Le Débat Stratégique Nº77 -- Novembre 2004

La lutte contre la criminalité organisée au sein de l'Union

Par Fabien Jakob


La mondialisation accroît la difficulté à combattre le crime organisé, en permettant aux réseaux criminels de délocaliser les étapes (préparation, action, paiement, blanchiment). Les organisations criminelles internationales prospèrent en profitant des vides et contradictions qui résultent des disparités normatives entre les Etats.

Dans le contexte de la mondialisation, où la criminalité ignore les frontières étatiques, il est indispensable d’avoir une approche régionale si ce n’est globale et de renforcer la coopération entre les instances judiciaires et répressives.

Prévention et encadrement juridique


Les Conseils européens (Vienne 1998, Tampere 1999 et Praia da Falésia 2000) ont tracé pour l’Union en matière de prévention onze objectifs : 1. renforcement de la collecte et de l’analyse de données relatives à la criminalité organisée. Un Forum européen, composé des représentants des institutions, administrations publiques, autorités locales, milieux professionnels et associatifs, assiste les institutions européennes et les Etats membres ; 2. éviter que la criminalité organisée n’infiltre le secteur public et le secteur privé licite ; 3. renforcement de la prévention de la criminalité organisée et des partenariats entre le système de justice pénale et la société civile ; 4. réexamen et amélioration de la législation ainsi que du contrôle et des cadres réglementaires aux niveaux national et communautaire ; 5. renforcement des enquêtes dans le domaine de la criminalité organisée ; 6. renforcement d’Europol ; 7. dépistage, gel, saisie et confiscation des produits du crime ; 8. renforcement de la coopération entre les autorités répressives et les autorités judiciaires au niveau national et au niveau de l’Union européenne ; 9. renforcement de la coopération avec les pays candidats à l’adhésion ; 10. renforcement de la coopération avec les pays tiers et d’autres organisations internationales ; 11. mise en oeuvre des mesures de prévention et de contrôle de la criminalité organisée à l’intérieur de l’Union européenne[1]. Le principe de reconnaissance mutuelle continue d’être la pierre angulaire de la coopération judiciaire[2]. Un instrument unique devrait progressivement remplacer l’intégralité du régime actuel d’entraide judiciaire. Le principe devrait s’appliquer tant aux jugements qu’aux autres décisions émanant des autorités judiciaires[3], mais également aux décisions précédant la phase de jugement, en particulier à celles qui permettraient aux autorités compétentes d'obtenir des éléments de preuve et saisir des avoirs faciles à transférer. La reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires nécessite d’adopter certains standards minimaux de procédure et de développer les activités du Réseau judiciaire européen civil. La Commission a présenté à cet égard un Livre Vert sur le rapprochement, la reconnaissance et l’exécution des sanctions pénales dans l’Union.

Eurojust, composée de procureurs, de magistrats ou d’officiers de police ayant des compétences équivalentes détachés par chaque Etat membre, a pour mission de contribuer à une bonne coordination entre les autorités nationales chargées des poursuites et d’apporter son concours dans les enquêtes relatives aux affaires de criminalité organisée, notamment sur la base de l’analyse effectuée par Europol. Cette unité coopère avec le Réseau judiciaire

Un mandat d’arrêt européen, récemment mis en place[4], contribue à l’amélioration et à l’efficacité de la coopération judiciaire, en limitant les obstacles administratifs. Le délai de transposition de la décision-cadre se terminait le 31-12-03.

Coopération policière


Depuis le Conseil Européen à Tampere en 1999, une conception ambitieuse d’Europol s’est traduite par la modifi- cation de la Convention Europol, la création prochaine d’équipes communes d’enquête et la mise en place progressive d’Eurojust, organe complémentaire dans le domaine de la Justice[5]. La modification de la Convention « Europol » concerne, entre autre, la désignation d’Europol en tant que point de contact pour les questions de contrefaçon de l’Euro et une amélioration des relations avec les services de polices des Etats membres. Actuellement, Europol est compétent en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants, le trafic de produits nucléaires et de voitures volées, la traite des êtres humains, le blanchiment d’argent lié à ce trafic, la criminalité liée aux réseaux d’immigration clandestine, la contrefaçon de l’euro et le terrorisme, et le blanchiment d’argent.

Les autres mesures de coopération policière et douanière comprennent notamment l’évaluation en commun de techniques d’enquête particulières concernant la détection des formes graves de criminalité organisée[6] et une réflexion sur les modalités d’intervention d’un service répressif d’un Etat membre sur le territoire d’un autre Etat membre[7] en tenant compte de l’acquis de Schengen.

Une base de données ADN européenne a été créée sous les auspices d’Europol. Pour permettre l’échange de ces résultats, les États membres doivent créer des bases de données ADN nationales compatibles entre elles[8].

Enfin, un nouveau programme-cadre unique pour le co-financement de projets présentés par des Etats membres et des pays candidats dans les domaines de la justice et des affaires intérieures permet une approche coordonnée et multidisciplinaire des activités concernant la création de l’espace de liberté, de sécurité et de justice ainsi que la prévention et la lutte contre la criminalité organisée dans l’Union européenne. Il remplace les anciens programmes, Falcone (cycles de formation destiné aux responsables de la lutte contre la criminalité organisée), OISIN II (encouragent la coopération entre les services répressifs des États membres), STOP II (luttant contre la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle des enfants) et Hippocrates (prévention dans le domaine de la criminalité).

