Le Débat Stratégique Nº63 -- Juillet 2002

Editorial : L’Unilatéralisme américain et l'Europe


La diplomatie européenne, réduite au plus petit commun dénominateur, n’est pas manœuvrante, faute de pilote. Mais elle repose sur des principes. Les Etats-Unis ont donné en quelques jours des preuves cumulatives d’un unilatéralisme quasi militant. Les diplomates de l’Union s’avouent « désorientés » par les aléas chaotiques, les principes autistiques et la négation de l’ONU qui scandent désormais les prises de positions stratégiques américaines, à propos de deux cas d’importance globale : le Moyen-Orient et l’ONU. L’Union européenne s’affronte aux Etats-Unis sur des chantiers où la définition de ses limites et des principes de sa sécurité sont défiés par les critères d’impunité et de non-droit dans les zones pionnières, érigées désormais en droit coutumier par le gouvernement Bush.

A Chypre, la contradiction deviendra visible en automne. C’est la frontière de l’Union, qui est en jeu en même temps que sa nature : L’état chypriote est reconnu comme candidat acceptable, à condition évidemment que la Turquie évacue ses troupes du nord de l’île et renonce à sa conquête ; Washington encourage la Turquie à retourner la question, comme un chantage, en exigeant son entrée inconditionnelle dans l’Union sous peine de maintenir son occupation sur Chypre-nord, défiant à la fois l’ONU et les principes exigibles par l’Union.

En Israël/Palestine l’espace est considéré par l’Amérique comme un front pionnier d’outre-mer, par l’Europe comme deux Etats au contact immédiat de l’Union qui doivent donc être pacifiés ; c’est la définition de la sécurité, de la paix et de la démocratie dans le voisinage de l’Union qui est défiée par le gouvernement Bush. Depuis le discours du président Bush du 24 juin. On peut considérer que les Etats-Unis sont incohérents en soutenant l’extrêmisme de M. Sharon sans aucune condition morale et politique pouvant sortir la jeunesse palestinienne de son désespoir suicidaire. L’Europe prendra acte du fait que la coalition Bush Sharon pousse la région dans les bras des réseaux terroristes. Elle devra s’efforcer de faire changer l’Amérique de cap.

Le dernier incident révélateur est celui de l’opposition absolue des Etats-Unis au traité fondant la Cour Pénale Internationale contre les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité. Les Etats-Unis exigent de faire bénéfi- cier leurs citoyens d’une exemption pour éviter que le cas échéant des casques bleus américains puissent être mis en examen, comme les citoyens des autres états signataires. En représaille, ils mettent leur veto au renouvellement par le conseil de sécurité de la mission de police des nations unies en Bosnie. Ce « chantage » absurde est comme la caricature d’un unilatéralisme sans limites. Les diplomates vont tenter d’estomper cette divergence mais les politiques devront en évaluer les conséquences.

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