Le Débat Stratégique Nº66 -- Janvier 2003
Editorial : Le choix
L'approche de la guerre ravage déjà les institutions. L'ONU,
l'Alliance atlantique, et bien sûr l'Union européenne
subissent les premiers contre-coups d'un affrontement dont
les Etats-Unis auront déterminé l'agenda. Il ne s'agit pas de
défendre Saddam Hussein et son régime. La question porte sur
les acteurs et les objectifs de son renversement.
La vieille Europe, percluse de guerres, a longtemps recherché
les voies de la paix. En 1918 un président des Etats-Unis a cru
lui indiquer un chemin : la Société des Nations, avant de l'y
abandonner ; puis l'ONU a eu pour mission qu'un droit
commun se substitue à la force. Les plus meurtris, sur le
continent ont essayé de dépasser le recours à la violence, au
moins entre eux, et ce projet, de Communauté est devenu
Union.
Aujourd'hui, les Etats-Unis désignent à tous une tyrannie
sans lien prouvé avec le crime commis. Des gouvernants d'
Europe offrent leur drapeau et en escomptent les dépouilles
goudronneuses. Certains ont aussi des troupes, loyales mais
inquiètes. Rien ne garantit que leurs peuples les
accompagnent.
L'Allemagne et la France s'efforcent de maintenir ce qui
semblait fondamental : l'extension du droit international, un
peu d'équité dans l'action contre les multiples tyrannies, le
recours à la force seulement en ultime recours. L'Allemagne a
depuis des mois pris position et rassemble sur son refus
jusqu'aux milieux conservateurs. La France joue gros :
Met-elle son veto, elle affaiblit la position américaine, ce qui
ne sera pas oublié de si tôt. Si les Etats-Unis passent outre, l'
ONU est décrédibilisée, et avec elle le statut de membre
permanent. S'abstient-elle, elle est rejetée dans une temporaire
fanfaronnade, rendant dérisoire la coopération avec l'
Allemagne fraîchement relancée et trahit ceux qui, notamment
au sud, ont trouvé dans sa résistance à la force un espoir dans
le droit.
Le refus franco allemand et donc le veto français, sont requis.
Si par miracle les opérations qui s'annoncent réussissaient, et
réussissaient vite, il y aurait eu dans la vieille Europe une
défense du droit et de la raison politique. Qu'aurions nous
alors perdu à avoir été proches des humiliés, s'ils étaient
grotesquement émancipés par le biais des peurs et des intérêts
des puissants ? Le risque est par contre grand que le recours à
la force militaire rencontre des difficultés et ait pour
conséquences de dramatiques déstabilisations. Alors cette
résistance de la " vieille Europe ", rejointe par d'autres - d'
abord par les peuples d'Europe - offrira opportunément une
alternative politique indispensable. Ni à Kaboul, ni à Gaza la
force n'a apporté une solution. On l'a trop chèrement appris
de chaque côté du Rhin pour être séduit par l'hubris.
Retour haut de page / au sommaire
©CIRPES