Le Débat Stratégique Nº54 -- Janvier 2001
Moyens civils de prévention et de gestion des crises et rôle des ONG
Par Sami MAKKI
La construction d’une Europe de la sécurité et de la défense, ne passe pas seulement par les moyens militaires. Si la force de réaction rapide fut le point de focalisation de la réflexion stratégique européenne, la création d’une structure civile de réaction rapide capable de fournir un soutien à « toutes formes d’activités non-combattantes visant à contrer ou résoudre les crises émergeantes » semblait disparaître des priorités. Les conclusions de Sommet de Feira (juin 2000) soulignaient pourtant le besoin d’assurer une « complémentarité entre aspects civils et militaires de la gestion des crises couvrant l’ensemble du champs des missions de Pétersberg » (annexe 3).
La mise en place d’un corps de police européen n’est pas la seule dimension civile de la PESC. Le Haut Représentant pour la PESC et la Commision avait avaient remis au Sommet de Nice un rapport sur les options en vue d’« améliorer la cohérence et l’efficacité de l’action de l’Union européenne dans le domaine de la prévention des conflits1 ». Ces recommandations constituent l’une des priorités du mandat de la présidence suédoise concernant notamment le suivi et la mise en œuvre de la dimension civile de gestion des crises et de prévention des conflits2.
La Présidence s’est engagée dans une réflexion sur les moyens nécessaires à une stratégie de prévention des conflits qui impliquerait l’ensemble des instruments civils et militaires à la disposition de l’Union européenne3, parmi lesquels les organisations non gouvernementales (ONG). Derrière ce terme générique se trouve un ensemble d’acteurs aux expertises de plus en plus reconnues par les Etats notamment à l'ONU par les plus pauvres qui ne disposent pas d'une expertise « nationale ». Les ONG européennes sont une source de contestation mais aussi de réflexion et de proposition concernant les moyens de prévention des conflits4.
Pour une prévention structurelle des crises
La prévention des conflits passe d'abord par la mise en place de systèmes d’alerte précoce et de chaînes de décision politico-militaires mais aussi par une lutte contre les causes profondes de l’émergence de ces conflits. La réforme institutionnelle de la Commission (notamment à travers la récente création d’EuropAid qui gérera 80% de l’aide extérieure de l’UE) doit permettre d’aboutir à une approche plus intégrée et plus cohérente des politiques d’aide, de commerce et de développement de l’Union dans laquelle le développement humain durable et la quête de la stabilité socio-politique seront prioritaires dans une approche sur le long terme, structurelle.
Alors que les accords de Cotonou avec les pays ACP du 23 juin 2000 ont montré la voie à de nouvelles formes de partenariat avec les acteurs locaux5, la politique de développement de l’Union marque un recul dans la désignation de la prévention des conflits comme dénominateur commun aux divers programmes mis en place. La répartition des ressources entre l’aide apportée aux Balkans et celle initialement prévue pour les pays les moins avancés devient problématique.
Réflexion stratégique et capacités opérationnelles des ONG
Les ONG constituent des relais entre l’échelle locale de l’action politique et civique et la scène internationale où elles se constituent de plus en plus en réseaux. Ainsi, le Réseau d’Action Internationale sur les Armes Légères, réunissant environ 300 ONG engagées dans cette lutte à travers le monde6, a joué un rôle important dans la sensibilisation et l’information des délégations nationales lors de la deuxième conférence préparatoire à la Conférence Internationale de l’ONU sur le Trafic Illégal des Armes Légères sous tous ses Aspects de juillet 2001, comme l’a souligné le représentant suédois pour l’UE à l’ONU. De façon à faciliter le dialogue avec la Commission ou l’Unité de planification politique et d’alerte rapide (Policy Unit) du Conseil de l’UE, les ONG se sont regroupées en une Plate-forme européenne de Prévention et de Transformation des Conflits, et en un Bureau Européen de Liaison de Construction de la Paix (EPLO) tournés vers la réflexion politico-stratégique.
Les ONG possèdent une pratique dont les donateurs ne disposent pas toujours. Souvent présentes sur le terrain depuis une période antérieure à la crise, elles ont établi un réseau local d’entraide. Alors que les programmes d’aide de l’Union tardent parfois à être mis en place (voir le rapport du Commissaire Patten et les objectifs d’EuropAid d’accélération et d’amélioration de la qualité des projets) et qu’il n’existe pas de mécanismes d’expression des besoins des populations locales en direction des instances communautaires, les acteurs humanitaires mesurent l’impact de ces politiques d’aide sur le terrain et les conséquences de ces retards sur les populations civiles et leur environnement local.
Enfin, les organisations membres du Réseau Européen des Services Civils de la Paix (EN.CPS), regroupant les personnels engagés dans des missions de réconciliation sur le terrain, forment un utile panel de praticiens. Les consultations engagées par la Commission et la Policy Unit vont à cet égard dans le sens d’un dialogue constructif.
Tirant, elles aussi, les leçons de leurs échecs passés, les ONG ont acquis une maturité leur permettant de s’engager dans la construction des moyens efficaces de prévention et de gestion civile des crises par la PESC.
Sami MAKKI
1 - Improving the Coherence and Effectiveness of European Union Action in the field of Conflict Prevention, synthèse en français, www.presidence-europe.fr
2 - Rapport de la Présidence [française], p.7
3 - The Swedish Institute of International Affairs Future Challenges to Conflict Prevention: How can the EU contribute ? et Swedish Ministry for Foreign Affairs, Preventing Violent Conflict, Government Communication to the Parliament, December 2000.
4 - Saferworld and International Alert Promoting a Culture of Prevention – Opportunities for the Swedish and Belgian Presidencies of the European Union in 2001, European Platform for Conflict Prevention and Transformation, December 2000. Le document est co-signé par 33 ONG et Instituts de recherche européens.
5 - Discours de la Ministre suédoise des Affaires Etrangères, Anna Lindh sur les priorités en matière de prévention des conflits, 22 Janvier 2001.
6 - International Action Network on Small Arms (IANSA), www.iansa.org
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