Le Débat Stratégique Nº61 -- Mars 2002

Editorial : L’Empire et l’offensive coloniale d’Israël


L’armée d’Israël se conduit en Cisjordanie et Gaza comme une armée d’occupation coloniale, victorieuse militairement, mais politiquement vaincue, car elle ne peut proposer aux vaincus aucune solution politique. La reprise des négociations serait donc inévitable après une phase d’exactions criminelles, selon l’école des optimistes cyniques.

Une autre hypothèse plus tragique doit être aujourd’hui évoquée : celle que la Maison Blanche soit d’accord avec M. Sharon, qui vise à détruire les fondements de l’économie et de la société des Palestiniens et à les expulser désormais du territoire du Mandat.

La nouvelle stratégie d’Israël « tuer tous les terroristes », s’est explicitement insérée dans la nouvelle guerre américaine et n’a jamais suscité de réserves. Mise en oeuvre dans l’espace minuscule de la Palestine elle aboutit à prendre toute la population civile comme cible, ce qui mène à l’impasse politique et militaire. Mais cela pourrait signifier aussi que l’objectif n’est plus pour le Likoud de retourner à la table des négociations mais de produire des faits irréversibles. L’opération, selon M. Sharon lui-même, est « la suite de la guerre de 1948 ». Massacres, arrestations massives et déportations dans les ghettos de Gaza transforment depuis le début avril la guerre coloniale en guerre de nettoyage ethnique de banlieue. Les déclarations du Général Effi Eitam du petit Parti National Religieux qui vient d’entrer au gouvernement confirment (Le Monde, 7/8-4-02, p. 3) qu’il s’agit pour les extrémistes de la coalition, de chasser les Palestiniens en nombre. Ceux qui seraient « autorisés à rester » recevraient selon lui le statut précaire d’immigrés. On ne veut plus d’ Etat palestinien, mais la souveraineté sur « Eretz Israël ».

Le soutien américain à Sharon poserait donc un problème beaucoup plus grave au système international que le simple constat de l’impasse politique : une logique unilatéraliste d’Empire, destabilisante sous tous rapports. M. Powell en tournée, ou bien laisserait le temps d’« achever l’ouvrage » ou le freinerait pour apaiser provisoirement l'opinion mondiale avant une reprise. Ce ralliement au « sharonisme » marquerait aussi la fin d’une alliance euro-américaine car obtenir par la force la soumission permanente, respectueuse et terrifiée des Arabes est exactement contraire aux principes que les pays de l’Union Européenne et la France entendent mettre en œuvre, pour leur compte dans le voisinage « euroméditerranéen ».

L’Europe est au pied du mur : ou bien elle accepte que la guerre israélienne au Moyen-Orient progresse encore d’un cran vers la conquête, ou bien elle formule ses remontrances, prend des sanctions réelles contre Israël et s’affronte clairement aux Etats-Unis, avec l’appui des pays arabes, au nom des résolutions du Conseil de Sécurité.



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