Le Débat Stratégique Nº64 - Septembre 2002
Notes de lecture
Elargissement et défense européenne après le 11 septembre, Institut d'Etudes de sécurité,
Cahiers de Chaillot n° 53 juin 2002
Trois chercheurs, tchèque, polonais et
hongrois présentent leurs perceptions
des deux élargissements (de l'Alliance
atlantique en novembre, et de l'Union
européenne en 2004). Avec des nuances,
les désillusions s'affirment dans les trois
contributions face aux évolutions en
cours. Si l'OTAN reste La référence en
matière de sécurité, la politique
américaine qui recompose l'alliance
selon ses intérêts conjoncturels
(associant la Russie au pas de charge
sans se soucier des perceptions des
petits Etats d'Europe centrale qui
pensaient s'en protéger), déstabilise ses
plus chauds partisans. Du coup, l'
Union, perçue jusqu'ici surtout
économiquement et culturellement est
interrogée dans sa dimension sécuritaire
et de politique étrangère. Mais comment
ne pas convenir avec les auteurs que ces
aspects restent embryonnaires ? Et
comment ne pas craindre que l'entrée des
nouveaux candidats ne complique encore
l'élaboration d'un consensus ?
Les illusions du 11 septembre, Olivier ROY,
Seuil, juillet 2002, 88 pages.
L'Islam mondialisé, Olivier ROY,
Seuil, 2002, 219 pages.
Dans la pléthore de publications sur ce
sujet, ces présentations de l'évolution
doctrinale américaine, du bilan de la
campagne d'Afghanistan, de la politique
des E.U vis-à-vis du Moyen-Orient, de
l'islam et de l'islamisme tranchent par la
qualité de l'information et la liberté d'
analyse. Les réussites de la politique
américaine prennent le pas sur l'
alarmisme ou le thème de l'Empire. Les
dernières lignes réintroduisent le thème
d'un précédent livre : L'échec de l'islam
politique : " En faisant disparaître
toute contestation étatique (du fait qu'
aucun Etat ne peut défier, en tant qu'
Etat, la puissance américaine), la
mondialisation détruit la
territorialisation et ce faisant le
concept même d'espace stratégique. Il
n'y a rien à négocier en termes de
territoire, de sphères d'influence ou d'
intérêts vitaux avec les perdants de la
mondialisation. Le concept même de
dissuasion disparaît, car les nouveaux
terroristes n'ont rien à perdre et n'ont
pas non plus de maîtres qui aient
quelque chose à perdre, seulement des dieux ". Ce
constat de régression du politique au
religieux, qui ne se limite pas à l'
islamisme, renvoie paradoxalement au
sous titre du livre : " le débat
stratégique face au terrorisme ". On
trouvera l'analyse du facteur religieux
dans " L'Islam mondialisé ". O. Roy
voit dans le passage à l'ouest de l'islam
un double mouvement : l'un marqué par
les formes occidentales du religieux
contemporain (individualisation,
humanisme), l'autre par un radicalisme
conservateur ou révolutionnaire. La
déterritorialisation de ces
post-islamismes ruineraient les
" géo-stratégies " simplistes .
A.B.
La citadelle endormie. Faillite de l'espionnage américain,
Jean GUISNEL, Fayard, Paris, 2002, 350 pages.
Le spécialiste des questions de défense
du Point avait déjà publié " Les pires
amis du monde. Les relations
franco-américaines à la fin du XXè
siècle ". Il donne ici une somme sur les
services de renseignement américains et
leur fonctionnement, autour de la
question : comment expliquer leur
incapacité à comprendre le
fonctionnement des groupes terroristes ?
Le livre rappelle le déroulement d'
opérations anciennes (Iran, Chili,
Nicaragua etc.) ainsi que les échecs et l'
ambiguïté des rapports avec Ben Laden
et Al-Qaïda. Il détaille l'importance des
moyens dont dispose la National
Security Agency et montre qu'avec plus
de 30 milliards de $ par an les services
de renseignements américains sont
enfouis sous la quantité d'informations.
La prétention à tout contrôler aboutit à
ne rien dominer. Réflexion tant sur les
relations euro-américaines que sur le
rapport quantitatif/qualitatif dans le
domaine de la défense.
Le nucléaire dans tous ses états. Les enjeux nucléaires de la mondialisation,
Ben CRAMER, Editions ALiASetc, Paris, 2002, 184 p.
Ce petit volume clair et pédagogique
présente un état actuel du nucléaire
(armes, stocks, traités, accidents,
chronologie des évènements,
chronologie de la prolifération,
chronologie des menaces nucléaires,
etc.), insistant à juste titre sur le fait que
" le nucléaire, ce n'est pas seulement
une centrale ou une arme, ou la combinaison des
deux ; c'est d'abord une manière de
penser ". L'auteur met en lumière une
militarisation (nucléaire, mais pas
seulement) de la mondialisation et
conclut de manière très pessimiste : " la
militarisation du discours sur la
mondialisation va accroître la
détermination des frustrés de l'atome.
Inversement, les sociétés du tiers-monde
vont aussi embrayer le pas sur la
militarisation, soit en tant que disciples
de la nucléocratie, soit pour lutter à leur
manière contre les méfaits de la
mondialisation " (page 164). " L'
apartheid nucléaire " est " un pari que l'
occident est en train de perdre ".
J.-P. H.
Géographie de la mondialisation,
Laurent CARROUE, Armand Colin, Paris, 2002, 254 p.
La mondialisation n'est pas seulement
un processus économique ou culturel
mais aussi un phénomène géographique.
L' analyse spatiale aide à percevoir qu'
il s'agit d'un mouvement plus complexe
qu'une simple uniformisation. L.
Carroué rappelle que ses racines
plongent dans l'histoire même du
capitalisme. Il souligne les trois
dimensions des ruptures actuelles : une
intensité exceptionnelle des politiques
de libéralisation, une extension de la
marchandisation à l'ensemble des
composantes sociales et économiques, l'
hégémonie du capital financier comme
vecteur essentiel des dynamiques
actuelles. Comme il n'existe plus d'
espaces géographiques d'extension pour
le système capitaliste, c'est dans le sens
de l'intensification du processus que
vont jouer ces différentes forces. Le livre
présente de manière documentée et claire
les acteurs et les mécanismes de la
mondialisation dans leur insertion
spatiale. Un manuel de référence.
J.-P. H.
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