Le Débat Stratégique Nº52 -- Septembre 2000
Editorial : Sursaut israélien de type OAS
L'armée israélienne boucle de nouveau les Territoires. Le gouvernement menace d'utiliser " tous les moyens " pour rétablir l'ordre dans des territoires qui auraient dû
être évacués depuis longtemps aux termes d'accords signés par Israël. L'opération militaire en cours avait été préparée comme une représaille possible en cas de
proclamation de l'indépendance de l'Etat Palestinien, le 13 septembre. Ayant renoncé à cette proclamation Yasser Arafat pouvait penser avoir évité le choc. La
négociation, alors, n'était pas coupée.
Mais, depuis l'échec du processus d'Oslo à Camp David, les Palestiniens ont perdu l'espoir de la Paix dont ils sont les premiers à avoir un besoin vital. Les
déploiements israéliens visent désormais tous les Palestiniens, y compris le million de citoyens arabes (18% des Israéliens) groupés dans des agglomérations depuis
la latitude de Tel Aviv jusqu'à Nazareth et Acre. Attaqués par la police à balles réelles, les arabes israéliens comptent 10 morts au moins. Cette action de guerre
civile est laïque (les Arabes israéliens sont aussi bien chrétiens que musulmans), mais tout se passe comme si le régime évoluait vers une forme de militarisme colonial
extrémiste. Nous savons en France que ce glissement peut se produire dans une république démocratique. Mais la gauche israélienne n'est pas disposée à maîtriser
son OAS ; pourquoi ?
Barak n'a pas accumulé l'autonomie nécessaire pour poursuivre la négociation de paix en contrôlant Sharon et en allant jusqu'au bout des concessions nécessaires à
la paix. Le soutien permanent des Etats-Unis transforme les israéliens en exécutants d'une expérimentation américaine de guerre asymétrique du fort au faible ; ils y
mettent l'énergie militaire naguère destinée à les défendre, du faible au fort. Israël, fondé par une guerre défensive ne parvient pas à imaginer la paix autrement que
comme un camp retranché réprimant une zone périphérique. Mais, la périphérie aujourd'hui est à l'intérieur. Israël risque de devenir une sorte de Serbie,
s'auto-intoxicant et s'imaginant qu'il est possible, contre l'évidence, de maintenir l'image d'un Etat martyr tout en écrasant une population civile colonisée pratiquement
désarmée.
Si l'Europe ne propose pas plus énergiquement des garanties aux deux parties et une médiation qui aide à mettre fin à cette gabegie tragique, on risque une guerre au
Moyen-Orient.
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