Le Débat Stratégique Nº44 -- Mai 1999

Editorial : Paysage après une bataille


Depuis dix ans la défaite de Milosevic était un préalable à la construction de la paix dans les Balkans, donc en Europe. En ce sens, qu'elle ait été obtenue par l'action militaire aérienne de l'OTAN plutôt que par l'action politique préventive des Européens, puis en cas d'échec par leurs forces terrestres permet seulement de pointer les responsabilités. Elles résident dans l'absence de volonté politique commune, le refus d'une action commune que les moyens disponibles permettaient depuis 1991. L'occultation de ce refus d'"être" se décline ensuite, soit en proclamation du besoin de l'Alliance, c'est à dire des Etats-Unis ; soit en occultation du but par la dénonciation teigneuse de l'hégémonie américaine sur les moyens. Les gouvernements des nations européennes utilisent leurs forces dans une sorte de guerre des polices. Ils s'interdisent d'arrêter un assassin et ses maffias moins parce qu'ils n'en n'ont pas la capacité, mais parce que cet acte transformerait l'Europe en une entité souveraine. Le coût des destructions est celui de la pusillanimité et de la division de gouvernements nationaux. Il est déjà estimé par le nouveau président de la Commission, M. Prodi "entre 5 et 6 milliards d'euros par an pendant cinq ans, soit 2 % du PNB européen".

Le sommet des chefs d'Etat et de gouvernements de l'Union à Cologne a fait un nouveau pas vers la constitution d'une capacité d'analyse, de décision et d'action commune en matière de défense. La nomination du Secrétaire général de l'OTAN au poste de Haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité de l'Europe laisse en revanche plus dubitatif. Malgré ces caricatures de volonté, les faits, têtus, dessinent un ensemble politique.

Géopolitiquement, tout se passe comme si, face à l'extension de l'Alliance (et largement de l'Union) autour de l'Allemagne, dans la zone la plus stable, le sud-est de l'Europe grâce à la guerre contraint à une redistribution. Car celle-ci ne sera pas limitée à l'ex-Yougoslavie, mais devra s'étendre à tous ses voisins, effectivement pénalisés par les guerres. En revanche, l'Europe en payant pour la pacification de ses marches continentales, annonce virtuellement que les ressources financières deviendront infimes pour les zones qui vont au delà.

Sur le long terme, la principale bonne nouvelle est sans doute l'inculpation de Milosevic par le TPI. A court terme elle a semé le trouble dans les tactiques gouvernementales de négociation au nom du droit international. Mais elle est politiquement fondamentale dans le processus de dépassement des mécanismes de revanche, de vengeance et de haines à nouveau réactivé sur le sol européen. Les récents exemples latino-américains le rappellent. Il est inimaginable de punir chaque criminel. En revanche, condamner le plus possible de responsables au sommet redonne un ordre du monde aux victimes et contraint les exécutants au profil le plus bas.





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©CIRPES -- Dernière mise a jour : Vendredi 18 juin 1999