Le Débat Stratégique Nº61 - Mars 2002

Notes de lecture




Les enjeux stratégiques de l'espace, Thierry Garcin, Bruylant, Bruxelles, 2001,180 p.

Cet ouvrage rappelle que le milieu spatial a des qualités - extra-territorialité, sécurité, permanence, ubiquité, quasi-immédiateté… - qui en font un atout pour les fonctions d'observation, de communications, de surveillance, de prévention et de gestion de crises. L'emploi de l'espace comme outil militaire - l'espace devenant lié à l'ensemble des enjeux de défense- retient longuement l'auteur, même si les liens existent entre programmes militaires et civils. Il montre aussi le lien entre espace et dissuasion nucléaire. Après 90 les Etats-Unis n'ont cessé d'avoir un rôle dominant sinon dominateur, et cherchent à utiliser pleinement cette dimension (programme d'armes ou de dispositifs anti-satellites) et critiquent les programmes concurrents même civils (Galileo des Européens).
Un petit ouvrage convaincant et stimulant complété d'utiles planches informatives et d'une bibliographie commentée.

Pierre Pascallon


Les frontières de l'Europe, Elie Barnavi, Paul Goossens (éds), Bruxelles, De Boeck, 2001, 280 p.

Ce livre rassemble les communications d'un colloque tenu en octobre 1999 et donne les éléments de la problématique de cette question récurrente : quelles sont les limites de l'Europe ? L'ambassadeur Elie Barnavi s'attache aux limites historiques. Le mécanisme est enclenché : face à l'impossibilité de définir des limites, on se réfère à des "valeurs". Le géographe Defay les préconise et les préfère à tout essai de définition de frontières. Jacques Attali préfère " une histoire artistique de l'Europe ". K. Pomian considère la coupure nord-sud plus importante que l'est-ouest. Au moins son but : lier le Centre à l'Occident, permet-il d'approcher une limite, même contestable : la Russie.
J. L. Bourlanges souligne le paradoxe du projet européen qui, parce qu'il veut mettre en œuvre des valeurs universelles (dépassement des oppositions nationales, refus de l'exclusion…) conduit à la négation de la spécificité européenne : ne cherchons pas les frontières de l'Europe, cherchons les frontières de l'Union.
Histoire, valeurs ou pères de l'Europe, on recherche toujours ses frontières. Finkelkraut affronte le problème " Territoire et politique " de façon classique en reprenant le paradoxe selon lequel " la construction de l'Europe coïnciderait avec sa déseuropéanisation "… Pour un second philosophe, J. Lenoble, il s'agit de construire une identité politique qui résulte d'un choix éthique, celui de construire une communauté basée sur la reconnaissance de principes résultant d'une délibération publique habermasienne. Quels sont ces critères, ces " normes " qui, bien plus que des frontières constitueraient les " limites " de l' Union ? L'importance de la Cour de Justice, et donc des normes (Rjenkins) ; la solidarité face aux disparités régionales que la monnaie commune accentue (de Grauwe) ; des critères de convergence politiques (Voina-Motoc), trop rares selon le diplomate belge de Shoutheete. Quittera-t-on le contenu pour aborder les limites spatiales avec l' ensemble des textes sur les " marches " de l'Union ?
Dans une comparaison entre la Frontier américaine (vers l'ouest) et la frontière européenne (vers l'est), Liebich montre que cette dernière a toujours connu des avancées et des reculs, ligne floue et fluctuante au cours des siècles. D'où la vieille question reprise par Marc Ferro : la Russie fait-elle partie de l' Europe ? J. Rupnik s'intéresse à " l' étranger proche " de l'Union, qu'il divise entre zone relevant de l' élargissement et zone relevant du protectorat (les Balkans). La frontière, ou si l'on préfère la limite, sud et même sud-est de l'Europe, ne sont jamais abordées par les contributions, si ce n' est à travers la notion de " frontière intérieure " avec quatre contributions sur l'immigration et les stratégies d' intégration. Un fonctionnaire du Foreign Office passe des " Borders of Europe " aux " Boarders in Europe ". Cette prudente " dé-limitation " qui évite la frontière pour magnifier le contenu a des avantages politiques. Il n'est pas sûr qu'elle suffise à constituer quelque chose comme une géopolitique de l' Union.

André Brigot



The Third Option : the emancipation of European defense, Charles G. Cogan , 1989-2000, Praeger Publishers, 2001, 179 p.

Cet ouvrage retrace les grandes étapes de la formation d'une Europe de la Défense, depuis la chute du Mur jusqu'à l'année 2000, en s'attachant à analyser l'évolution des relations entre Européens, au sein de l'OTAN, tout en accordant une place particulière à la France dans cette dynamique. Face aux exigences croissantes d'européanisation des structures de l'Alliance, les tendances centrifuges ont renforcé la "dynamique d'autonomie" (la troisième option), alors que " l'option de l'absorption " et de la dépendance à l'égard des capacités de l'OTAN (américaines en réalité) devenait moins pertinente avec la disparition, durant la période, de toute menace globale pouvant souder l'unité transatlantique et la robustesse politique de l'organisation.
Ce travail historique, bien documenté en sources françaises et américaines, présente un point de vue américain éclairé et nuancé, à l'heure où l'OTAN doit repenser ses missions dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, cependant que l'Union se dote de nouveaux instruments civils et militaires. Charles Cogan présente les dimensions géopolitiques de cette dynamique au sein de l'Union tout en rappelant les perceptions américaines et l'impact sur le lien transatlantique. Selon lui, une meilleure communication et une plus grande coopération entre l'Union et l'OTAN s'imposent. L'existence de deux organisations de défense de l'Europe posera une contradiction majeure à plus long terme. De même, la simultanéité des élargissements pose le problème de la pertinence de ces projets et des divergences qui apparaissent entre Alliés. Enfin, la question du degré d'autonomie de cette identité européenne de défense vis-à-vis de l'OTAN et de ses structures intégrées ne règle pas le problème d'une définition des réelles ambitions stratégiques européennes et des capacités qu'elle entend se donner.

Sami Makki




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