique qu'en termes stratégiques et économiques", écrit l'auteur qui souligne l'ambiguïté des réponses des pays européens à son intégration. Il en situe les raisons dans "les dynamiques internes et externes qui affectent le positionnement de la Turquie sur la scène internationale et régionale".
Un livre très documenté sur une question clé.
E.K.
Bernard BOËNE et Christophe DANDEKER (dir.), Les armées en Europe, Paris, Editions de la Découverte, 1998, 330 pages.
Ce gros volume, élaboré par l'Observatoire du changement social en Europe, rassemble douze contributions autour de la question des transformations actuelles qui défont les armées nationales et mettent fin à l'"ordre westphalien". La fin de la guerre de trente ans peut, selon W. von Bredow, être considérée comme "le point de départ d'un style de rapports internationaux fondé sur un système décentralisé d'Etats souverains dotés de droits formels égaux : le système étatique moderne" (p. 58). C'est ce système qui est remis en cause par la reconsidération de l'usage de la force militaire, inhibée par les coûts matériels et moraux qu'elle implique, mais aussi par l'interdépendance croissante qui transforme les souverainetés nationales. L'ouvrage traite le sujet par des questions transversales : les changements d'échelle, l'organisation des armées et le lien armée-nation, plutôt que par des monographies nationales. Il n'ignore pas les mutations qui affectent la production d'armement en France et en Europe (contribution de Didier Danet). L'ensemble ouvre des pistes de réflexion stimulantes sur une évolution (la fin de la conscription) qui, jusqu'à présent, n'a guère été analysée.
J.-P. H.
Pierre DABEZIES et Jean KLEIN (dir.), La réforme de la politique française de défense, Paris, Economica, 1998, 150 pages.
Ce volume est constitué des actes du colloque organisé par le Centre de relations internationales et de stratégie (CRIS) en 1997 autour de la signification de la réforme (ou des réformes) de la politique française de défense. L'analyse s'attache tour à tour à la modification de l'environnement international, à la mutation de l'institution militaire et à l'avenir de l'industrie européenne d'armement.
La préoccupation principale est clairement exprimée dès l'introduction : est-ce que les réformes récentes ont été suffisamment pesées dans leurs conséquences ? "Inconnue du recrutement, pesanteur négative des finances, commandes d'armement en baisse alors qu'il faut doper l'industrie, moyens de projection partiellement hypothétiques : […] Une réforme nécessaire dans son principe mais incertaine peut-être dans ses effets" (p. 17). La question mérite en effet d'être posée.
Louis Cornu
Jean-Pierre MAULNY et Franck-Emmanuel CAILLAUD (dir.), Europe/Etats-Unis : coopérations et compétitions dans le domaine des systèmes de défense et des hautes technologies, Paris, La Documentation française, 1998, 198 pages.
Sur la difficile question des rapports entre Europe et Etats-Unis dans le domaine de la production de défense, ces actes de colloque ont, entre autres, l'intérêt d'apporter des points de vue divers, en particulier de responsables politiques américains ou de responsables de l'Otan. Ils soulignent également que la dispersion actuelle des acteurs industriels européens comme l'insuffisance de convergence des politiques des moyens des Etats de l'Union sont des facteurs de fragilité face à la puissance du regroupement d'outre-atlantique.
L.C.
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Dernière mise a jour :
Vendredi 09 avril 1999