Le Débat Stratégique Nº71 -- Décembre 2003
Coalition américaine et politique européenne
Par André Brigot
En Irak les forces de la coalition
rassemblent 34 pays. A ces opérations
majoritairement ou totalement décrétées
et conduites par les EU, se sont joints,
selon des temporalités et des modalités
diverses, des Européens et d'autres
Etats. La signification de ces
contingents nationaux est surtout
politique ; leur regroupement permet des
conclusions.
La "Grande Europe", premier allié
Les Etats-Unis fournissent bien-sûr l'
essentiel des forces avec 155.000
américains : 130.000 en Irak et 20.000 au
Koweït.
L'Europe vient en second, avec la
répartition suivante :
- Membres de l'Union actuelle :
Grande-Bretagne (10.000), Italie (3.000),
Espagne (1.255), Pays-Bas (1.100),
Danemark (420), Portugal (120). Non :
Allemagne, France, Belgique,
Luxembourg, Grèce, Suède, Finlande,
Autriche, Irlande. Si l'on considère que
les quatre derniers pays sont " neutres ",
une majorité de pays de l'Union
actuelle soutient la position de l'
administration Busch.
- Entrants le 1er mai 2004 et présents
dans la coalition : Pologne (2.350),
Hongrie (300), Rép. Tchèque (400),
Slovaquie (80), Lituanie (50), Estonie
(40), Lettonie (100). Non : Slovénie,
Chypre et Malte. 7 pays sur les 10
nouveaux entrants soutiennent la
politique Bush. La Roumanie (700) et la
Bulgarie (500) prévues pour entrer en
2007 sont présents dans la coalition.
- Dans la zone balkanique : Croatie
(60), Moldavie (50), Macédoine (37),
Albanie (570), seuls les Serbes et la
Bosnie Herzégovine manquent à l'appel.
Enfin Norvège (180), Ukraine (1.650)
et Moldavie (50) sont présents en Irak.
La grande absente est jusqu'à présent la
Turquie.
- Dans les pays d'Asie centrale, on
notera la participation de la Géorgie
(70), Mongolie (160), Azerbaïdjan (150),
Kazakhstan (25).
- En Amérique centrale : Honduras
(370), Salvador (360), République
dominicaine (300), Nicaragua 113. Pour
l'Asie : Australie (800), Philippines
(80), Thaïlande (445), Nouvelle Zélande
(60). La participation japonaise, minime,
est cependant symbolique de la
croissance du rôle extérieur du Japon.
Questions et leçons
- L'Europe, (au sens si l'on veut du
Conseil de l'Europe) fournit avec
15.000 soldats, l'essentiel des troupes
non américaines. Cette situation a une
signification militaire limitée sauf pour
les troupes britanniques. L'absence de
l'Allemagne, de la France (20.000
soldats hors des frontières), le refus de la
Turquie et, pour des raisons différentes,
du Japon (très hésitant) ou du Canada
sont plus significatifs que la
convocation de pays dominés d'
Amérique Centrale. Mais au total : la
très grande majorité des
gouvernements des pays d'Europe ont
choisi de soutenir la politique
étrangère des Etats-Unis. A cet égard la
division venue d'outre atlantique entre
Vieille et Nouvelle Europe, au-delà de
son intention blessante est sans
signification : il y a bien deux politiques
en Europe et celle proposée par la France
avec quelques alliés est minoritaire, du
moins dans les gouvernements
actuellement au pouvoir.
- Du point de vue des besoins de
sécurité de l'Union, est-il logique que
des pays où celle-ci est contrainte d'
envoyer des forces militaires et
policières pour assurer leur sécurité
intérieure (Macédoine, Albanie…)
envoient leurs propres forces en Irak ?
La nécessité de la construction d'un
ensemble politique de sécurité en
Europe devrait passer avant ces marques
d'allégeance exigées par les Etats-Unis à
des Etats d'ailleurs consentants. ce
transfert de capacités d'un objectif de
sécurité interne à l'espace européen :
lutte contre la grande criminalité, y
compris financière, trafics d'humains, de
drogue... vers des objectifs externes :
régime des talibans ou de Saddam
Hussein s'opère sous le paradigme
général de "la lutte contre le terrorisme".
Cette lutte est certes un objectif
commun. Mais, malheureusement les
Européens suivent une pratique qui tend
à accroître les risques pour eux. En
Afghanistan, la culture de drogue dure
produit un déferlement sur le marché
russe et européen. En Irak, la
déconstruction du régime tyranique
remplace la menace imaginaire des armes
de destruction massive pour celle bien
réelle d'une multiplication des actes
terroristes.
André Brigot
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