Le Débat Stratégique Nº63 -- Juillet 2002

Nouvelle victoire militaire d’Israël

Par André Brigot


La Cisjordanie après Oslo : Séparation et contrôle - juin 2002



L’ambassadeur d’Israël en France, l’historien Eli Barnavi le rappelait pour le 54è anniversaire de « l’Indépendance » d’Israël[1] : au delà des évènements conjoncturels, il faut regarder les succès de cet Etat sur la longue période.

Une extension territoriale continue

Sur cinquante ans, l’objectif principal de l’Etat israélien, au delà des gouvernements et des coalitions politiques, de droite comme de gauche, au delà des circonstances internationales (tensions et guerre de 67, 73, première et seconde Intifada ou période d’apaisement dans les premières années du processus d’Oslo) peut se lire dans la stratégie militaire. Elle aura permis successivement l’extension territoriale, le contrôle de l’eau, l’évacuation progressive de la population indésirable, la destruction des possibilités d’une entité politique palestinienne autonome.

Pour les Palestiniens, dans la phase du « processus d’Oslo » l’objectif n’était pas tant fondé sur « la paix contre des territoires », ne serait-ce qu’en raison du refus israélien de lacher la terre conquise que « gagnons en symbolique et dans la construction de l’Etat »[2]. Il devenait logique pour Israël de s’attaquer à cette dimension symbolique et, en réponse à des attentats, détruire la dimension fonctionnelle de l’Autorité.

Les actes terroristes ont depuis un an ouvert une nouvelle période dans cette guerre de longue durée. Ils ont établi un « équilibre de la terreur » qu’il s’agissait de rompre. L’escalade militaire ouverte fin mars a redonné l’avantage à l’armée israélienne. Il ne s’agissait pas d’une opération de police ou de coopération policière avec l’autorité palestinienne pour arrêter des commanditaires d’attentats. Sinon, ce n’est pas l’autorité palestinienne qui aurait été visée dès le départ mais plutôt les centres du Hamas ou du Hezbollah. La notion de « guerre contre le terrorisme » exclut une opération de police, qui renverrait à une justice quelconque. Il s’agit d’une nouvelle phase tactique dans une guerre commencée il y a cinquante ans.

La prochaine étape ?

Du côté américain, l’objectif de Bush n’est pas la recherche d’une solution au conflit Israël/Palestine mais son apaisement temporaire comme condition de l’opération contre l’Irak. On peut donc effectuer des retraits périodiques de territoires, pour apaiser les critiques internationales. Mais dans un processus planifié militairement. Il sera possible d’utiliser la gamme des « concessions » : évacuer des implantations coloniales indéfendables, éventuellement d’accepter dans une attitude de déchirement, des observateurs internationaux : ils se déploieront sur les lignes d’affrontement soigneusement choisies par l’armée pour devenir des frontières défendables et ainsi garanties par la « communauté internationale ». L’établissement d’une ligne fortifiée pourra compléter le dispositif d’isolement/protection et de refoulement/tri des populations indésirables. Les organismes internationaux et les Etats occidentaux, et en premier lieu l’Europe, paieront alors pour la réalisation de cette politique. Même la reconnaissance d’un Etat palestinien croupion ne pouvant survivre que sous perfusion des capitaux de la « communauté internationale pourra être mise sur l’autel de la paix en repoussant à plus tard la question de Jérusalem et du retour des réfugiés (palestiniens évidemment, le retour des juifs est de droit). L’affaiblissement radical de « l’autorité » palestinienne laissera la place à des groupes extrémistes, mais cette fois d’autant plus réprimables qu’injustifiables aux yeux de « l’opinion internationale ». La population palestinienne qui voudra malgré tout rester dans cet espace infernal, ou qui ne pourra pas le quitter, n’aura pas les droits civiques des palestiniens israéliens actuels, cependant inférieurs à ceux des israéliens juifs.

Cette mise en perspective permet de relativiser les évènements actuels. Cette nouvelle bataille, s’inscrit dans sa guerre de longue durée. C’est à cette aune qu’il faut apprécier les réactions émotionnelles qu’elle suscite. Cette recontextualisation dans une dimension de longue durée aide à échapper à l’instantanéité du « cessez-le feu, la paix tout de suite… » ou encore au paradigme permanent : acte terroriste–répression.

Ce schéma n'indique cependant pas l'issue. Après tout, le Royaume latin de Jérusalem avait bien duré un siècle !
André Brigot


[1] Radio-J, 17 avril 2002

[2] Syvie Fouet, F Debié, Palestine, Puf 2001





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