Le Débat Stratégique Nº54 -- Janvier 2001

Editorial : L'heure de l'Europe ?


En octobre, une partie des Etats de l’Union approuvait à l’ONU les résultats de Charm el Sheik ; l’autre les rejetait. Le lendemain, la Présidence de l'Union déclarait à Séoul que la reconnaissance de la Corée du Nord était prématurée : l’Angleterre et l’Allemagne faisaient une reconnaissance unilatérale. La « politique étrangère commune » n’est pas la plus grande réussite de la pratique intergouvernementale. Les ministres de la défense vont actuellement plus vite que les diplomates. Ces derniers reflètent les hésitations des politiques.

Ces différences de temporalités entre le militaire, le diplomatique et le politique des Européens se heurtent à des échéances concrètes. Il n’y avait pas besoin de centre de prévision ou d’alerte pour comprendre dix ans avant que le Kosovo s’embraserait. Le même pronostic vaut pour la Palestine. Dans quelle mesure les Européens, qui s’impliquent surtout monétairement, peuvent-ils aller au delà ? La présidence suèdoise de l’Union ne propose dans son programme que des déclarations (ré)conciliantes. L’intérêt légitime pour la zone de la Baltique ne doit pas faire oublier à la troïka franco-suèdois-belge que les risques les plus graves sont plus au sud. Des organisations de la société civile au sens rassis, tels le Conseil œcuménique des Eglises (protestants et orthodoxes) ou le Vatican, prennent des positions beaucoup plus tranchées refusant la « la banalisation d’une sortie de guérilla, la persistance de l’injustice, le mépris du droit international… Il est temps de retourner aux principes de la légalité internationale : interdiction de l’acquisition des territoires par la force, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, respect des résolutions de l’ONU et des conventions de Genève1 ».

Pendant ce temps la construction des capacités militaires européennes suscite les réticences croissantes des Etats-Unis. Mais l’hypothèse dans laquelle ce serait les E.U qui souhaiteraient recourir à des moyens européens diplomatique et politique n’est jamais évoquée. Or, les divergences d’analyse existent. Si ce n’est pas en terme de capacités que les E.U peuvent souhaiter la participation européenne, financièrement ils la réclament déjà. L’affirmation de la position européenne peut avoir des conséquences positives. Le Président Pastra, à la suite d’une tournée dans l’Union, qui avait refusé de cautionner le Plan de paix pour la Colombie préparé par les E.U, a accepté de reprendre les négociations et de lutter contre le paramilitarisme. Les forces de l’Europe deviennent de plus en plus utiles surtout pour compenser le tout technologique et le zéro mort américain. L’hypothèse selon laquelle les Européens auraient toujours besoin des E.U masque des situations où l’Union se diviserait face à une demande américaine non partagée politiquement. N’est-ce pas déjà le risque que la NMD fait courir à la cohésion de l’Alliance ?

La politique étrangère et de sécurité commune ne résisterait pas longtemps à de telles secousses. La renforcer ne suppose pas seulement des aménagements institutionnels. Le meilleur ciment viendra de la prise en compte des soucis et des priorités collectivement ressentis par les opinions des peuples européens eux-mêmes.


1 - Osservatore Romano 16-01-01

Retour haut de page / au sommaire
©CIRPES