Le Débat Stratégique Nº68 - Mai 2003

Notes de lecture



Vers une politique européenne de sécurité et de défense, Jean Klein (et alii), Paris, Economica, 2003

Rassemblant les communications d'un colloque tenu en juin 2001, dont plusieurs ont été actualisés pour tenir compte des événements de l'automne qui suivit, ce livre offre une bonne synthèse des dimensions politiques, militaires, économiques et capacitaires du projet de PESCD. L'introduction de Jean Klein montre l'accélération du projet dans les dernières années du XXè siècle. Projet séculaire et aux multiples faces, éclairés notamment par les articles sur l' évolution des conceptions des Etats ? neutres " et leur ouverture récente, l' importance et la diversité des cultures stratégiques ou la question de l'arme nucléaire dans un éventuel approfondissement de la PESCD. On notera aussi dans le contexte du débat sur les différents ? gap " entre l'Europe et les Etats-Unis l'intérêt de la contribution sur l' innovation technologique, qui tempère en matière de sécurité l'image trop rapide d'un retard définitif. Bien qu'une bonne moitié des auteurs soit réservée vis-à-vis d'un projet qu'ils jugent hasardeux ou risqué, les articles qui soulignent les nécessités, les avantages et les réalisations récentes (institutionnelles et capacitaires) dominent. Cette pondération est représentative de la situation actuelle où la brutalité des positions américaines ébranle les plus réticents et pousse à des regroupements fonctionnels de sauvegarde, quitte à ce que les structures politiques de l'Union s'adaptent aux différents rythmes. Ces deux dimensions actuelles (Convention, coopération renforcée, avancée en matière de capacités de planification et de commandement) sont éclairées par la progression dont cet ensemble de textes fait état.

A. B.


Terrorisme, prolifération : Une approche européenne de la menace, Harald Müller, Cahier de Chaillot 58, mars 2003

Un fascicule étonnant et peut-être symptomatique de la production des chercheurs européens. Pendant 90 pages, l'auteur, après des remarques sur la notion de sécurité, fait une analyse assez classique et largement fondée sur les sources américaines de ce qu'il appelle le " mégaterrorisme " et des armes de destruction massives : caractéristiques, répartitions par Etats (voyous ; pour les autres détenteurs pas de remarques…) Et puis dans les dix dernières pages monte crescendo l'affirmation que l' unilatéralisme des Etats-Unis s'oppose directement à la politique de l'Union européenne et vise à la détruire. Bien que moins développées que les chapitres précédents ces pages résument l' évolution d'un chercheur allemand, très au fait des études américaines et qui soudain sort du grand écart imposé d'un côté par l'attachement à l'allié américain et de l'autre par une rationalité ? européenne " face aux défis de la sécurité mondiale.

A. B.


Civilisations, globalisation, guerre. Discours d'Economistes, Jacques Fontanel (sous la direction de), Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 2003, 128 pages.

Ce volume rassemble des contributions d'économistes soucieux de prendre en compte la réalité, y compris dans ce qu' elle a de moins supportable, c'est-à-dire la violence et la guerre. Les articles de chercheurs français (Fontanel, Courlet, Greffe) se croisent avec les analyses de prix Nobel d'Economie (Amartya Sen, Lauwrence Klein, Kenneth Arrow) montrant que le travail de réflexion critique sur la guerre, l'agression et la domination est loin d'être l'apanage de quelques " naïfs " caricaturaux, mais est au contraire porté par un courant important d'économistes de différentes ? écoles ". On lira avec attention la contribution d'Amartya Sen qui, partant de la question " identité et conflit ", montre pourquoi la question " existe-t-il un choc des civilisations ? " exerce une " attraction superficielle " mais est finalement " une question erronée ".

J.-P. H.


Bush contre Saddam. L'Irak, les faucons et la guerre, Jean Guisnel, La Découverte, Paris 2003, 190 p.

Le spécialiste des questions de défense du Point donne ici un volume précieux sur la guerre d'irak où il fait la synthèse des différentes dimensions du conflit : armes de destruction massive, affrontements dans l'administration américaine entre "faucons" et "colombes avec dents", développement des actions de désinformation et de propagande, enjeux pétrolier, etc.. Guisnel interroge : "Comment imaginer que les chiites majoritaires dans le pays /.../ et qui représentent le tiers des forces d' oppositions - les kurdes en représentant le quart - vont accepter de voir se maintenir, comme le souhaitent les Américains, le joug sunnite minoritaire qui les écrase par la force depuis tant d' années ?".

J.-P. H


La Nouvelle Europe, Thomas Masaryk, Paris, L'Harmattan, 2002

Ceux qui ont été peinés, plus encore que surpris, par le soutien de Vaclav Havel à l'analyse du gouvernement Bush sur la question irakienne trouveront dans ce livre publié en 1918 des éléments de compréhension. Celui qui fut Président de la Tchécoslovaquie de 1918 à 1945 écrivait : " La nation et la nationalité doivent être considérées comme le but de tout effort social, et l' Etat comme un moyen… Toute nation consciente aspire à posséder son propre Etat ". Il était compréhensible qu'un aussi bon connaisseur de l'Europe centrale que Masaryk souligne les dangers du pangermanisme, étendu à un axe Berlin Bagdad, et plus encore veuille convaincre de la nécessité d'abattre l' Autriche Hongrie. Mais au delà de ce rejet de l'Empire s'exprime le sentiment sans doute toujours actuel que : " Si j' avais à dire quelle culture je considère comme la plus haute, je répondrais : l' anglaise et l'américaine… La culture anglaise est la plus proche de l'idéal de l'humanité " (p. 139). Peut-être n'est-il pas possible, en 1918 comme en 2003, sortant d'un empire, de faire l'économie d'une phase d'affirmation nationale, présentée comme ouverture à l'humanité, pour entrer dans la " Nouvelle Europe "? Cette traduction française d'un texte souvent cité éclaire sur les délais nécessaires à tout rapprochement avec les voisins. On peut espérer que le temps ne soit plus trop long où la " Nouvelle Europe " se réduira plus à une " Nouvelle Bohême ".

Espaces et enjeux : Méthode d'une géopolitique critique, Lasserre Frédéric et Gonon Emmanuel, Paris, l'Harmattan, 2001, 474 p.

Une longue et riche première partie présente de façon critique la littérature généralement regroupée sous le nom de ? géopolitique ". Puis une bonne moitié du volume concerne des études de " cas géopolitiques " essentiellement consacrés à l'Asie (Triangle d'Or, Afghanistan, Cachemire, Mer de Chine du sud, frontières entre l'Inde et la Chine...), complétées par des analyses plus courtes sur des espaces spécifiques : la " Terre Québec ", les villes clôturées aux Etats-Unis et les espaces de bandes de rues et des groupes criminalisés au Québec et enfin la question de l'eau. Cette diversité apparaît au fil de la lecture comme un effort logique de réflexion théorique sur un savoir contesté, " la géopolitique ", appliqué à des espaces divers mais rarement analysé malgré leur importance contemporaine, notamment en Asie. Ce projet amène les auteurs à cerner une " méthode en géopolitique " qui combine, en fonction d'une pratique, des éléments et des outils de connaissances. Cette méthode donne toute leur place aux " représentations " sociales de l'espace, tout en soulignant la richesse d'une approche multiscalaire qui s'attache à combiner les échelles, qu'elles soient spatiales (locales, nationales, régionales, mondiales, en réseaux…) ou temporelles (long et court termes, profondeur historique et enjeux des représentations.

A. B.



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