Le Débat Stratégique Nº50 - Mai 2000

Notes de lecture




Pax Economica, revue économique de la paix., Université Pierre Mendès France, Espace Europe, BP47, 38040 Grenoble Cedex 9, Volume 1, N°2, automne 1999

Pax Economica est une nouvelle venue dans le domaine des publications touchant à la stratégie et la paix. D'un format et d'une présentation volontairement souples, elle cherche à diffuser rapidement des contributions - en particulier d'analyse économique - dans une problématique de construction de la paix. Dans cette deuxième livraison, on retiendra en particulier l'article de Fanny Coulomb « Deux pensées hétérodoxes sur la guerre et la paix au début du XXè siècle : les analyses de Sombart et de Veblen ».

Jean-Paul Hébert


Jordi Molas-Gallart, The european missile industry, Centre for research in international security, novembre 1999, 50 pages.

Chercheur au CRIS de l'université de Manchester, Jordi Mollas-Gallart est un des spécialistes de l'industrie européenne d'armement. Son étude présente d'abord une synthèse très complète des missiliers européens (panorama des firmes, des principaux programmes, du réseau complexe des liens industriels et capitalistiques). Sur cette base, il caractérise l'évolution des liens, de plus en plus nombreux comme une « coopération complexe fragmentée ». Cela l'amène à conclure que l'évolution de ce secteur de l'armement ira difficilement vers une véritable intégration européenne. Il considère qu'il s'agira plutôt, sous couvert de ces coopérations, de renforcement des capacités nationales. On peut cependant penser que l'intégration accélérée des firmes européennes d'armement, à la fin de l'année 1999, dépasse déjà ce diagnostic.

Jean-Paul Hébert


Jordi Molas-Gallart, The european missile industry, Centre for research in international security, novembre 1999, 50 pages.

Chercheur au CRIS de l'université de Manchester, Jordi Mollas-Gallart est un des spécialistes de l'industrie européenne d'armement. Son étude présente d'abord une synthèse très complète des missiliers européens (panorama des firmes, des principaux programmes, du réseau complexe des liens industriels et capitalistiques). Sur cette base, il caractérise l'évolution des liens, de plus en plus nombreux comme une « coopération complexe fragmentée ». Cela l'amène à conclure que l'évolution de ce secteur de l'armement ira difficilement vers une véritable intégration européenne. Il considère qu'il s'agira plutôt, sous couvert de ces coopérations, de renforcement des capacités nationales. On peut cependant penser que l'intégration accélérée des firmes européennes d'armement, à la fin de l'année 1999, dépasse déjà ce diagnostic.

Jean-Paul Hébert


Foreign Affairs, novembre-décembre 1999 donne des signes évidents d'alerte face au manque de contrôle des Etats-Unis sur l'autonomisation de l'Europe. Il est vrai que l'année 1999 a été très particulière puisque les succès apparents du leadership américain au Kosovo ont masqué les actes européens les plus significatifs d'une récupération de la volonté d'autonomie de l'Union Européenne, récupération qui est pour partie fondée sur une analyse négative des buts et des méthodes du leadership américain sur l'OTAN dans l'affaire du Kosovo.
Michael Hirsh1 s'étonne que, malgré l'importance du rôle des Nations-Unies dans l'affaire du Kosovo et dans l'affaire de Timor, Washington continue à saboter l'organisation internationale, c'est-à-dire à vouloir dominer le monde sans cet intermédiaire nécessaire et légitime. Robert Tucker2 pense de son côté que l'Amérique ferait mieux d'utiliser son hégémonie post-guerre froide plus sagement en approfondissant les liens avec les alliés de l'OTAN pour éviter la tentation d'un pouvoir absolu .

John Deutsch, Arnold Kanter s'unissent à Brent Scocroft3 pour signaler qu'un facteur presque ignoré est en train de saper les fondements d'un avenir de l'OTAN : l'état regrettable de la coopération transatlantique en matière d' industrie de défense . Les concentrations, en effet, en 1999 ont été menées de manière autonome en Europe et aux Etats-Unis et on ne note aucun cas de concentration transatlantique importante. Mais ces remarques viennent assez tard. Depuis plus de trois ans, le CIRPES a souligné à quel point la politique d'alliance des Etats-Unis était depuis la fn de la guerre froide, marquée par un autisme stratégique. Cet « autisme » existe aussi dans le domaine des entreprises et naturellement des entreprises d'armement : on ne saura jamais si les entreprises européennes qui ont procédé à des concentrations nécessaires à leur survie ont agi par une pure logique d'entreprise ou par une forme mal élucidée de patriotisme européen. Le résultat est le même. D'une manière ou d'une autre, l'«Â hégé-monisme » américain suscite des contre-feux à la fois au niveau des «  patriotismes politiques » et au niveau des «Â patriotismes d'entreprises » qui défendent à leur manière des formes de « souveraineté », certes concurrentes avec la souveraineté démocratique et civique mais également en compétition entre elles pour la domination du système économique mondial.

La réflexion sur les Balkans avance sans doute, avec l'article de Ivo Daalder et Michael Froman4, dans le sens d'une analyse critique des accords de Dayton ; le seul mérite de cette « paix» notent ces auteurs, est d'avoir arrêté les hostilités mais on ne parvient pas à former à partir de Dayton le cadre d'une reprise des activités politiques et économiques pacifiques et démocratiques. Cela vient, pensent-ils, du fait que les pouvoirs « impériaux » de l'OTAN sont insuffisants en Bosnie (alors qu'au Kosovo tout marche plus vite et mieux.) Avec la fin du prêt de reconstruction de la Banque Mondiale en l'an 2000 on risque de voir tout s'arrêter. La conclusion, c'est qu'il faut « rendre aux Bosniaques leur avenir politique et économique » ce qui signifie laisser tomber Dayton comme projet de démocratie multi-ethnique . Cet article est publié avant les élections croates : avec l'élection de Mesic, le soutien de la République Croate aux mafieux de Herzegbosna en Bosnie va cesser et l'espoir d'une récupération des anciens yougoslaves anti-nationalistes dans le champ du politique se présente comme une nouvelle possibilité. La lassitude américaine, comme souvent, manque de perception du long terme.

De cette lassitude s'ensuit logiquement, avec l'article de Benn Steil et Susan Woodward5, qu'on va vouloir repasser le bébé aux Européens qui sont invités à lancer un « new deal » pour les Balkans c'est-à-dire à payer le « plan Marshall » du pacte de sécurité pour l'Europe du Sud Est, et à étendre l'appartenance à l'Europe à ces pays, en abandonnant les « conditions d'accès au club d'élite de l'UE. »

Malgré le constat d'échec de Dayton qui ne peut être attribué, comme on s'en souvient, qu'à la politique d'imposition sans consultation, décidée par les Etats-Unis (la Constitution de Dayton est une monstruosité que nous avons souvent décrite) on voit qu'aucune manifestation claire de modestie n'intervient : les auteurs américains les mieux intentionnés continuent à vouloir prescrire la solution et à la faire payer par les Européens.

Alain Joxe

1 Michael Hirsh, « The fall Guy », p. 2
2 Robert W. Tucker, « Alone or With Others », p.15
3 John Deutsch, Arnold Kanter, Brent Scowcroft, « Saving Nato's Foundation », p. 54
4 Ivo H. Daalder, Michael B. G. Froman, «Â Dayton's Incomplete Peace », p. 106
5 Benn Steil, Suzan L. Woodward, « A European New Deal for the Balkans », p. 95



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