Le Débat Stratégique Nº48 -- janvier 2000
Editorial : Affaire autrichienne et Pacte de stabilité dans l'Europe du Sud Est
L'affaire autrichienne concerne la définition de l'identité européenne autant et plus qu'un "danger préfasciste autrichien" : c'est le signe de l'avènement d'un champ politique et stratégique européen unifié qui cherche ses marques constitutives. Le positionnement entre la droite classique et le fascisme y est exclu pour deux raisons. Une raison politique intérieure à l'Union européenne. Un Chancelier préfasciste pourrait prendre un jour la présidence tournante de l'Union. Insupportable. Alors il faudrait procurer à l'Union un exécutif non tournant pour que les dérives de type front national soient ramenés à l'échelle quasi municipale. Mais le principe même du fonctionnement de l'UE reste une dynamique plus diplomatique que politique. D'où la nécessité de ces prises de positions idéologiques antifascistes en attendant une constitution démocratique de l'Union. La deuxième est une raison stratégique et concerne l'extérieur de l'Union, c'est à dire les pays balkaniques voisins et candidats.
- Chaque pays balkanique est averti par la mise sous surveillance de l'Autriche que l'UE est sérieuse dans ses principes, même pour ses membres. Elle n'admettra donc pas de nouveaux membres susceptibles de soulever des troubles - même aussi virtuels que le trouble autrichien - à la bonne marche de la démocratie. Ni définition ethnique de la citoyenneté, ni populismes mafieux.
- L'avis est adressé collectivement aux pays qui sont englobés dans le projet de "Pacte de stabilité pour l'Europe du sud-est". Ce pacte pour l'instant à l'étude même annonce un financement impressionnant. Ses principes affichés sont dominés par les représentations européennes de l'Etat-nation, des engagements par pactes et traités. Il prévoit des institutions politiques économiques et militaires mais il devra commencer sur un mode sélectif et naturellement exclure la Serbie tant qu'elle n'a pas éliminé le milosevisme.
- Cette progressivité est un inconvénient du point de vue de la rationalité économique américaine, (ou peut-être néolibérale en général) qui s'incruste dans le projet de pacte à sa façon et veut que la constitution de cet espace "libéral" manipule l'ensemble de sociétés politiques par la modernisation de quelques fonctions et normes transnationales et elle mise beaucoup sur une prise en sandwich des Balkans entre l'Autriche et la Turquie, deux pays (ex-impériaux...) qui ont un rôle important de plate-forme de lancement pour les projets économiques américains dans les Balkans. La mise sous surveillance de M. Heider serait donc aussi un mouvement de l'Europe pour surveiller cette diagonale des Balkans.
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Dernière mise a jour :
Mercredi 09 février 2000