Le Débat Stratégique Nº43 -- Mars 1999

La situation au Soudan

Par Jacqueline Madinier



Le gouvernement de Khartoum essaie, depuis quelques mois, de retrouver une respectabilité internationale. On peut ainsi noter l'offensive de charme en direction de l'opinion publique en France.

En même temps, les médias ont, durant ces dernières semaines, mis l'accent sur la famine qui atteint les populations du Sud-Soudan, en particulier dans la région du Bahr-el-Ghazal.

La guerre civile sévit dans le Sud depuis 40 ans (sauf durant la période 1972-83), et a repris de plus belle en 1983.

Parmi les informations récentes, deux aspects, assez peu évoqués, paraissent à mettre en relief : l'attitude des pouvoirs publics français à l'égard du gouvernement de Khartoum, et la persécution des chrétiens liée au projet d'islamisation du pays.

On sait que l'acheminement de l'aide humanitaire aux populations du Sud victimes du conflit se heurte à de nombreux obstacles, malgré la mise au point, depuis 1989, de l'opération "survie au Soudan" : un pont aérien - très coûteux - permet ce transport mais, en février-mars 1998, le gouvernement soudanais a bloqué tout ravitaillement aérien au Sud-Soudan.

Or, le ministre français de la Coopération, Monsieur Charles Josselin, a fait, le 10 août dernier, une visite à Khartoum et a proposé aux autorités soudanaises une aide à la réhabilitation de la voie de chemin de fer de Khartoum à Wau (capitale du Bahr-el-Ghazal). Cette proposition, dont l'objectif officiel est de faciliter le transport de vivres vers les populations affamées pourrait, en même temps avoir pour résultat d'aider le gouvernement soudanais à ravitailler la garnison de Wau en armes et en munitions pour continuer la guerre contre la rébellion du Sud (SPLA). Par ailleurs, lorsque le train gouvernemental passe - en direction du Sud - il est protégé par les milices du régime qui pillent, brûlent les villages et emmènent en esclavage femmes, enfants et adolescents.

Le ministre français a aussi insisté sur la nécessaire unité du Soudan, le partage territorial, en cas de victoire du SPLA lui apparaissant très dommageable.

Cette complaisance de la France à l'égard du régime de Khartoum (qui n'est pas allée jusqu'à inviter le Soudan au Sommet franco-africain qui s'est tenu à Paris, fin novembre) contraste avec l'attitude américaine. Pour Washington qui vient de renouveler pour un an l'interdiction aux citoyens américains de commercer avec le Soudan, ce pays demeure un Etat terroriste. La bienveillance française s'est développée depuis plusieurs années et semble liée à des intérêts économiques (la livraison par le Soudan du terroriste Carlos en 1994 a été un fait marquant de la collaboration franco-soudanaise). Elle se manifeste notamment par une opposition aux sanctions contre le gouvernement de Khartoum, en particulier au sein du FMI.

D'autre part, l'islamisation du Soudan, entreprise dès 1983 avec l'instauration de la chari'a dans le pays, puis accentuée à partir du coup d'Etat de 1989 qui amena au pouvoir le Général Omar Hassan El Béchir s'accompagne d'une lutte délibérée contre les chrétiens soudanais. L'article 1 de la nouvelle constitution (mai 1998) n'est pas clair : "le Soudan est un pays où la majorité des citoyens sont musulmans. Quant aux chrétiens et aux adeptes des religions traditionnelles, ils sont pris en considération". La période chrétienne de l'histoire du Soudan - ce pays étant celui de la plus ancienne Eglise chrétienne d'Afrique -, est systématiquement occultée par les autorités de Khartoum.

Durant ces derniers mois, on a assisté, à Khartoum et dans la région proche, à des agressions fréquentes contre les lieux de culte chrétiens et les institutions (centres sociaux, écoles...) qui y sont liées. Leur démolition est curieusement prévue par les plans d'urbanisme.


Mais, les chrétiens du Soudan estiment que la coexistence quotidienne avec les musulmans est - au moins dans la région de Khartoum - plus paisible que ne le laisserait penser la politique suivie par le gouvernement soudanais ; dans la population, les choses se passent plutôt bien. Chrétiens et Soudanais du Sud ne font, d'ailleurs, pas une lecture religieuse des tracasseries et du conflit dont ils sont victimes : il parlent, de préférence, d'opposition entre Arabes et Africains.


Jacqueline Madinier




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©CIRPES -- Dernière mise a jour : Vendredi 18 juin 1999