Le Débat Stratégique Nº75 -- Juillet 2004
Pourquoi le retard des compagnies pétrolières françaises en Algérie ?
Par Nabila Slimani
Les hydrocarbures algériens attisent beaucoup d’intérêts. La Sonatrach procure 60 % des recettes budgétaires de l’Etat dont les trente millions d’habitants importent 60 % de leur consommation. Selon la Coface, les recettes liées aux hydrocarbures participent pour 25% au PIB. Les réserves du premier gisement d’Algérie, Hassi Messaoud (400 000 b/jours de brut) sont estimées à 6,4 milliards de barils, soit plus de deux tiers des réserves prouvées du pays.
Libéralisation
Une frénésie s'est emparé des compagnies internationales pour le sous sol algérien depuis l’ouverture du secteur des hydrocarbures, dans le cadre des réformes économiques du passage d’une économie dirigée et administrée vers une économie de marché. Les milieux pétroliers internationaux ont beaucoup investi dans le domaine énergétique, d’un pays dirigé par un homme pourtant issu de la mouvance nationaliste et de la planification : Abdelaziz Bouteflika, mais qui œuvre pour se défaire de cette image en affichant sa volonté de libéraliser l’économie. En 1994, l’Algérie a produit 163,2 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP). La politique énergétique algérienne vise à réagir aux mutations de l’industrie pétrolière et à conclure des alliances stratégiques. Les compagnies veulent bénéficier des atouts pétroliers et gaziers. Elles sont américaines, Anaderko, Arko, Mobil et Philips ; canadiennes, Pétrocanada et Sakoil ; argentine, Plus Petrol ; britannique, British Petroleum ; espagnole, Repsol ; coréenne, Pedco, Daewoo et Samsung ; l'italien Agip et Total, partenaire français traditionnel.
Afflux anglo-saxons
Les américains ont joué un rôle important dans la politique d’ouverture de la Sonatrach dans le but de s’assurer le contrôle des hydrocarbures tant au point de la distribution que de l’approvisionnement. Anaderko, compagnie américaine, est la première à avoir signé un accord de partage de production dès 1989. Elle a procédé à l’une des plus grosses découvertes de pétrole au monde, à Hassi Berkine au sud, dans « l’Eldorado pétrolier d’Algérie ». Anaderko prévoit de financer 100% du nouveau programme d’exploration du bassin de Berkine dont le coût est estimé à 55 millions de dollars sur une période de cinq ans. British Pétroleum est aussi très présente notamment sur le front gazier avec la signature d’un partenariat avec la Sonatrach, entré en vigueur en 1997 qui instaure un permis d’exploitation de 23 000 km² à In Salah. British Pétroleum envisage d’investir plus de 3 milliards de $ dans le développement de gisements en Algérie.
Les prudences françaises
Les groupes français sont également implantés dans le domaine des hydrocarbures algériens avec TotalFinaElf ou encore Gaz de France qui s’intéressent à cinq projets en amont, exploration-production, dans le sud algérien. Total est présent sur le champs d’Hama pour la production de gaz. Le groupe est également présent par l’intermédiaire de sa filiale espagnole Cepsa, détenue à 44 %, et impliqué dans le démarrage d’une activité de distribution de bitume et de fabrication de lubrifiants dont il faudra assurer localement la distribution. Gaz de France s’est toujours maintenu en Algérie, même si cela fut difficile.
Mais les compagnies pétrolières françaises sont peu présentes et moins dynamiques que leurs homologues anglo-saxonnes. TotalFinaElf investit dans le sous sol algérien mais ce groupe est largement devancé par les autres compagnies qui n’hésitent pas à prendre plus de risques. La France en 1994 a gelé ses investissements alors que Mobil Oil signait un contrat de 55 millions de dollars avec la Sonatrach et qu'Arco emportait la même année un marché de 1,3 milliards de dollar pour l’exploration d’un gisement à Rhourde el Baguel dans l’erg oriental. Mobil Oil est aussi une des premières compagnies à revenir en Algérie après 25 ans d’absence.
Ces groupes ont laissé passer d’énormes opportunités. Pourquoi la France est-elle un des derniers pays partenaires à avoir manifesté son intérêt lorsque la Sonatrach a multiplié ses appels d’offres notamment en 1996 ? Les compagnies françaises ont avancé l’argument sécuritaire pour expliquer cette frilosité, ce qui déplait fortement de l’autre côté de la Méditerranée. Situation étonnante puisque la France est le pays le plus proche de l’Algérie aussi bien du point de vue géographique qu’historico-culturel. L’ex-puissance coloniale connaît le mieux la géologie du territoire algérien, les installations, les manières de faire. Ce paradoxe illustre la complexité des rapports franco-algériens.
Une prise de conscience des compagnies française semble pourtant se dessiner face aux compagnies américaines. Depuis qu’Alger est un allié géostratégique de Washington concernant la lutte antiterroriste, l’Algérie est à conquérir. La générosité des marchés pétroliers a facilité les bonnes performances économiques de l’Algérie, qui a réussi à attirer d’importants investissements étrangers. Cela relève plus de l’efficacité d’une politique gouvernementale visant à améliorer le climat d’investissement que des cours élevés du pétrole. Selon un rapport publié par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement en 2003, l’Algérie a compté parmi les trois plus grands pays récipients de l’investissement direct étranger (IDE) en Afrique, et a été classée première parmi les pays du Maghreb. Avec plus d’un milliard de $ investis ces dernières années, les Etats-Unis représentent les premiers investisseurs étrangers en Algérie - le secteur de l’énergie et des hydrocarbures demeurant toujours une destination de choix des capitaux américains.
Nabila Slimani
Réserves prouvées de pétrole en Afrique
(en milliards de barils)
| janvier 1993 | janvier 2003 |
| Afrique du Nord | 40,00 | 42,50 |
| Algérie | 9,20 | 9,20 |
| Egypte | 6,20 | 3,70 |
| Libye | 22,80 | 29,50 |
| Afrique Sub-saharienne | 21,87 | 34,92 |
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