Le Débat Stratégique Nº54 - Janvier 2001
Notes de lecture
Les « Cahiers de Chaillot », Institut d’Etudes de Sécurité de l’UEO (gratuit ; www.weu.int/institute/)
n° 42, Défense Européenne : la mise en œuvre, sous la direction de F. Heisbourg (septembre 2000)
n° 43, L’intégration européenne et la défense : l’ultime défi, Jolyon Howorth (novembre 2000)
n° 44, Entre coopération et concurrence : le marché transatlantique de défense, sous la direction de B. Schmitt (janvier 2001)
Ces livraisons de l’Institut de l’UEO, qui deviendra en janvier prochain une agence de l’Union européenne, donnent un des meilleurs point sur le projet de défense européenne.
Dans une introduction au premier ouvrage F. Heisbourg rappelle le chemin parcouru et les raisons des récentes avancées de l'Europe de la défense. Les conditions d'un renforcement politique du pôle européen sont analysées ensuite (définitions des ambitions stratégiques de l'Union, convergence doctrinale et progrès de la PESC), tout en rappelant « la permanence de l'impératif atlantique ». Ce point est repris, notamment par N. Gnesotto et K. Kaiser, à travers le lien Union Européenne-Etats-Unis, y compris sous les aspects institutionnels (UE-OTAN). Certains aspects techniques (renseignement) et surtout industriels et budgétaires sont résumés ensuite. Les annexes chiffrées reprennent les chiffres du Military Balance (IISS) et de l'OTAN. A tous égards, l'ensemble donne le meilleur bilan actuel sur la question.
L'histoire politique, le maquis de la construction institutionnelle et les difficultés à venir sont développés dans le livre de J. Howorth, précieux en ce qu'il indique jusqu'où on peut espérer entraîner les britanniques, qui restent au coeur de cette évolution. Un historique extrêmement précis du projet depuis l'après-guerre est suivi de la description des avancées permises par les décisions britanniques de fin 98. Elles aboutissent aux spectaculaires constructions entérinées à Nice, que le livre décrit dans le détail. La dernière partie souligne les difficultés qui restent dans l'achèvement du processus, notamment en raison d'une divergence latente : s'agit-il de conforter l'OTAN avec un pôle européen ou de constituer un pôle européen allié des E.U. ? L'importance des références fournit une bibliographie très complète, notamment anglo-saxonne, sur le sujet.
La même problématique est applicable au dernier recueil, consacré cette fois à l’industrie d’armement. Un premier texte sur l’industrie US, rédigé par un spécialiste américain, G. Adams, montre que si forteresse il y a en cette matière, elle est d’abord outre atlantique, les quelques places fortes nationales européennes étant bien mal reliées entre elles. C. Cornu retrace ces faiblesses et les débuts de convergence « susceptibles de conduire sinon à une forteresse du moins à une "Force Europe" mieux intégrée». Le britannique Andrew. D James étudie les perspectives d’une industrie de défense transatlantique, qu’il estime encore limitées.
A. B.
Les Etats-Unis s'en vont-ils en guerre ?, GRIP, éditions Complexe, Bruxelles, octobre 2000
Cet ouvrage collectif s'interroge sur la réorientation stratégique « militarisante » des Etats-Unis à l'ère post-bipolaire et globalisée. Avec des retours dans l'histoire récente, les analyses convergent pour caractériser la transition vers l'unilatéralisme du leadership américain comme un effort de maintien d'un niveau de puissance techno-militaire. En quelque sorte, il s'agit de produire, en temps de « paix », un « effort de guerre » alors que la deuxième « superpuissance » militaire a disparu et que les nouveaux risques et conflits sont d'un ordre social trop vaste pour être circonscrits par des solutions purement sécuritaires. En mettant l'accent sur le niveau particulièrement élevé des dépenses budgétaires de défense, ainsi que sur l'orientation capacitaire des options RMA et NMD et ses effets unilatéraux (sorties du régime de l'arms control, découplage au sein de l'Alliance), cet ouvrage débusque le mythe du « benign neglect ».
S. B.
Les Etats-Unis hyper-puissance, Dossier constitué par Olivier Frayssé,Problèmes économiques et Sociaux n° 846. 80 pages ; 6,80 euros
Cet ensemble documentaire rassemble d’utiles extraits d’articles, essentiellement des chercheurs américains les plus connus sur les causes et les modalités de la suprématie des E.U. (Brzezinski, Huntington, Joffé, Summers…). La nécessité d’avoir des alliés se heurte à une diplomatie très soucieuse de la réussite des entreprises US, tandis que certains auteurs restent attentifs aux risques d’une politique trop brutale envers la Russie et à la négligence vis à vis des principes internationaux.
A. B.
Dictionnaire de Stratégie, Thierry de Montbrial, Jean Klein (sous la direction de), PUF, 2000, 604 p., index des noms
Le dictionnaire de stratégie publié par les PUF et l'IFRI sous la direction de Tierry de Montbrial et Jean Klein (et 60 collaborateurs) représente un effort d'érudition et de synthèse qui en fait un instrument indispensable à la fois pour les étudiants et pour les chercheurs en relations internationales et en stratégie.
On y trouve à la fois les concepts trans historiques, les auteurs, les guerres, les armements et les « lois » qui constitutent le corpus général de la recherche stratégique du point de vue historique et doctrinal. Quelques absents : Guichardin, Thomas Schelling sont à regretter. Parmi les articles fondamentaux : Stratégie (Thierry de Montbrial), Sociologie militaire (Bernard Boëme), Sécurité Collective (Serge Sur), Révolutions militaires (Laurent Henninger), Droit humanitaire et conflits armés (Jean-Pierre Colin), Désarmement régional (Jean-François Guilhaudis), Désarmement et maîtrise des Armements (Jean Klein). Impossible à résumer, ce travail a sa place dans les bibliothèques.
A. J.
Dictionnaire de la pensée stratégique, François Géré, Larousse 2000, 318 p. index, bibliographie. Introduction de François Géré
Plus compact que le précédent, d'une certaine façon, plus complet pour les entrées, moins encyclopédique dans le style des articles, le dictionnaire de Géré est un instrument de travail didactique et pratique, précis, très utilisable, notamment pour les professeurs, les journalistes, les étudiants. Il contient un index des auteurs, des citations et des concepts indépendants des entrées d'articles, une orientation biliographique et connaîtra sans doute le succès d'un outil de référence apte à laisser traîner sur sa table.
A. J.
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