Le Débat Stratégique Nº63 -- Juillet 2002
Les élections hongroises et la stabilité en Europe centrale
Par Mihály Fülop
Les résultats des 4è consultations
électorales depuis 1990 en Hongrie
peuvent être lus sous l'angle de la consolidation
des institutions démocratiques,
mais aussi dans l'optique du réglement
des questions de minorités en Europe
centrale et orientale.
Les effets du système électoral
La majorité des électeurs ont choisi
l’alternance politique. De 90 à 94 il
s’agissait d’un gouvernement de droite
(Forum démocratique hongrois Parti
des petits propriétaires et Chrétiens
démocrates. Joszef Antal a été suivi par
le gouvernement libéral de Gyula Horn,
dans lequel le parti socialiste emportait
seul la majorité des sièges au Parlement.
En 98,Victor Orban, président des Jeunes
démocrates, le parti civique hongrois
(anti-communistes radicaux) devient
le plus jeune premier ministre du XXè
siècle, à la tête d’une coalition avec le
Parti des petits propriétaires.
Pour les élections de 2002 : pour la
première fois après la chute du communisme
un grand parti de droite réussit son
assise populaire et crée une force politique
modérée de tendance chrétiennedémocrate
qui va éliminer du parlement
le parti et les leaders d’extrèmes droites.
Mais malgré un essor économique qui
fait de la Hongrie un des meilleurs
candidats à l’Union en 2004, un bilan
respectable et des sondages favorables, le
vote contestataire l’emporte à la surprise
générale contre les Jeunes démocrates.
Le système électoral hongrois réunit
un système majoritaire à deux tours dans
les « circonscriptions individuelles » et
des listes départementales de partis
à la proportionnelle (avec une barre
à 5%) et une liste « nationale » de
compensation pour les partis qui ont au
parlement additionné les voix perdues
dans les circonscriptions individuelles.
Ce système qui vise à constituer une
tendance majoritaire et à conforter
la gouvernabilité du pays a jouer un
mauvais tour aux Jeunes démocrates.
Malgré la mobilisation électorale (74%
d’électeurs, 17% de plus qu’en 98) et la
polarisation gauche droite, la coalition
socialiste-libérale l’a emporté (188
sièges contre 178).
Les extrêmes laminés
Le Parti de la vie et la justice, de
l’écrivain populiste Isvan Csurka, n’a
pas avec 4,5 % atteint le seuil nécessaire.
Les anciens communistes de J. Kadar
n’ont eu que 2 %. Les jeunes démocrates
qui ont mis en valeur leur bilan, critiqué
celui de la gauche précédente et surtout
récupérer les grands symboles et sujets
nationaux, y compris la solidarité avec
les minorités hongroises vivant dans
les pays frontaliers, ont échoué, malgré
l’adhésion des Eglises et l’identification
à un candidat doté d’une personnalité
forte et dynamique (Orban, 38 ans). La
coalition socialiste libérale l’a emporté
avec un ancien ministre des finances
communiste devenu gestionnaire de
banque efficace : Peter Medgyessy
Cette division gauche / droite, due en
partie au systèles électoral est en réalité
ancré dans l’histoire de la Hongrie du
XXè siècle qui alterne dictature de droite
et de gauche. Mais la droite modérée du
FIDESZ désire aujourd’hui autant entrer
dans l’Union que la gauche, mais « par
la grande porte ». Avec la fierté nationale
retrouvée, la solidarité nationale passe en
priorité. Face à cette position, socialistes
et libéraux ont adopté une politique
extérieure d’ouverture. Ils désirent l’entrée
dans l’OTAN des pays voisins (en
novembre 2002 au sommet de Prague)
pour stabiliser les questions de minorités
et sont prêts à tout pour entrer maintenant
dans l’Union, en adoptant un profil
bas concernant le sort des minorités
hongroises.
Il y a 8 ans la droite s’était effondrée
à l’issue de sa défaite électorale. Mais
Victor Orban, tout en reconnaissant sa
défaite, a choisi de lancer un mouvement
d’oppostion vigoureux qui veillera à
la préservation des acquis » de son
gouvernement face à la coalition socialelibérale.
Vu la différence de génération,
la gauche joue sa dernière carte. On voit
l’importance de l’adhésion de la Hongrie
à l’Union pour résister à la lame de
fond nationale orchestrée par les Jeunes
Démocrates. Les conditions d’entrée
deviendront des arguments vitaux lors
de la prochaine bataille électorale.
La compréhension de ces enjeux et la
solidarité financière joue donc un rôle
central dans l’avenir de la Hongrie,
dans la stabilité des minorités en Europe
centrale et dans les solutions politiques
qui doivent être trouvées dans toute la
zone.
Mihály Fülop
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