Le Débat Stratégique Nº71 -- Décembre 2003

Coalition américaine et politique européenne

Par André Brigot


En Irak les forces de la coalition rassemblent 34 pays. A ces opérations majoritairement ou totalement décrétées et conduites par les EU, se sont joints, selon des temporalités et des modalités diverses, des Européens et d'autres Etats. La signification de ces contingents nationaux est surtout politique ; leur regroupement permet des conclusions.

La "Grande Europe", premier allié


Les Etats-Unis fournissent bien-sûr l' essentiel des forces avec 155.000 américains : 130.000 en Irak et 20.000 au Koweït.

L'Europe vient en second, avec la répartition suivante :

Questions et leçons


  1. L'Europe, (au sens si l'on veut du Conseil de l'Europe) fournit avec 15.000 soldats, l'essentiel des troupes non américaines. Cette situation a une signification militaire limitée sauf pour les troupes britanniques. L'absence de l'Allemagne, de la France (20.000 soldats hors des frontières), le refus de la Turquie et, pour des raisons différentes, du Japon (très hésitant) ou du Canada sont plus significatifs que la convocation de pays dominés d' Amérique Centrale. Mais au total : la très grande majorité des gouvernements des pays d'Europe ont choisi de soutenir la politique étrangère des Etats-Unis. A cet égard la division venue d'outre atlantique entre Vieille et Nouvelle Europe, au-delà de son intention blessante est sans signification : il y a bien deux politiques en Europe et celle proposée par la France avec quelques alliés est minoritaire, du moins dans les gouvernements actuellement au pouvoir.
  2. Du point de vue des besoins de sécurité de l'Union, est-il logique que des pays où celle-ci est contrainte d' envoyer des forces militaires et policières pour assurer leur sécurité intérieure (Macédoine, Albanie…) envoient leurs propres forces en Irak ? La nécessité de la construction d'un ensemble politique de sécurité en Europe devrait passer avant ces marques d'allégeance exigées par les Etats-Unis à des Etats d'ailleurs consentants. ce transfert de capacités d'un objectif de sécurité interne à l'espace européen : lutte contre la grande criminalité, y compris financière, trafics d'humains, de drogue... vers des objectifs externes : régime des talibans ou de Saddam Hussein s'opère sous le paradigme général de "la lutte contre le terrorisme". Cette lutte est certes un objectif commun. Mais, malheureusement les Européens suivent une pratique qui tend à accroître les risques pour eux. En Afghanistan, la culture de drogue dure produit un déferlement sur le marché russe et européen. En Irak, la déconstruction du régime tyranique remplace la menace imaginaire des armes de destruction massive pour celle bien réelle d'une multiplication des actes terroristes.
André Brigot




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