Le Débat Stratégique Nº56 -- Mai 2001
Editorial : Vers une intervention internationale de protection en Palestine occupée
La situation de "guerre asymétrique" au Moyen-Orient met en
danger la paix régionale. En droit, une intervention des Nations
Unies (Conseil de Sécurité ou Assemblée Générale) et, à défaut,
de tout membre des Nations Unies est ici licite sur demande non
pas des deux parties au conflit mais d'une seule, celle qui subit l'
agression permanente. La Palestine est occupée et colonisée
militairement depuis1967 en dépit des résolutions de l'ONU. Ni
les attentats suicides de Hamas, ni les bombardements par F16
d'Israël ne modifient, par leur caractère odieux, cette dissymétrie
de long terme.
Première raison d'une intervention extérieure : l'échec total du
processus d'Oslo qui a conduit à l'élection de Sharon. Celui-ci
n'a pas pour programme d'aboutir à la paix ni de reprendre les
négociations sur le statut final, à peine amorcées dix jours avant
la fin de Clinton et de Barak. Il projette d'instaurer un régime d'
apartheid en Cisjordanie et Gaza. Il faut donc intervenir pour le
contraindre à changer de route, dans la mesure où cette stratégie
viole le droit et met en danger la paix.
La deuxième est que la stratégie de guerre à outrance et de
poursuite de la colonisation montre qu'Israël est atteint par le
" syndrome de l'impunité " à savoir l'idée que la violation
prolongée du droit crèe un droit nouveau. Cette perception
enfantine a été renforcée par le soutien inconditionnel des
Etats-Unis au cours du processus d'Oslo. La population
israélienne s'imagine subir une agression chaque fois qu'on
recommande à son gouvernement de respecter le droit
international et d'assumer ses obligations comme état civilisé.
Seule une intervention de la communauté internationale peut
désormais aider les Israéliens à sortir, de cette perception
fantasmatique tout en les rassurant.
La troisième est la reprise du terrorisme comme conséquence de
l'usage excessif de la force militaire israélienne contre la
population civile. La répression a produit 500 morts
palestiniens et 20.000 blessés dont 4.000 handicapés à vie. La
destruction par bulldozers de maisons atteint des formes
dantesques notamment à Gaza en ramenant trois générations de
réfugiés sous la tente. Le désespoir et le deuil sont les causes
principales du recrutement de terroristes qui agissent par
attentats-suicide. L'autre cause est la pratique du terrorisme d'
Etat par Israël : assassinats de personnalités, bombardements
de terreur, destructions d'institutions et ciblage contre la police
palestinienne.
Il devient urgent d'assurer la protection des populations par
un corps ou une mission internationale qui se déploierait en
Palestine occupée et à laquelle Israël ne pourrait s'opposer sur
aucune base juridique. L'Initiative Jordano-Palestinienne est
actuellement la principale initiative diplomatique appuyée par l'
Union Européenne et elle prévoit le retour au processus de
Madrid. Elle fournit un cadre mais sera-t-elle efficace au rythme
voulu pour sortir du non droit et éviter l'escalade ?
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