Coopération douanière


La création d’un système intégré de gestion des frontières extérieures a été inscrite dans le Traité Constitutionnel.

Le texte capital demeure la Convention relative à l’assistance mutuelle et à la coopération entre les administrations douanières[9] : prévention, recherche et répression d’infractions dans les trafics illicites de drogues et de substances psychotropes (volet externe, volet interne), d’armes, de munitions, d’explosifs, de biens culturels, de déchets dangereux et toxiques, de matières nucléaires ou de matières et équipements destinés à la production d’armes nucléaires, biologiques et/ou chimiques, commerce illégal transfrontalier de marchandises taxables. Cette convention permet aux agents de l’administration douanière d’un Etat membre qui, dans leur pays, poursuivent une personne prise en flagrant délit d’une infraction pouvant donner lieu à extradition, de continuer la poursuite sur le territoire d’un autre Etat membre sans autorisation préalable.

Un programme d’action Douane 2007, (1er janvier 2003 au 31 décembre 2007), a été créé pour permettre l’accélération de l’informatisation, la rationalisation et l’amélioration des opérations douanières (budget prévu : 133 millions d’euros)[10]. Le rôle de l’Agence pour les frontières extérieures sera également renforcé[11].

La politique de coopération douanière, de contrôles aux frontières doit tenir compte des impératif des politiques d’asile et d’immigration[12]. En ce qui concerne l’asile, les règles communautaires devraient déboucher sur une procédure d’asile commune et un statut uniforme, valable dans toute l’Union, pour les demandeurs. Un système d’identification (Eurodac) et un système Informatique des Visas (VIS) devraient être opératifs[13].

Quant à la gestion de l’immigration, le Conseil européen veut assurer une gestion plus efficace des flux migratoires. Il demande le lancement, en coopération étroite avec les pays d’origine et de transit, de campagnes d’information sur les possibilités d’immigration légale et la prévention de toutes les formes de traite d’êtres humains. Le Système d’Information Schengen (SISII) devrait permettre d’atteindre ces buts.

Terrorisme


Deux ans après les attaques du 11 septembre, la lutte contre le terrorisme est l’une des priorités. La Commission a présenté un document de travail[14] sur la lutte contre le terrorisme et d’autres formes graves de criminalité en vue d’améliorer les échanges d’informations, accompagnée d’une proposition de décision cadre sur l’échange d’informations relative au terrorisme, La coopération opérationnelle et les travaux au sujet d’équipes multinationales pour l’échange d’informations ont progressé et des évaluations des dispositifs des EM pour lutter contre le terrorisme ont eu lieu.

La lutte contre la criminalité organisée, suppose l’action extérieure de l’Union. La coopération régionale entre les Etats membres et les pays tiers limitrophes de l’Union doit être stimulée, notamment avec les pays riverains de la Baltique, de la région des Balkans, de la mer Adriatique et de la mer Ionienne. Le rôle de l’Union européenne comme acteur et partenaire sur la scène internationale nécessite de faire fond sur le dialogue entamé en matière de coopération dans le domaine de la justice et des affaires intérieures avec un nombre croissant de pays tiers et d’organisations et organes internationaux organes internationaux (tels que Interpol, le HCR des Nations unies, le Conseil de l’Europe, le G8 et l’OCDE).

Fabien Jakob

[1] Journal officiel C 124, 03/05/00

[2] COM (2004) 401 final, Communication de la Commission, Espace de Liberté, de Sécurité et de Justice : bilan du programme de Tampere et futures orientations {SEC(2004)680 et SEC(2004)693}.

[3] Conseil européen de Tampere, 15-16/10/99, Conclusions de la Présidence

[4] COM(2003)688 DU 14/11/03

[5] COM(2004) 401 final, idem note 2.

[6] Art. 30, para. 1, point d), du traité UE.

[7] Art. 32 du traité UE.

[8] Résolutions du Conseil, des 9 juin 1997 et 25 juin 2001, relative à l’échange des résultats des analyses d’ADN [JO C187, 03/07/01].

[9] Acte du Conseil 98/C 24/01, du 18/12/97, établissant, sur la base de l’article K.3 du traité sur l’Union européenne, la convention relative à l’assistance mutuelle et à la coopération entre les administrations douanières [Journal officiel C 24 du 23/01/98],

[10] Décision n° 253/2003/CE du Parlement européen et du Conseil, du 11/02/03, portant adoption d’un programme d’action pour la douane dans la Communauté (Douane 2007) [JO L 36 du 12/02/03, Avis rectificatif : JO L 51 du 26/02/03].

[11] COM(2004) 401 final, Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen, Espace de Liberté, de Sécurité et de Justice {SEC(2004)680 et SEC(2004)693}.

[12] Plan d’action du Conseil et de la Commission concernant les modalités optimales de mise en oeuvre des dispositions du Traité d’Amsterdam relatives à l’établissement d’un espace de liberté, de sécurité et de justice. JO n° C 019 du 23/01/99 p. 000-0015.

[13] Conseil européen de Tampere, 15-16 octobre 1999, Conclusions de la présidence

[14] SEC/2003/414 du 28/03/03



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