Le Débat Stratégique Nº64 -- Septembre 2002
Ventes d'armes françaises :
l'amorce d'une remontée en 2002
Par Jean-Paul Hébert
Les données douanières sur les ventes
d'armes confirment que l'année 2001
aura été encore plus faible que l'année
2000, avec 2068 millions d'euros
(contre 2074 en 2000). Toutefois les
importations ayant été moins
importantes (634 millions d'euros
contre 745 en 2000) le solde est
légèrement plus favorable : 1434
millions d'euros contre 1329 en 2000.
Les données publiées par les douanes en
septembre 2002 portent sur les six
premiers mois de l'année : avec 1255
millions d'euros de livraisons au
premier semestre, les exportations
retrouvent le niveau de l'année 1999
qui s'était soldé par des ventes totales
de 2663 millions d'euros. Ce montant
est encore largement inférieur aux
résultats des années 1997 et 1998
(respectivement 4,2 et 4,4 milliards d'
euros) mais il amorce une remontée par
rapport au creux de 2000-2001. Etant
donné les commandes reçues dans les
années passées, cette remontée devrait se
poursuivre surtout à partir de 2003. Les
chiffres du ministère de la défense pour l'
année 2001, qui n'ont pas encore été
rendus publics[1], devraient confirmer
cette tendance douanière.
Le rapport de Richard Grimmett pour le
service de recherche du congrès[2] publie
des indications complémentaires : selon le spécialiste américain, les livraisons
totales françaises d'armement auraient été divisées par deux de l'année 2000 à
l'année 2001 (de 2 à 1 milliard de dollars), chute particulièrement
explicable par la baisse des livraisons aux pays en développement (de 1,5
milliards de dollars à 0,2). Les commandes seraient passées de 4,1
milliards de dollars en 2000 à 2,9. Si les
données en valeur absolue de ce rapport
diffèrent sensiblement des valeurs
publiées par le ministère, le mouvement
général est la plupart du temps du même
ordre, on peut donc s'attendre à une
baisse des commandes pour l'année
2001. On observera cependant que l'
indicateur du SIPRI sur les transferts d'
armes classiques majeures[3] présente lui
une tendance contradictoire avec les
données de Grimmett, mais plus
conforme aux perspectives qui se
dégagent des données douanières : l'
indicateur du SIPRI passe en effet de 743
millions de dollars constants 1990 pour
l'année 2000 à 1288 pour 2001. Néanmoins,
les deux sources internationales, comme
les données nationales, indiquent bien
un niveau sensiblement plus bas en
2000-2001 par rapport aux montants des
années 1997-1998.
Toujours selon le rapport Grimmett, les
Etats-Unis fourniraient à eux seuls plus
de 45% des livraisons mondiales d'
armement et auraient reçu en 2001
presque la moitié des commandes
mondiales. Ils assureraient également
42% des livraisons aux pays en
développement en 2001. L'ordre de
grandeur indiqué par le SIPRI est
comparable puisque selon l'institut
suédois, les Etats-Unis représentent
45% des livraisons mondiales de la
période 1997-2001.
Un des aspects nouveaux de la période
est que, si les quantités achetées sont
moindres, en revanche la sophistication
des matériels (et donc leur prix) sont
beaucoup plus élevés. La course aux
armements se déplace vers une course à la
qualité.
Jean-Paul Hébert
[1] Au 1er septembre 2002.
[2] Richard F. Grimmett, Conventional Arms Transfers to Developing Nations 1994-2001,
Congressional research service, 6 août 2002, 83 pages.
[3] SIPRI, Yearbook 2002 Armaments, Disarmaments and International Security,
Oxford University Press, 2002, 846 pages. (page 407).
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