Le Débat Stratégique Nº58 -- Septembre 2001

Editorial : Guerre Israélo-Palestinienne


La "guerre asymétrique" fait désormais rage entre les occupés et les occupants. Aussi, la pression en faveur de la paix se fait plus nette de la part des " puissances ". L'assassinat du Ministre israélien du tourisme représentant l'extrême droite dans la coalition, était une réponse à l'assassinat par les services spéciaux du secrétaire général du FPLP, parti membre de l'OLP. Depuis tous les coups sont permis ; l'armée israélienne multiplie les " punitions collectives " sur la population civile et poursuit le plan d'assassinats ciblés qui a déjà fait plus de 60 victimes parmi les cadres populaires. On pense ainsi diminuer la viabilité et l'autonomie de l'Etat palestinien futur. M. Sharon s'est prononcé en faveur d'un Etat palestinien, mais ce sera une série de bantoustans non souverains. L'équivalent d'un projet d'Algérie Française avec l' OAS au pouvoir.

L'intervention directe des militaires sur la politique devenant patente, la démocratie en Israël est menacée et le fantasme de la remise sous tutelle risque de faire des dégâts, dans la région et dans le monde. Les EU et l'Europe veulent donc obtenir non seulement le retrait d'Israël des zones A mais un retrait définitif. Ils demandent le démantèlement des " colonies offensives " et des négociations non seulement sur le cessez-le-feu mais sur la paix.

M. Sharon a prolongé ses représailles et mimé l'indépendance absolue pour ne pas perdre la face, mais devra céder. Quoi ? Les Américains sont avant tout préoccupés de compenser aux yeux de l'opinion arabe et musulmane les effets de leur campagne de frappe, qui aboutissent à la promotion de Ben Laden parce que leurs stratégies aériennes méprisent le sort des populations civiles. Si Bush ne parvient pas à faire plier Sharon, les Etats-Unis risquent de perdre la main en Egypte, en Jordanie et dans les pays pétroliers. La paix réelle ne lui est pas totalement nécessaire.

L'Europe, engagée en Euro-méditerranée, a quelque chose de plus fondamental à vouloir garantir : elle seule pourra vouloir qu'une paix restaurée entre Israël et les Palestiniens soit réellement la promesse d'un avenir viable et démocratique partagé et d'une paix conclue entre les parties. Elle sera dans la durée plus exigeante sur les principes que les EU mais plus pacificatrice. Si Israël veut rester une démocratie, il a intérêt à supprimer la condition de " colon conquérant vivant en sentinelle avancée en pays ennemi " qui reproduit un état de siège permanent glissant vers le fascisme. Israël doit à terme remplacer le sionisme historique fondateur par une représentation non exclusive et plus laïque de sa nationalité, faute de quoi il sera contraint d'expulser ses propres citoyens arabes dans des délais rapprochés. Vivre en bon voisinage devriendra ensuite un problème social et à la fois une relation nord-sud, soluble par des stratégies efficaces de péréquation socio-économique et la nécessité de vivre à proximité.



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