Le Débat Stratégique Nº74 -- Mai 2004
Pour une analyse stratégique libérale
La guerre du Golfe de 1991 avait été payée par l’Arabie Saoudite, les Emirats, l’Allemagne, le Japon et quelques autres et avait été bénéficiaire pour les Etats-Unis. Celle de 2003, un an après, est estimée à plus de 150 milliards de $ qui s’ajoutent au budget militaire normal de 400 milliards de $ [1].
Mais cette fois il n’y a plus de contributeurs extérieurs. Les « petits » membres de la coalition la financent sur leurs propres fonds mais pour l’essentiel ce sont les Etats-Unis qui paient. Comme simultanément l’Administration Bush a diminué les recettes fiscales, l’augmentation des besoins budgétaires est couverte par l’émission de bons du Trésor. Ils sont majoritairement achetés par le Japon et la Chine. Ceux-ci ont à la fois besoin d’une sécurisation des sources d’énergie du Moyen-Orient, vitales pour leurs économies, et du marché d’exportation des Etats-Unis.
L’analyse économique libérale indique que les individus, ou les Etats peuvent maximiser leurs intérêts par une production ou par une prédation. Pour que la production se réalise il faut que la prédation soit minimale. L’Etat exerce donc une régulation de la prédation, ou contrôle de la violence, contre le paiement d’un impôt, ou prédation étatique. Mais cette prédation doit produire une sécurité réelle, permettant la production. Sans cette efficacité, elle perd toute légitimité.
Or en Afghanistan, et surtout en Irak, rien ne marche. Dans le premier cas il n’y a production que de drogue, dans le second les flux pétroliers sont menacés. Le prédateur-protecteur ne semble plus capable de recruter les forces militaires nécessaires à sa fonction. Il cherche donc à utiliser de ces sous-traitants publics européens, à travers l’OTAN. Face aux réticences des sous-traitants, le prédateur–dominant recourt et renvoie surtout au secteur privé : les compagnies de mercenaires. Mais ce service privé coûte beaucoup plus cher, par salarié qu’un soldat d’Etat, payé en partie par du symbolique.
Le contrôle global par le prédateur étasunien pourrait s’avérer trop ambitieux et finalement source de désordre contre-productif. Il reviendrait alors aux puissances régionales, notamment à l’Europe et à la bien discrète Asie dans cette affaire, de redéfinir le compromis social mondial.
[1] L'«Emergency Supplemental Appropriations Act for Defense and for the Reconstruction of Iraq and Afghanistan, 2004» prévoit un montant de crédits d’environ 87 milliards $, pour la période novembre 2003 - septembre 2004. Le chiffre de 150 milliards représente le total des demandes de crédit présentées à ce jour pour l'Afghanistan et l'Irak.
Retour haut de page / au sommaire
©CIRPES