Le Débat Stratégique Nº53 -- Novembre 2000

Editorial : Oslo, Barcelone et l'autonomie de l'Europe en matière de sécurité


Les intérêts de sécurité européens et le partenariat euroméditerranéen ont été mal défendus par la stratégie qui consistait à faire des relations de l'Union avec la rive sud de la Méditerranée, un objet disjoint du progrès de la paix au Moyen-Orient, géré sous hégémonie américaine par le processus d'Oslo. Aujourd'hui, sept ans d'une politique « sécuritaire» irresponsable et inefficace des Etats-Unis, aboutissant à l'échec d'Oslo, met à mal le processus initié à Barcelone en 1995.

Incapable de prendre une responsabilité claire dans une zone de voisinage essentielle comme en Bosnie ou au début de la guerre au Kosovo, l'Europe renvoit dos à dos « les parties » en déplorant la « violence ». Si les Palestiniens veulent proclamer leur indépendance il seront reconnus, mais on ne s'engage pas encore à les protéger. Une telle reconnaissance fut mortelle pour la Bosnie.

L'ataraxie européenne dans la guerre asymétrique d'Israël contre l'Autorité Palestinienne vient sans doute de son incapacité à proposer sur moyens propres une mission de type Petersberg, en affichant des moyens concrets à côté d'une volonté claire. Rien n'est plus irréel qu'une diplomatie désarmée ou une capacité militaire sans Etat-major.

Cependant, le 20 novembre, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l'Union Européenne ont décidé la mise sur pied par contributions d'effectifs d'une Force de Réaction Rapide européenne de 100.000 hommes qui devrait permettre à l'Europe de conduire de manière autonome des missions (humanitaires, évacuations, maintien et rétablissement de la paix, gestion des crises). Le tableau d'effectifs, qui comprend des neutres non-membres de l'OTAN, permettra d'organiser une force opérationnelle terrestre de 60.000 hommes avec avions de combat et bâtiments de marine. Une intervention autonome de l'Europe dans les crises - par rapport à l'OTAN - pourra être menée d'ici deux ans environ, à condition qu'un Etat-Major Européen soit constitué. Néanmoins, cette Force arrivera trop tard pour peser sur la situation au Moyen-Orient.

Néanmoins, l'immobilisme européen demeure inexplicable et nuisible car l'escalade en Palestine est une atteinte directe aux intérêts de sécurité de l'Europe, et de la France, en Méditerranée. Les Etats méditérannéens de l'Europe, plus conscients que d'autres des enjeux politiques de cette guerre, devraient au moins réagir avec force en faveur de mesures d'interposition d'urgence.


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