Le Débat Stratégique Nº72 -- Février 2004
Les forces de l'Union européenne :
pour quels objectifs politiques ?
Un domaine où l'Union européenne avance est l'organisation de moyens militaires. Ils sont limités, sans commune mesure avec ceux des Etats-Unis, (nous n'avons pas les mêmes objectifs), mais ce serait s'aveugler que de continuer à ricaner sur le thème de " l'Union désarmée ". Les 60 000 hommes de l'Eurocorps, décidé il y a quatre ans, sont devenus opérationnels, et les premières missions au nom de l'Union ont lieu dans les Balkans.
La nouveauté n'est pas que des Européens soient engagés. En tant que troupes nationales, ils sont majoritaires dans les Balkans et présents dans les coalitions pour des opérations extérieures décidées et conduites par les Etats-Unis (Afghanistan, Irak). Mais l'Union peut intervenir en tant que telle, ce qui a une signification politique différente, du moins si on ne considère pas comme un grand marché en voie d'élargissement.
Les EU ne s'y trompent pas, qui cherchent à insérer cette force dans la structure où s'exerce leur hégémonie : l'OTAN. En attendant, elle peut (leur) servir dans le contexte des difficultés en Afghanistan et en Irak. Difficultés à remplir les objectifs de reconstruction, à trouver des troupes crédibles, peu nombreuses au-delà de l'Allemagne et de la France. On voit donc se dessiner pour l'été ou l'automne prochain l'utilisation d'effectifs en Afghanistan puis en Irak. Arrêter Ben Laden avant les présidentielles, comme Sarkozy Colonna avant les consultations en Corse, aiderait Bush, mais ne suffira pas au plan pour le Grand Moyen-Orient.
L'enjeu de la présence des européens est politique. Leur participation doit répondre à nos objectifs : aider à la reconstruction d'Etats sous mandat de l'ONU, dans un cadre multilatéral ; s'assurer que le commandement de ces troupes ne sera pas soumis aux seules structures américaines ; intégrer l'intervention dans un processus de pacification régional, donc du conflit israélo-palestinien, en commençant par l'évacuation des colonies " indéfendables " ; intercepter les 75 % de l'héroïne mondiale produits en Afghanistan, soient interceptés avant le déferlement sur l'Europe ; que les responsables issus des consultations en Irak auront l'autorité pour que les reconstructions ne soient pas des marchés captifs... Au-delà de la présence militaire, la reconstruction est sous-tendue par une vision globale. Elle est américaine ; l'européenne n'est qu'esquissée ; la nationale dépassée.
Retour haut de page / au sommaire
©CIRPES