Le Débat Stratégique Nº66 - Janvier 2003

Notes de lecture




Le coût de la défense antimissile

ECAR (Economists Allied for Arms Reduction)1 et le Center for Arms Control and Non-Proliferation viennent de publier sous la signature de Richard Kaufman et avec une préface du prix Nobel d'écnnomie Kenneth Arrow un document qui analyse les coûts probables des systèmes de défense antimissile, en prenant en compte toutes les composantes. Le total aboutit à une estimation comprise entre 800 et 1200 milliards de dollars …! Le rapport (The Full Costs of Balistic Missile Defense) est disponible à l'adresse : http://www.armscontrolcenter.org/nmd/fullcost.pdf.

Jean-Paul Hébert


1 L'association a son correspondant en France avec ECCAR (économistes contre la course aux armements).

Objectifs contradictoires : moins d'Etat et plus d'armée

Aux Etats-Unis, le Commandement des Marines vient de supprimer temporairement tous les départs du Corps : retraites, permissions, démissions… On peut y lire un des aspects des préparatifs de guerre. On peut aussi le rapprocher d'un fait survenu en France lors de la première guerre du Golfe : plusieurs sous-officiers mariniers ont présenté leur démission quelque temps avant leur départ. Avec la diminution de la défense du territoire national au profit d'opérations extérieures dont les liens avec les intérêts nationaux n'apparaissent pas toujours clairement, l'engagement est souvent soutenu par des considérations surtout matérielles. La professionnalisation c'est aussi l'alignement de l'engagement sur un contrat privé, et donc le droit pour le " salarié " de le rompre sans justification, ni particularité de statut. Libéralisme et " moins d'Etat " sont-ils compati! bles a vec la multiplication des actions extérieures quand le risque de mort n'est plus à hauteur des soldes ?De façon générale, plus les états sont détruits ou limités, plus il faut intervenir avec la force militaire pour stabiliser les sociétés, notamment de l'extérieur. Mais les motivations " nationales " des armées classiques ne suffisent plus. Reste la possibilité de privatiser et de mercenariser plus encore les forces.

André Brigot


Le terrorisme international et l'Europe, Marie Thérèse Delpech, Cahiers de Chaillot n°56 ; 60 p., Institut d'études de sécurité de l'UEO déc 2002

Le thème d'un écart entre les E.U et l'Europe s'il n'est pas neuf, devient un lieu commun. Il est traité ici sous l'aspect d'une prétendue faiblesse des Européens (sauf les anglais) dans leurs réponses aux menaces terroristes, qui impliqueraient un engagement résolu aux cotés de la politique américaine. " Les événements du 11 n'ont jamais été compris pour ce qu'ils étaient : un retour de la guerre au sein des sociétés développés " (p. 7) apprennent les Européens, pourtant engagés dans les Balkans depuis 12 ans. Ils sont insensibles à " la révolution des affaires terroristes ", surtout la France où " la sérénité de la population n'est pas justifiée " (p. 19) mais qui a " extradé vers l'Italie un membre des Brigades Rouges qui résidait depuis de longues années sans être inquiété "… Face aux risques du terrorisme NRBC (nucléaire, radologique, b! actér iologique et chimique) les Européens ont certes revu et coordonné réglementations et contrôles, mais " la réaction est top mesurée… il faut faire appel au secteur privé " (p. 34). Bref " ils pourraient jouer un rôle utile aux côtés des EU, pour peu qu'ils abandonnent leur passivité… L'Allemagne a au contraire une position clairement unilatérale, comme Alain Juppé l'a souligné (p. 53). Donc " Il faut espérer qu'une catastrophe sur le sol européen ne sera pas indispensable pour réveiller l'Europe de son sommeil actuel ".

La Commissaire française à la Commission chargée du désarmement de l'Irak auprès des Nations Unies avançait l'argument qu'il n'y a aucun lien entre le terrorisme qu'ont connu les pays d'Europe depuis des dizaines d'années et l'actuel, silencieuse sur les avancées concrètes de la répression policière menée par les Européens et malgré l'aveu des excès, et des échecs (Kaboul), de la politique US. Ce discours technico-médiatique plus alarmiste n'aide pas à construire la politique et la stratégie européennes pondératrice qu'elle dit souhaiter.

Un fascicule qui ne renversera pas les arguments qui amènent Dominique David à intituler un bel article des Etudes[1] : " Pourquoi nous sommes "anti-américains" ".

A. B.


[1] Etudes janvier 2003

" The Coming Collapse of China " , Gordon G. Chang, Londres, Arrow, 2002, 344p.

L'auteur de ce livre polémique soutient que les dirigeants chinois sont pris au piège et que la Chine va s'écrouler. Gordon Chang qualifie la Chine de " nation brutale, non-démocratique et en faillite économique " et prédit une révolution. Il noircit le tableau en soulignant l'absence d'unité des dirigeants et d'un vrai meneur de la carrure de Mao ou Deng et envisage également une chute liée à une guerre avec Taïwan, ce qui constituerait une grave erreur, quelle que soit l'issue du conflit armé. Il souligne le rôle des nouvelles technologies de l'information et de la communication, mais idéalise le modèle de la secte Falun Gong. Son analyse fait aussi une large part à l'économie, la corruption constituant un élément majeur de désintégration sociale et le système financier étant manipulé et encore complètement contrôlé par l'Etat et ses entreprises dont be! aucoup ne seraient pas rentables mais joueraient sur l'aléa moral. Il y a un fort risque systémique et, l'entrée de la Chine dans l'O.M.C. ne fera qu'aggraver la situation.

Si l'auteur désigne des risques réels, on peut douter qu'il n'y a eu que réforme superficielle et pas de modernisation concrète réelle. Certes la répression est contre-productive, suscitant encore plus d'opposition souterraine. Pourtant, des dirigeants d'envergure émergent et la Chine est capable de réforme. Une dynamique de changement pacifique et intelligent est déjà à l'œuvre, comme cela s'est fait à Taïwan, dont la question délicate pourrait se résoudre sans conflit armé (une guerre aboutirait à la destruction de tous les acteurs du jeu, ce qui n'est dans l'intérêt de personne). Le défaut majeur de cet ouvrage intéressant semble être la reprise des préjugés du Révérend Arthur Smith qui écrivait déjà dans ses Chinese Characteristics de 1894 : " La Chine ne pourra jamais être réformée de l'intérieur ".

S. Dusso Bauduin




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