Le Débat Stratégique Nº57 -- Juillet 2001
Editorial : Tchétchéniser les Albanais ?
On ne saurait se réjouir des propos tenus par M. Poutine lors de
son passage au Kosovo. Il a laissé entendre assez clairement que
les Albanais étaient des trublions et qu'il avait son idée sur le
traitement des peuples voyous.
Par ailleurs, on sait qu'il cherche à aider les Macédoniens par la
mise à disposition de quelques hélicoptères d'attaque de
fabrication soviétique, à la fois plus robustes et moins chers que
les bijoux volants américains. On sait qu'il n'y avait pas de pilote
d'hélicoptère dans l'armée Macédonienne (issue de l'armée
yougoslave) et que ces pilotes sont donc nécessairement russes.
La contribution militaire Russe, à l'ordre balkanique se fait avec
l'accord des Etats-Unis, Maîtres du ciel et de l'espace aérien
global, et partisan de la manière forte. L'éloge du crime contre
l'humanité qui s'y esquisse, pourrait passer pour une anecdote
diplomatique, s'il existait une réelle unité de vue entre l'Union
Européenne et les Etats-Unis sur la Macédoine.
Ce n'est pas tout à fait le cas. Les Européens sont en faveur de la
réforme politique de la constitution macédonienne qui n'
attribuait aucune place culturelle et politique particulière à la
minorité albanaise qui représente 30 % de la population (et la
moitié de la population de la capitale Skoplje). Tout en déplorant
la méthode de la pression armée, adoptée par les Albanais,
l'Union Européenne reconnaissait l'existence d'un problème
politique qu'il fallait résoudre pour que la Macédoine aboutisse à
un régime cooptable dans la culture et l'organisation de l'Union.
Un accord politique avait été presque atteint sur l'essentiel par les
guérillas albanaises et le gouvernement macédonien, ayant
accepté d'améliorer la condition de la minorité, l'UCK acceptait
de désarmer en laissant ensuite le soin aux partis politiques
albanais représentés au parlement, de terminer la négociation.
Le raidissement des Macédoniens et l'actuelle difficulté d'aboutir
vient de l'entrée des Russes dans le rapport de forces. Est-ce une
compensation accordée à Moscou pour la sortie prévue des pays
baltes de la sphère russe ? Les Etats-Unis saisissent-ils l'occasion
de prouver que la diplomatie européenne est un outil inutile qui
fait le jeu des nationalismes quand seule la manière forte et la
manipulation des paramilitarismes doit réussir - ou échouer -
mais toujours manifester la présence de l'empire ? L'existence d'un
médiateur français au côté du médiateur américain ne risque-t-il
pas de rendre encore plus flou le débat sur l'avenir des Balkans et
les nouveaux protectorats ?
Ce n'est pas la première fois qu'on voit s'introduire les russes
dans les Balkans. Le " groupe de contact " a joué en Bosnie comme
au Kosovo le rôle de frein russe, lorsqu'on voulait perdre du temps.
A l'heure où on se félicite que M. Milosevic ait été transféré devant
le Tribunal Pénal International, on comprendrait mal, si ce procès
est fondé sur des principes, que M. Poutine se sente tout à fait libre
de jouer le conseiller en répression des démocraties européennes.
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