Le Débat Stratégique Nº70 -- Novembre 2003
Prolifération nucléaire et stabilité
Passés dans l’ombre à la suite de la chute de l’URSS,
le nucléaire et la question de la dissuasion font un
retour certain.
- La dénonciation de la prolifération des têtes et des
missiles se focalise sur quelques Etats jugés dangereux.
Le régime coréen tyrannique utilise la menace pour
obtenir une aide économique visant à limiter la famine
qui décime son peuple. Si les risques restent limités,
en tout cas surveillés par de prudents voisins (Chine,
Japon, Corée du Sud) ils peuvent justi.er l’acquisition de
systèmes anti-missiles régionaux, notamment au Japon,
qui seraient eux hautement déstabilisateurs en ce qu’ils
affaibliraient les capacités chinoises.
- L’Iran endosse les plus vives critiques des Etats-Unis,
relayés par l’Union européenne. On peut se demander si
un pays encadré par la Russie nucléaire, Israël nucléaire
qui dispose maintenant de sous-marins), le Pakistan
nucléaire et en.n les Etats-Unis en Irak, n’a aucune
légitimité à revendiquer ses propres capacités. A ce
propos, la possession du nucléaire par l’Inde et le
Pakistan n’a-t-elle pas tendance à bloquer les dérapages
au Cachemire ?
Puisque la possession de l’arme entraîne toujours chez
son détenteur un statut réellement différent et semble-t-il
une protection, et que le détenteur le plus puissant est
entré dans une nouvelle course en déployant les
anti-missiles, qui est le véritable « déstabilisateur » ? La
France elle-même continue à moderniser un outil dont
la stratégie globale est de plus en plus floue. On ne
peut à la fois rejeter les procédures internationales de
limitations, développer la génération technique post
nucléaire (l’anti-missile), entreprendre des guerres
classiques préventives et tenir un discours de légitimité
face à ceux qui recherchent la stabilité, fut-elle assise
sur une tyrannie interne.
Inversement, ceux qui en France obtiennent des
ressources budgétaires pour allonger la portée des
systèmes existants sans raisons stratégiques, (veut-on
menacer la Chine ?), ne feraient-ils pas mieux d’utiliser
leurs cellules grises pour intégrer éventuellement cet
outil dans l’in.niment complexe « stratégie européenne
de sécurité » inséparable d’un projet politique et
constitutionnel pour l’Union.
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