Le Débat Stratégique Nº57 - Juillet 2001

Notes de lecture




Claude SERFATI, La mondialisation armée. Le déséquilibre de la terreur, Editions Textuel, Paris, 2001, 174 pages

Claude Serfati développe des analyses qu'il a travaillées déjà quant aux dépenses militaires d'une part1, et à la mondialisation d'autre part, en reprenant l'idée avancée par Paul Virilio d'un " déséquilibre de la terreur "2. Son avant-propos donne cohérence à sa démarche. Il décortique d'abord " l'idée fausse " selon laquelle "la militarisation de la planète commencée avec la seconde guerre mondiale a eu pour fondement essentiel la guerre froide", ce qui aurait logiquement conduit à toucher des "dividendes de la paix" dont il conteste l'existence. Serfati souligne que les dépenses militaires ne peuvent être réduites à leur niveau budgétaire à un moment donné, mais qu'on doit prendre en compte le fait que "le maintien à un niveau très élevé de ces dépenses, pendant les cinq décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, a permis l' enracinement de puissants appareils militaro-industriels dans les structures économiques et sociales des grands pays industrialisés". Et il montrera au fil des chapitres comment selon lui, la pérennité de ces groupes, à travers des adaptations qui ne sont que de surface, repose sur des " fondamentaux solides " et bénéficient de seuils d'irréversibilité.

De même, il s'oppose à l'idée que "la mondialisation est porteuse de paix", en rappelant que "les Etats-Unis ont maintenu au cours de la décennie 90, un niveau de dépenses militaires extraordinairement élevé" et que l'augmentation proposée pour la période 1999-2003 "indique qu'une nouvelle étape de la course à la militarisation est engagée". "Cette course, dit-il, est un élément décisif de la suprématie des Etats-Unis". Cette évolution géopolitique qui se traduit par un statut de " superpuissance solitaire " pour les Etats-Unis se conjugue avec le développement d'une mondialisation comme mode d! e dév eloppement adossé à des politiques néo-libérales et régi par le capital financier qui défait les protections collectives construites après 45, génère une polarisation extrême entre quelques pays développés et le reste de la planète et aggrave les effets prédateurs sur la nature et l'environnement. Cette conjugaison des transformations géopolitiques et des mutations économiques et sociales donne à la situation actuelle ce visage de "mondialisation armée". Claude Serfati conclut en soulignant que la "marchandisation" de la planète est génératrice d'insécurité. Ce processus n' est pas simplement le résultat des "forces anonymes" du marché, il est aussi la mise en œuvre des politiques néolibérales des gouvernements et des organisations internationales conjuguée à l'utilisation, si nécessaire, de "la poigne de fer du militarisme". Une lecture stimulante et, à tous égards, utile.

J-P. H
1 - Voir son livre de référence, Production d' armes, croissance et innovation, Economica 1995 et sa contribution dans l'ouvrage coordonné par François Chesnais et Dominique Plihon, Les pièges de la finance mondiale.
2 - Stratégie de la déception, Galilée, Paris, 1999.



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