Le Débat Stratégique Nº77 -- Novembre 2004
Paul Marie de la Gorce
Paul Marie de la Gorce, membre
du conseil scientifique du CIRPES
dès sa fondation, était un gaulliste
- de la Résistance, de la France
Libre, pas de l’immobilier - et
par conséquent un homme de conviction
et un homme de gauche
qui toujours a cherché à prendre
position dans les conflits confus de
notre époque. Devenu un spécialiste
de cette anthropologie de la guerre,
il avait longuement partagé les
discussions sur la Grande stratégie,
nucléaire ou pas, sur l’autonomie
française, qui s’étaient développées
au Centre d’Etudes de Politique
Etrangère et à l’Institut Français
des Etudes Stratégiques des années
60 et 70. Antinazi, anticolonialiste,
antiimpérialiste, et puis patriote,
il mimait parfois le réalisme cynique
que tous les spécialistes de la
guerre exhibent parfois, pour ne
pas défaillir d’horreur devant le
spectacle toujours renouvelé de la
violence humaine.
Je l’ai toujours considéré comme
un ami, malgré une divergence sur
la désignation du régime serbe. Je
considérais le couple Serbie-Croatie
comme moment de renaissance
d’un fascisme européen (tchetnik/
oustachis) par décomposition du
communisme de la résistance. Il
considérait la Serbie plutôt comme
le point de résistance d’un état
nation jacobin à l’envahissement
de l’empire américain — et du
Vatican le plus réactionnaire — et
était disposé à expliquer sinon à
excuser ses excès. Mais l’histoire
de l’après guerre froide ne fait
que commencer. Son départ est
prématuré : l’espace des débats
d’avenir reste ouvert à l’esprit de
Résistance qui l’animait. Il va nous manquer.
Alain Joxe
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