Le Débat Stratégique Nº64 -- Septembre 2002
Editorial : L'échec américain sur la guerre d'Iraq
L'autorité légitime à l'échelle du Monde, c'est l'ONU, mais malgré la structure oligarchique du Conseil de Sécurité, l'
institution mondiale n'est pas souveraine. L'ONU représente bien la collection des états, mais ce niveau de partition n'est
plus une représentation légitime des pouvoirs économiques mondiaux. L'ONU n'est pas non plus un pouvoir militaire
mondial de coercition. Seuls les Etats-Unis actuellement sont souverains, autocrates, à l'échelle du monde. Ils couvrent
presque toute la planète par le Pentagone, l'OTAN, le pacte Russie-Otan, le Partnership for Peace, et divers accords
bilatéraux. Ce système contribue à mettre en question la prééminence de l'ONU.
La grande course aux armements cérémonielle et stérile des deux blocs étant terminée, pendant la décennie 1990-2000, les
préparatifs pour des guerres réelles se multiplient. Les Etats-Unis ne désarmèrent pas et leurs budgets militaires,
après un léger fléchissement, augmentèrent car ils réarmaient. La course aux perfectionnements militaires visait désormais à
mener de vraies guerres ultra-modernes, non plus des guerres nucléaires imaginaires. Allemagne et Japon, sont priés de
réintégrer le peloton normal des nations de tête ; ils ne peuvent, en fait, prétendre un jour au rang de membre
permanent du Conseil de Sécurité qu'à condition de vouloir agir militairement dans le monde par projection de forces. Le
leadership américain s'efforce de les faire rentrer dans le club des états guerriers, initialement contre la volonté de leurs
peuples. Sous Clinton, il y a pression pour une militarisation mondiale aussi homogène que la mondialisation du système
financier. Certes il y avait hiérarchisation par le normage - subalterne - des capacités militaires des alliés.
Mais les Etats sont évalués par leur assise économique plus que par leurs rodomontades militaires. E. Luttvak écrit " from
geopolitics to geoeconomics " (The National Interest, été 1990, p.17). L'effort militaire allié devait écorner l'égalisation
économique. Si Le leadership des Etats-Unis était devenu plus militaire qu'économique leur intérêt fut d'inverser cette
proportion, pour déléguer aux auxiliaires le combat prolongé ou l'occupation impériale. L'échec de Bush est lisible dans le
refus des Européens et en particulier de l'Allemagne d'entrer en guerre iraquienne. L'acceptation britannique est
extrêmemnt fragile. Même si la guerre d'Iraq a lieu, même si elle se passe " mieux " que prévu, elle sera contre l'ONU,
américaine et sans alliés réels, ils devront tout payer et leur leadership politique sera battu en brêche. Ce tournant
consacrera l'échec de l'administration Bush.
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