Le Débat Stratégique Nº52 -- Septembre 2000

GIAT Industries : entrer dans le mouvement européen

Par Jean-Paul Hébert



Après le creux historique d’activité de GIAT Industries des années 1994 et 1995 (respectivement 4,8 et 5,3 milliards de francs de chiffre d’affaires ), les facturations du groupe avaient remonté : 6,1 milliards de francs en 1996 ; 6,7 en 1997 et 7,2 en 1998. Du coup, les prévisions s’étaient faites plus optimistes et annonçaient un chiffre d’affaires de 9,3 milliards de francs pour 1999, chiffre repris par le rapporteur de la commission des finances de l’Assemblée nationale1. En réalité, bien que le groupe d’armement terrestre ne diffuse plus de rapport annuel depuis cinq ans, on sait que les résultats 1999 sont très loin de ces prévisions : le chiffre d’affaires est en retrait à 5,7 milliards de francs, soit un retour aux niveaux des années 1994-1995 avec une perte nette qui frôle le milliard de francs (952 millions de francs contre 874 millions en 19982).

Ces contre-performances, loin des perspectives optimistes régulièrement assénées, placent le groupe français en position difficile dans le mouvement de regroupement des activités d’armement terrestre qui s’amorce en Europe. Ces premières phases de restructuration sont marquées, d’une part, par l’entrée des groupes américains au capital de firmes européennes significatives3, mais aussi par les premières décisions de regroupement qui touchent les industries britannique et surtout allemande, sous l’impulsion de Rheinmetall4. Les recapitalisations jusqu’à présent consenties par les autorités françaises (17,4 milliards depuis 1995) ont sans doute atteint leurs limites matérielles. Il est donc essentiel que le groupe français s’insère dans le mouvement européen de restructuration et sorte d’une position de relatif isolement qui serait plus coûteuse encore.


Jean-Paul Hébert


1 Jean-Michel Boucheron, Rapport au nom de la Commission des finances, de l’économie générale et du plan sur le projet de loi de finances pour 200 « Défense » , Assemblée nationale, Document N°1861, annexe 40, 14 octobre 1999, 214 pages. (p. 190).

2 Les Echos, 21-22 avril 2000.

3 Jean-Paul Hébert, « La stratégie oblique de l’industrie d’armement américaine », Le Débat stratégique N°51, juillet 2000.

4 voir l’analyse détaillée de ce phénomène dans l’article de Peter Lock « Rheinmetall : un paradigme de la restructuration du secteur de la défense en Allemagne », in Jean-Paul Hébert avec Yves Bélanger et Peter Lock, « Naissance de l’Europe de l’armement », Cahiers d’études stratégiques, N° 27, juin 2000, 144 pages (p. 99 à 116).



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