Le Débat Stratégique Nº46 -- Septembre 1999

Comment faire redémarrer les programmes spatiaux militaires français ?

Par Laurence Nardon



Malgré l'importance stratégique reconnue des programmes spatiaux militaires, le budget qui leur est réellement alloué chaque année est très nettement inférieur aux souhaits indiqués par le PPSM (plan pluriannuel spatial militaire) de 1996. Celui-ci prévoit un montant de 3,3 milliards de francs par an pour les quinze ans à venir. Or, les autorisations de crédits constatées sont inférieures à 2 milliards pour 1998.
Cette incohérence tient probablement au fait qu'aucune autorité, au sein du ministère de la Défense, n'a la motivation et l'autorité nécessaires pour défendre le budget spatial.

Créer une " armée de l'Espace " ?
Au sein de l'état-major des armées, le Bureau espace est dirigé par un militaire qui a le grade d'officier général à deux étoiles (actuellement, c'est un contre-amiral). Son niveau hiérarchique n'est peut-être pas suffisant pour qu'il puisse imposer ses vues.
Par ailleurs, il existe des "bureaux espace" au sein des états-majors de la Marine, des armées de Terre et de l'Air. Or, au moment de la répartition des parts du budget de la défense, les loyautés de leurs responsables les amènent à favoriser l'arme dont ils sont issus.
Il ne suffit donc pas de rappeler indéfiniment l'importance de l'espace pour les stratégies de demain. S'il s'agit vraiment d'une priorité pour la France, des conséquences institutionnelles et financières doivent en être tirées et des choix effectués.
Pour assurer notre indépendance future en matière d'observation et de télécommunication en orbite, ne serait-il pas temps de créer une entité "espace" plus puissante au sein du ministère ?
Cela pose même, in fine, le débat, assez semblable à celui qui est en cours aux Etats-Unis depuis plusieurs décennies, de la création d'une "arme spatiale", qui viendrait prendre sa place aux côtés des trois autres armes.
Cependant, cette suggestion pose un problème d'ordre conceptuel. Une "armée de l'Espace" ne saurait être que très particulière. L'espace militaire n'est pas un lieu de déploiement des hommes. Les seules batailles, encore imaginaires, qui pourraient s'y dérouler auront lieu entre des satellites, des machines. Il s'agit seulement d'un lieu géographique dans lequel sont installés des instruments de support technique des opérations militaires menées sur terre, en mer ou dans les airs.
Peut-on imaginer une arme qui n'impliquerait pas de soldats, mais simplement des ingénieurs, et qui n'existerait que pour servir les trois autres ?

Propositions de coopération européenne plus séduisantes
Par ailleurs, les programmes militaires spatiaux français gagneraient à une relance des coopérations européennes. Ces dernières marquent dangereusement le pas depuis l'année dernière, avec le refus définitif d'une participation allemande sur Hélios-2, et le retrait des Britanniques du projet TriMilSatCom.
Mais là encore, si les responsables français considèrent que le développement de moyens spatiaux doit faire l'objet d'une véritable priorité, peut-être devraient-ils faire leur autocritique et accepter dans l'avenir de discuter de schémas de coopération plus séduisants pour nos partenaires. Ceux-ci comprendraient une meilleure application de la règle du juste retour pour les industriels et des transferts de technologies significatifs, ainsi qu'une commande du satellite et un partage des données mieux répartis.
Les dispositions fortement inégalitaires acceptées par l'Italie et l'Espagne pour réaliser Hélios-1 ne sont manifestement pas acceptables pour des partenaires plus puissants comme la Grande-Bretagne et l'Allemagne.
En ce qui concerne le programme Hélios-2, la part de coopération européenne n'atteint pas 5 % à l'heure actuelle. L'abandon des coopérations prévues a contraint à une contraction du devis à 10 milliards de francs, pour réaliser deux satellites au lieu de trois. Seuls les nombreux points de synergie avec le système civil Spot et la forte concurrence internationale en matière de lancement ont un effet bénéfique sur les coûts. Ils sont néanmoins insuffisants pour que la France puisse envisager de se lancer seule dans un programme spatial conséquent.



Laurence Nardon



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©CIRPES -- Dernière mise a jour : Vendredi 22 Octobre 1999