Le Débat Stratégique Nº62 -- Mai 2002
Editorial : Devant les guerres
Tandis que les médias ressassent l’antienne de « la fin de la guerre froide » qui permet à Bush d’obtenir ce qu’il souhaite de la Russie, de toutes parts les guerres deviennent chaudes : Israël-Palestine, Afghanistan, Tchéchénie, bientôt Colombie, peut être le Cachemire, l’Irak…
Dans presque tous ces cas, loin de « prévention des conflits », la faillite de prétendus « processus de paix » a précédé le durcissement. Barak abandonne la discussion pour des élections qu’il perd au profit de Sharon. En Colombie, la guerre contre le « narco-terrorisme » justifie un abandon des négociations ; en Irak l’intransigeance de Saddam n’a d’égale que la volonté de Bush d’imposer sa chute, au delà des inspections de l’ONU. Au Cachemire, si l’Inde refuse une médiation internationale, le président Moucharaf soutenu par les E.U, est contraint à une fuite en avant.
L’Europe peut paraître à l’écart de ces affrontements de plus en plus larges. Poursuivant bon an mal an la pacification dans les Balkans, les Etats membres de l’Union ne souhaitent pas s’engager dans des conflits planétaires. La GB et la France participent bien à la coalition en Afghanistan mais assez discrètement, et ce sera la Turquie, contrainte et payée par les E.U qui prendra le commandement des opérations. Les pays membres et l’Union ont pris des distances vis à vis des politiques de durcissement : l’Union a dès le départ critiqué le Plan Colombie ; plus encore que l’Union, chaque Etat membre a manifesté des réserves vis à vis de la politique de Sharon, en particulier en Allemagne et dans les pays nordiques, traditionnellement réticent à critiquer Israël ; les perspectives de guerre contre Saddam Hussein alarment jusqu’aux Britanniques, temporisateurs moins importants que l'Arabie Saoudite.
Les appels à l’augmentation des dépenses de défense peuvent rencontrer l’assentiment des gouvernements de centre droit qui se succèdent à chaque élection dans les Etats de l’Union. Rien n’assure que ces dépenses seront majoritairement orientées vers l’obtention de moyens permettant de mener la guerre longue contre l’axe du mal pronée par les EU. La sécurité intérieure, une professionnalisation coûteuse, la protection de marches et de frontières d'une Union de plus en plus étendue seront plus populaires que d’inquiétantes et incertaines projections de forces. La transformation de l’Alliance-garantie en gigantesque machine à f0aire des coalitions ad hoc, y compris avec la Russie, suscite bien des scepticismes et ceux-ci peuvent paradoxalement entraîner l’approfondissement de structures européennes plus réduites.
Face aux guerres qui menacent, à l’unilatéralisme américain peut répondre un isolationisme européen. Mais pourra-t-on attendre longtemps une politique alternative ?
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