Le Débat Stratégique Nº47 -- Novembre 1999

Editorial : Les renforcements régionaux


Les perspectives ouvertes par la chute de l'URSS, ou du moins du Pacte de Varsovie se referment. L'année qui s'achève oriente résolument les évolutions sur un durcissement des structures régionales, et non vers une mondialisation prétendument pacificatrice. Dans l'espace européen, le retour à des opérations de guerre disparues depuis cinquante ans, au Kosovo, et aujourd'hui en Russie, accélère la structuration d'une capacité de défense " européenne " en laquelle la plupart avait cessé de croire. En même temps, la brutalité du régime russe en place inquiète l'Europe de l'Ouest, d'autant plus qu'elle n'est perçue qu'en fonction d'échéances électorales. La révélation de l'inadaptation et même de la paralysie de l'Alliance atlantique face à des hypothèses proches et surtout " représentables " de conflits et d'interventions entraîne en Europe centrale et orientale, mais aussi chez les alliés les plus fidèles de l'OTAN, des réévaluations de confiance entre les structures atlantiques et européennes, au bénéfice relatif de ces dernières.

Simultanément, aux Etats-Unis, un mélange de foi dans la technique (des anti-missiles notamment) pour maintenir la protection des intérêts américains et de défiance à la fois vis-à-vis des institutions internationales et des alliances avec des partenaires trop incertains, conduisent, surtout en période électorale, à des représentations néo-isolationnistes.

Si l'on ajoute à cette perspective l'entrée explicite en scène de deux puissances nucléaires considérables en Asie, l'Inde et le Pakistan, et le sentiment croissant des acteurs économiques et monétaires de cette zone qu'une structuration régionale s'impose pour faire face aux crises qui s'y sont multipliées, c'est la perspective de la mondialisation sous hégémonie américaine qui est remise en question. Or la régionalisation-continentalisation des acteurs semble être l'horizon de cette transformation. L'Union y participe, sans que son objectif soit la contestation de la superpuissance américaine, mais parce qu'elle doit absolument trouver l'articulation à l'OTAN qui permette que ses propres objectifs politiques soient reconnus. Il appartiendra aux représentants français qui auront la présidence des institutions européennes en 2000 d'y contribuer.





Retour haut de page / au sommaire
©CIRPES -- Dernière mise a jour : Mardi 11 janvier 2000