Le Débat Stratégique Nº43 -- Mars 1999
A quoi sert la "Commission sur l'organisation de la Bundeswehr" ?1
Par Hans-Georg Ehrhart
Après la victoire du SPD et du Bündnis 90/Die Grünen aux élections législatives allemandes, le nouveau gouvernement de coalition SPD-Verts a manifesté son intention dans le traité de coalition du 20 octobre 1998 de mettre en place une commission sur la défense. Cette commission doit "à partir de l'analyse des menaces actuelles et d'un concept de sécurité élargie, réviser la mission, la structure, le volume, la formation et l'équipement des forces armées, et présenter des options relatives à l'organisation de la Bundeswehr jusqu'au milieu de la législature"2. Les missions et structures de l'Armée devront être adaptées par rapport aux nouveaux changements survenus dans le domaine de la sécurité. Mais le débat reste ouvert sur les réformes nécessaires. La réponse dépend de l'examen politique de la situation de la sécurité, des possibilités financières et des intérêts politiques et bureaucratiques engagés.
Une telle commission avait déjà été mise en place de 1970 à 1972 sous le gouvernement Willy Brandt, son rôle était "d'analyser l'évolution des structures de la défense et de soumettre des options pour la fin des années 70"3. Elle est une référence pour la coalition SPD/Verts. Comme à cette époque, dans la nouvelle commission - officiellement appelée "Commission sur le futur de la Bundeswehr" - aucun politique ou soldat en activité ne sera nommé membre. Elle sera composée d'experts de sécurité et de représentants d'associations, dont la mission sera "d'apprécier dans un esprit ouvert et sans réserve les capacités de la Bundeswehr, de formuler les possibles options pour l'avenir et de recommander la ligne de conduite politique à suivre pour ces changements"4.
La commission entrera en fonction après le cinquantenaire de l'OTAN. Un inventaire sur la Bundeswehr effectué par les Etats-majors des Armées est prévue avant le 31 mars 1999 et servira de base d'analyse. Le travail de la commission doit être terminé pour l'automne 2000. A partir de ce rapport, une procédure politique d'évaluation et de décision sera mise en place jusqu'à l'automne 2001. Etant donné que les prochaines élections parlementaires sont en 2002, on peut supposer que les premières réformes fondamentales ne peuvent commencer qu'après cette date. Mais pendant la prochaines législature de nouvelles structures de la Bundeswehr s'imposeront.
Pour les raisons suivantes.
Buts militaires...
- L'architecture de la sécurité nationale a été modifiée par la dissolution du Pacte de Varsovie et l'effondrement du bloc soviétique. Les menaces d'une agression militaire venant de l'Est dans un avenir proche ont disparu. L'élargissement de l'OTAN à la Pologne, la République tchèque et la Hongrie place la République allemande dans une nouvelle position. En raison de la nouvelle situation géopolitique en Europe, une nouvelle réduction des forces est envisageable.
- Au regard du nouveau concept stratégique de l'OTAN, les risques globaux en matière de sécurité seront de plus en plus importants. Les mots clefs sont désormais : des intérêts communs dans le domaine de la défense à la place de la protection du territoire, la gestion des crises par la prévention militaire au lieu de la défense réactive du pays et de l'Alliance, et la contreprolifération militaire à la place du contrôle diplomatique de l'armement. Cette politique est appuyée par le "Revolution in Military Affairs" (RMA) propagée par les USA. Le changement du rôle de l'OTAN du principe de la défense des territoires au principe fonctionnel plus global basé sur la technologie RMA, se présente donc comme un défi politique (par exemple le "burden sharing", la question du mandat) et technologique (par exemple l'interopérabilité interalliés).
- Si les Européens ne devraient pas céder aux pressions américaines concernant les nouvelles fonctions de l'OTAN, ils doivent plus que jamais aspirer à une modernisation fondamentale de leurs instruments militaires (plus de mobilité, plus d'interopérabilité, C4ISR) en faveur d'une prise en charge commune de la gestion des crises au nom de l'Europe. Donc l'Allemagne doit s'adapter aux réformes militaires anglaises et françaises. Ces modifications doctrinaires et technologiques influent sur la structure, l'organisation, la logistique et l'image que le soldat se fait de sa mission dans la Bundeswehr.
- La Bundeswehr, depuis l'unification allemande, est contrainte de s'adapter. D'une part, les deux armées allemandes devaient fusionner et diminuer leur effectif de moitié. D'autre part, la Bundeswehr devrait se préparer aux nouvelles missions prévues par le concept de "gestion des crises". Avec une capacité maximale de 680 000 soldats, le concept de la défense du territoire et de l'alliance a encore la priorité. Par ailleurs, le financement actuel est insuffisant. Premièrement, l'état actuel de la défense constitue 1,7 % du PIB. Deuxièmement, la part des investissements représente aujourd'hui seulement 25 % des 30 % minimum prévus initialement. Troisièmement, il n'existe plus des économies significatives dans le budget de fonctionnement. Enfin, il s'avère qu'en raison de la rigueur économique, la part du budget public consacrée à la défense devrait diminuer encore une fois.
... et objectifs politiques
Eu égard aux nombreuses requêtes à propos de la Bundeswehr et de ses ressources financières en baisse constante, la commission doit répondre à trois questions délicates :
- Quelle structure peut-être envisagée en Allemagne au regard des nouvelles données dans le domaine de la sécurité ? (la circonscription ou une armée professionnelle)
- Comment l'Allemagne peut-elle exercer au mieux son influence au sein de l'Alliance ? (par une armée classique ou par des forces armées de haute technologie, flexibles et interopérables).
- L'Allemagne est-elle en mesure aujourd'hui de répondre à toutes les missions ? (la défense du territoire ou la gestion internationale des crises).
Pour le nouveau gouvernement les possibilités d'influence allemande au sein de l'Alliance et la future identité européenne de défense et de sécurité (IESD) sont des intérêts prioritaires. Il ne peut éviter de briser quelques tabous. Au vu de la situation actuelle, la commission pourrait avoir deux fonctions: gagner du temps avant des décisions politiques délicates, et aider à préparer la levée des tabous. Il faut gagner du temps pour conceptualiser une nouvelle organisation, assurer la sécurité de la programmation actuelle et maintenir le moral des troupes. Il est indispensable de briser des tabous et, notamment de remettre en question la nécessité de la défense territoriale et de la conscription.
En définissant les nouvelles fonctions de la Bundeswehr, la commission offrirait à l'Allemagne la possibilité d'influer sur la politique de sécurité du XXIe siècle.
Hans-Georg Ehrhart
1. Texte traduit par Patricia Cogné.
2. Accord de coalition entre le SPD et Bündnis 90/die Grünen, Bonn, 20 Oktober 1998, p. 47.
3. Wehrstruktur-Kommission der Bundesregierung (sous la dir.), Die Wehrstruktur in der Bundesrepublik Deutschland. Analyse und Optionen, Bonn 1997/73, p.5.
4. Rudolf Scharping, in "Information für die Truppe" (IFDT), 12/1998, p.8.
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Dernière mise a jour :
Vendredi 18 juin 1999